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Le Questionnaire : Amanda Sauer par Carole Schmitz

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Amanda Sauer : Observations Silencieuses

Après une carrière initiale dans la recherche sur le changement climatique, Amanda Sauer se réinvente à travers la photographie et le cinéma, se formant à la Virginia Commonwealth University. Cette fusion entre rigueur scientifique et sensibilité artistique insuffle à son travail une rare profondeur, où chaque image semble émaner d’une observation minutieuse et d’une écoute inflexible du monde. Dans Giant Willow Oak, publié en 2023 chez L’Artiere Edizioni, elle compose un récit visuel d’une intensité rare, où l’arbre devient le centre de l’univers, et la lenteur, la clé de voûte de l’introspection. Pendant plusieurs années, elle a photographié un chêne saule imposant à Washington, D.C., le parcourant en spirale inverse, à l’image de la rotation terrestre, capturant en noir et blanc les subtiles métamorphoses du végétal, comme si chaque mouvement était une respiration d’un temps suspendu.

Son approche patiente, presque mystique, s’inscrit dans la lignée de To Measure Time, ouvrage précédemment acquis par le MoMA et Yale, où elle explorait déjà les tensions entre observation, répétition et transformation. Ces préoccupations se prolongent aujourd’hui dans son enseignement de la photographie argentique et du grand format au Northern Virginia Community College, où elle transmet son art avec la même précision qu’elle applique à ses propres créations.

Finaliste du Dummy Award 2024 et exposée dans des festivals de renom tels que les Rencontres d’Arles, Fotofestiwal ou le PhotoBookMuseum, Giant Willow Oak s’affirme comme une œuvre à la fois sensible et conceptuelle. Imprimé en tritone sur papier de bambou, ce livre n’est pas qu’une succession d’images : c’est une méditation visuelle, une réflexion sur le temps, la mémoire et la manière insidieuse dont la vie s’inscrit en nous, souvent sans que nous en ayons conscience.

À travers ses réponses à notre questionnaire, Amanda Sauer nous ouvre les portes de son univers, dévoilant l’impact profond de la photographie sur notre perception du réel, tout en partageant des fragments de son histoire personnelle et de sa quête en tant que mère et artiste. Ses mots, comme ses images, sont des éclats d’intimité, où la réflexion sur l’image se mêle à la contemplation du monde. D’une vision qu’elle rend palpable à travers son art, elle nous invite à redéfinir notre rapport aux photographies, à la mémoire et à l’autre, tout en nous interrogeant sur l’avenir de la photographie et son rôle dans notre monde en perpétuelle mutation.

 

Website : www.amandasauer.com / Instagram: @amandajsauer

« Giant Willow Oak by Amanda Sauer, published by L’Artiere

 

Quest-ce qui a déclenché votre passion pour la photographie ?
Amanda Sauer : Voir une image apparaître dans le bain révélateur dans la chambre noire de mon lycée. À chaque fois que je tire une photo en chambre noire, je trouve encore cela magique.

Quel photographe vous a le plus inspirée ?
A.S. : Probablement Robert Adams, tant pour ses photographies que pour ses écrits. Il y a dans son travail une franchise et une clarté morale que l’on ressent après coup, et qui nous habite longtemps. Mais lorsque vous êtes plongé dans ses images, vous vous perdez dans la beauté de la composition, des tonalités, du rythme. C’est incroyablement puissant. Il y a eu une exposition de son travail à la National Gallery d’Art de Washington D.C. en 2022. J’y suis allée plusieurs fois. La première visite m’a bouleversée au point que j’ai dû sortir ; une fois dehors, la lumière, le mouvement et les couleurs du monde me sont apparus cruels et violents. Ses photographies créent leur propre monde, reflétant une version plus vraie du monde que nous partageons tous.

Quelle photographie auriez-vous aimé prendre ?
A.S. : Il y a une photographie d’Atget représentant un vieil arbre majestueux dans le parc de Saint-Cloud. J’avais cette image en tête lorsque je réalisais les photographies de mon livre Giant Willow Oak. Je pense que mon attirance pour cet arbre venait en partie de mon envie de recréer cette image d’Atget à ma manière.

Quelle est la dernière photo que vous avez prise ?
A.S. : J’ai pris des photos en marchant dans la neige, dans les bois du Maine. J’essaie de faire quelque chose autour de l’hiver, pour la même raison qui motive la plupart de mon travail : je veux capturer quelque chose d’éphémère, dont je pressens la disparition.

