Quentin DMR : L’instant brut
Quentin DMR appartient à cette génération d’artistes qui refusent les frontières. Photographe et plasticien, il développe une œuvre où l’image cesse d’être un simple outil de représentation pour devenir une matière sensible, mouvante, presque organique. Son travail explore les tensions entre apparition et disparition, mémoire et effacement, dans une écriture visuelle où la photographie dialogue librement avec les gestes des arts plastiques. Chez lui, la surface photographique est constamment mise à l’épreuve : altérée, fragmentée, parfois recomposée, elle devient le lieu d’une expérience perceptive plus que documentaire. Quentin DMR ne cherche jamais à figer le réel ; il en révèle au contraire les failles, les vibrations secrètes et les zones d’incertitude. Ses œuvres portent une densité silencieuse où la lumière semble surgir de la matière elle-même. Cette approche trouve un écho particulier dans sa participation à l’exposition collective La Quadrature du Cercle, présentée à Galerie Laurent Rigail à Paris, réunissant près de quatre-vingt-neuf artistes contemporains autour de la forme circulaire du tondo. Inspirée par l’idée d’une impossibilité théorique devenue terrain d’expérimentation artistique, l’exposition interroge les notions de limite, d’équilibre et de transformation. Dans ce dialogue foisonnant entre figures majeures de l’art urbain et créateurs issus d’horizons plastiques multiples, l’univers de Quentin DMR impose une présence singulière. Son travail y apparaît comme une traversée du signe et de la matière, où les textures, les traces et les tensions visuelles construisent un langage à la fois instinctif et profondément contemporain. Le regard ne s’arrête jamais à la surface : il circule dans des espaces de résonance, entre abstraction et mémoire intime. Au sein de La Quadrature du Cercle, son œuvre participe pleinement à cette cartographie sensible du monde contemporain décrite par plusieurs critiques de l’exposition : un territoire fragmenté où les disciplines se croisent, où les frontières entre photographie, peinture, écriture plastique et intervention graphique deviennent poreuses. Quentin DMR y affirme ainsi une démarche exigeante et libre, inscrite dans une vision de l’art où l’image demeure un espace de questionnement, de tension et de poésie.
Site Web : www.quentindmr.com
Instagram : @quentin_dmr_art
Votre premier déclic photographique ?
Quentin DMR : J’adore la photographie de reportage. Mon premier déclic remonte à l’enfance, lorsque j’accompagnais mon père partout, toujours avec son appareil photo à la main. Inconsciemment, tout vient sans doute de là.
Un souvenir photographique de votre enfance ?
Quentin DMR : Nous aimions photographier toute la famille pendant les grandes réunions familiales, certainement pour conserver des souvenirs aujourd’hui figés dans le temps. Ces moments n’existent malheureusement plus.
L’appareil photo de votre enfance ?
Quentin DMR : Un vieux Canon appartenant à mon père.
Celui que vous utilisez aujourd’hui ?
Quentin DMR : Aujourd’hui, j’utilise un Canon 7D, qui suffit largement pour mon travail. Pour moi, l’appareil n’est pas le plus important : la création reste prioritaire, tout comme l’imagination que l’on veut insuffler au résultat final.
La photographie qui vous a le plus ému ?
Quentin DMR : Ce sont souvent des portraits ou des scènes du quotidien que je montre ensuite aux personnes photographiées. Quand elles sont heureuses ou émues de se découvrir à travers mon regard, cela me touche profondément.
Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans une image ?
Quentin DMR : Le moment figé dans le temps. Une image intemporelle dont on ignore le lieu et la date.
Elliott Erwitt disait : « La couleur est descriptive. Le noir et blanc est interprétatif. » Êtes-vous d’accord ?
Quentin DMR : Entièrement. Le noir et blanc est la base de mon travail, ce n’est pas un hasard.
Selon vous, la technique peut-elle parfois primer sur l’émotion en photographie ?
Quentin DMR : Bien sûr. Beaucoup de gens recherchent avant tout la perfection technique et passent à côté de l’essentiel : le moment, l’instant. Je préfère une photo imparfaite mais vivante, plutôt qu’une image techniquement réussie et vide d’émotion.
La beauté en photographie est-elle, pour vous, purement esthétique ?
