Anne-Lise Broyer
Née en 1975 à Lons‑le‑Saunier, France. Vit et travaille à Paris, France.
Lauréate de la première résidence au musée de l’Armée – Hôtel national des Invalides en 2023 et du prix Niépce Gens d’images en 2024, Anne‑Lise Broyer poursuit depuis plus de vingt‑cinq ans un travail photographique pouvant se résumer comme une expérience de la littérature par le regard en nouant très intimement lecture et surgissement d’une image. Elle travaille ses séries comme un écrivain manie la langue, mais dans une langue qui se parle et s’entend par l’œil. Ses images sont tirées sur papier mat (celui du roman). Elles renvoient à un réel lointain, respecté. Anne‑Lise Broyer enseigne à l’École européenne supérieure d’art de Bretagne (EESAB) – site de Lorient.
Dans les failles du territoire méditerranéen s’entrelacent des temps immémoriaux et une possibilité d’avenir, mais aussi une question : Est-ce là que l’on habitait ? L’interrogation à l’origine du projet au long cours d’Anne-Lise Broyer sous-tend une dimension géographique, historique et une mémoire secrète.
Elle y répond par un vaste ensemble photographique d’un gris sourd qui confronte imaginaire et réalité : portrait d’un espace en creux. La Méditerranée tient lieu de point de vue et de perspective. La photographe se tient au cœur d’une étendue retournée, depuis cette mer de récit, de voyage, cette mer originelle, mythologique, devenue linceul. Ses images d’horizons maritimes presque abstraits scandent les ruines anciennes et modernes. Partie de Carthage, elle déploie son regard singulier pour lire le paysage méditerranéen dans une errance et une latence, d’Alger à Beyrouth, de Tipasa à Baalbek, en passant par Pompéi, Marseille, Césarée… les noms s’égrènent avec leur puissance littéraire et légendaire. Dans un mouvement qui alterne douceur et brutalité, son chant photographique tresse avec la force de l’élégie les temporalités de ces lieux contemporains tout autant que rêvés, qu’elle replace dans le courant de la vie. Ce sont des visages de marbre ou de chair, ils sont la même humanité vivante, vibrante et figée ; ce gris, est-ce de l’eau ? Qui va et vient, qui recouvre la terre et s’éloigne, mouvement incessant du regard qui refuse de se fixer, dans un ressac. Le mouvement de l’onde est le même que celui des images dont la surface et celle de la mer reflètent notre mémoire enfouie et glissante.
Cette époque saturée de tensions appelle la suspension et le retrait, elle invite à trouver une attitude, un poste de veille, de garde. Anne-Lise Broyer tire de cette posture une force, une puissance de possible et d’indéterminé.
Sally Bonn
Lieu
Abbaye de Montmajour
Exposition produite par les Rencontres d’Arles.
Exposition présentée dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026.
Tirages
La Chambre Noire, Paris
Encadrement
Circad, Paris
Publication
Méditerranée. Est-ce là que l’on habitait ?, Éditions Delpire, 2026.