Quelle est la photo la plus étrange que vous ayez prise volontairement ou non ?
A.S. : Il y a de nombreuses années, l’obturateur de mon appareil s’est déclenché alors qu’il était en bandoulière pendant une promenade. À l’époque (j’avais 22 ans ?), c’était la photographie la plus étrange et la plus belle que j’avais jamais réalisée. J’ai essayé pendant des années de la recréer, sans succès. J’ai gaspillé tant de temps et de pellicule ! Aujourd’hui, je suis plus encline à accepter ces accidents comme des cadeaux.

Comment choisissez-vous vos projets ?
A.S. : Je commence en revenant encore et encore dans un lieu précis, souvent un arboretum ou un jardin où l’intervention humaine est visible. Je photographie ce qui m’intéresse, et avec le temps, un projet émerge à partir de ce que je vois apparaître dans mes images. Pour mon livre Giant Willow Oak, j’étais fascinée par un arbre particulièrement vieux et imposant. À force de le photographier, j’ai remarqué que je tournais lentement autour de lui. J’étais captivée par la façon dont sa forme changeait en fonction de mon point de vue, offrant à chaque fois une caractérisation visuelle différente. En plus, l’arbre se transformait au fil des saisons. Comment une seule image pourrait-elle contenir toutes ces perspectives mouvantes ? Mon projet est alors devenu de créer un “portrait” étendu, comme une manière de rendre hommage à cet arbre. J’imaginais une série d’images dans laquelle l’arbre tournerait avec les saisons, et j’y retournais aussi souvent que possible pour faire des photos. Un lien profond s’est formé entre l’arbre et moi. Je voyais mes cercles comme une sorte d’orbite, comme si j’étais attirée, liée à l’arbre par une force gravitationnelle symbolique. J’ai commencé à penser l’amour comme une forme de gravité, à la manière dont nous créons nos propres univers à partir des liens qui nous relient aux autres. J’ai aussi commencé à voir ce projet à travers mon expérience de mère, avec les contraintes, la présence constante, et l’attention soutenue que cela implique.

Quel équilibre établissez-vous entre intuition et réflexion dans la création dune image ?
Amanda Sauer : Pour moi, il faut les deux. L’intuition me guide au moment de faire des photographies ; la réflexion vient généralement ensuite, avec le recul, et oriente la suite de mon travail.

Quest-ce qui fait quune photo est réussieselon vous ?
A.S. : Elle doit parler de quelque chose au-delà du cadre. Et tous les éléments doivent fonctionner ensemble de manière cohérente. C’est très difficile à atteindre, mais quand cela arrive, tous les échecs en valent la peine.

Quest-ce qui rend une photo mémorable ? Et quest-ce qui rend une image intemporelle ?
A.S. : En tant que professeure de photographie, je vois passer beaucoup d’images. Les photos mémorables sont celles qui me surprennent, qui me montrent quelque chose d’inédit ou révèlent une relation entre des éléments que je n’avais jamais envisagée. Les photos intemporelles sont celles qui touchent à une expérience humaine universelle, elles semblent familières même si elles viennent du passé.

Quels détails recherchez-vous dans un visage, un paysage ou un objet ?
A.S. : Dans un paysage, je cherche généralement l’empreinte de l’homme, comme une manière d’en apprendre davantage sur notre relation avec la nature. Mais je finis souvent par photographier ma propre réaction au paysage, ce qui m’inspire dans ce lieu précis, plutôt que la préoccupation initiale qui m’y a conduite.

La technique peut-elle surpasser l’émotion en photographie ?
A.S. : Il faut vraiment les deux, et ils doivent fonctionner ensemble de manière fluide.

La beauté en photographie est-elle purement esthétique pour vous ?
A.S. : La beauté possède une complexité qui renvoie à quelque chose au-delà de l’esthétique. Cela peut être philosophique, conceptuel ou émotionnel ; l’important, c’est qu’elle crée une tension qui enrichit l’expérience esthétique. Sinon, j’emploierais un autre mot, comme “joli”.

Quels éléments contribuent à rendre le silence visible dans une photo ?
A.S. : L’une des qualités fondamentales d’une photographie est son silence (Robert Adams l’exprime magnifiquement dans son texte pour Summer Nights Walking). C’est l’imagination du spectateur qui comble le silence. Le silence devient visible quand on imagine l’absence de son. Je l’ai ressenti très fortement dans le livre d’Angela Boehm, Minus 30 : ses paysages sont aveuglants de blancheur, vastes et lointains.