Quentin DMR : Non, pas du tout. L’esthétique est une approche, jamais une finalité.
Quels éléments peuvent rendre le silence visible dans une photographie ?
Quentin DMR : L’immobilité, l’absence de vie, certains espaces suspendus.
L’unicité d’une photographie vient-elle du moment ou de la mise en scène ?
Quentin DMR : Du moment. Et c’est justement ce moment qui est si difficile à saisir.
Une photographie peut-elle être plus vraie que la réalité ?
Quentin DMR : Je ne sais pas vraiment, mais une photo peut parfois raconter bien plus qu’une réalité brute. Aujourd’hui, il faut néanmoins faire très attention à ne pas croire uniquement ce que montre une image.
Une photographie peut-elle changer notre perception d’un événement ?
Quentin DMR : Évidemment, dans le vrai comme dans le faux. Il faut toujours analyser une photographie et se l’approprier avec recul.
La photographie est-elle un témoignage ou une forme de manipulation ?
Quentin DMR : Elle peut être les deux. D’où l’importance de toujours questionner une image.
Qu’est-ce qui fait une bonne photo ?
Quentin DMR : Le sujet, le moment et l’action.
Selon vous, quelle est la qualité essentielle pour être un bon photographe ?
Quentin DMR : Garder les yeux grands ouverts en permanence. Nous passons chaque jour à côté de moments extrêmement photographiques ; il faut simplement être attentif.
Comment choisissez-vous vos projets ?
Quentin DMR : Je choisis des projets qui ont du sens pour les autres comme pour moi, où il existe un véritable échange avec le public, une participation, et surtout une réelle liberté d’expression.
Un projet à venir qui vous tient particulièrement à cœur ?
Quentin DMR : L’un de mes prochains projets se déroulera à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre. Je souhaite rendre hommage aux infirmières, infirmiers, médecins et agents d’entretien à travers des portraits en noir et blanc, que je déconstruirai puis reconstruirai de manière harmonieuse.
Quelle est la dernière photo que vous avez prise ?
Quentin DMR : Je reviens de Guadeloupe, où j’ai photographié énormément de paysages naturels, la jungle notamment.
Sur les réseaux sociaux, êtes-vous plutôt Instagram, Facebook ou TikTok — et pourquoi ?
Quentin DMR : Instagram, sans hésiter. C’est pour moi la plateforme essentielle : simple à utiliser, idéale pour montrer son travail. La plupart des nouveaux contacts et projets arrivent aujourd’hui par message privé sur Instagram. C’est devenu une véritable vitrine.
Qu’est-ce qui a changé en photographie depuis le succès des réseaux sociaux ?
Quentin DMR : Tout le monde peut désormais prendre des photos et les montrer. Je pense que cela démocratise la photographie, et je trouve cela très positif.
Un compte Instagram à suivre absolument ?
Quentin DMR : Sam Youkilis. Il réalise énormément de vidéos du quotidien, mais dans chacune d’elles, je vois une multitude de photographies. C’est très inspirant.
Couleur ou noir et blanc ?
Quentin DMR : Noir et blanc.
Lumière naturelle ou lumière artificielle ?
Quentin DMR : Naturelle.
Quelle ville vous paraît la plus photogénique ?
Quentin DMR : New York, sans hésiter.
La ville, le pays ou la culture que vous rêvez de découvrir davantage ?
Quentin DMR : J’ai eu la chance d’aller au Brésil, mais j’aimerais y retourner pour approfondir cette découverte. J’adore cette culture.
L’endroit dont vous ne vous lassez jamais ?
Quentin DMR : Le Bout du Monde, au Havre. Un lieu unique, au pied des falaises, où l’on ressent à la fois le vide absolu et une immense sensation de liberté. Le coucher de soleil y offre, selon moi, l’un des plus beaux points de vue que j’aie jamais vus — un spectacle dont je ne me lasserai jamais.
Si Dieu existait, lui demanderiez-vous de poser pour vous ou opteriez-vous pour un selfie avec lui ?
Quentin DMR : Sincèrement, ni l’un ni l’autre.
Votre meilleure façon de déconnecter ?
Quentin DMR : La pêche. Je ne pense à rien, à part regarder si ma canne bouge.
Carole Schmitz