Lunicité dune photo vient-elle de linstant ou de la mise en scène ?
A.S. : Cela peut venir de l’un, de l’autre, ou, avec un peu de chance, des deux.

En un mot, comment décririez-vous votre relation à la photographie ?
A.S. : Émerveillement. Je photographie pour savoir si ce que je vois est vraiment là.

Quest-ce qui vous intéresse le plus dans une image ?
A.S. : À quelques exceptions près, je ne m’intéresse pas tellement à l’image unique. Ce qui me fascine davantage, c’est la manière dont les photographies dialoguent entre elles pour créer leur propre monde.

Êtes-vous plutôt noir et blanc ou couleur ?
A.S. : Je fonctionne par phases. Comme j’utilise de la pellicule, je dois choisir à l’avance. Ces derniers temps, je travaille en noir et blanc, mais la couleur me manque.

Lumière naturelle ou studio ?
A.S. : Rien ne vaut la lumière naturelle, et c’est en suivant la lumière que je trouve mes photographies. J’utilise parfois un réflecteur en extérieur, pour tenter d’obtenir le meilleur des deux.

La couleur peut-elle être une forme de narration ?
A.S. : Pourquoi pas ? Le livre Bluets de Maggie Nelson en est un parfait exemple dans la littérature. En photographie, je pense immédiatement à Cig Harvey.

Peut-on parler de photographie sans parler de temps ?
A.S. : Non, la photographie, c’est de la lumière et du temps enregistrés. C’est cette simplicité qui me fascine infiniment.

Quel rôle joue linvisible dans vos images ?
A.S. : Chaque fois qu’une photographie vous conduit hors du cadre, elle entre en relation avec l’invisible. Cela peut être une émotion comme le chagrin ou un enjeu comme le changement climatique. Je pense souvent à la photographie de l’absence, ce qui n’est pas tout à fait la même chose que l’invisible.

Une photo peut-elle être plus vraieque la réalité ?
A.S. : J’essaie de remettre en question la vérité de la photographie autant que celle de la réalité ; c’est leur point de rencontre qui m’intéresse. Je ne pense pas qu’on puisse les séparer. Peut-être qu’une photo devient “plus vraie” que la réalité lorsqu’elle vous pousse à voir autrement ?

Une photo peut-elle changer notre perception dun événement ?
A.S. : Oui. On le voit constamment dans les images des médias. Mais c’est vrai aussi à un niveau plus personnel — il suffit de regarder les réseaux sociaux ! Et je pense à mes enfants, dont les souvenirs peuvent être consultés sur la pellicule numérique de mon téléphone — se souviennent-ils de l’événement ou simplement de la photo qu’ils voient des années plus tard ?

La photographie est-elle un témoignage ou une forme de manipulation ?
A.S. : C’est toujours les deux ! Et c’est pour cela qu’elle est si intéressante.

Quelle photo a changé le monde ? Et laquelle a changé votre monde ?
A.S. : La photo de la “pale blue dot” (un cliché lointain de la Terre pris par Voyager 1 en 1990) est souvent citée comme l’une des plus influentes de tous les temps. Elle nous rappelle que la Terre est petite, fragile et magnifique. J’ai ressenti un immense émerveillement en voyant les premières images du télescope James Webb en 2022. Elles m’ont de nouveau rappelé à quel point la Terre est un miracle au sein de l’immensité de l’univers.

Quelle est la première image qui vous a profondément émue ? Et celle qui vous a mise en colère ?
A.S. : Honnêtement, je ne saurais dire quelle a été la première image, mais en 2004, j’ai vu l’exposition What Remains de Sally Mann au Corcoran à Washington, et j’ai été profondément bouleversée. Elle avait réalisé ces photographies d’une beauté saisissante sur la mort, ainsi que sur les visages de ses enfants. La même année, nous avons découvert les photos de soldats américains torturant des prisonniers à Abou Ghraib, ce qui m’a mise très en colère.

Si vous deviez choisir une photo pour vous représenter, laquelle serait-ce ?
A.S. : Ce serait forcément une de mes photographies du Giant Willow Oak. J’ai passé cinq ans à photographier cet arbre et j’y ai projeté tellement de moi-même !

Si vous pouviez photographier lintérieur de vos pensées, à quoi cela ressemblerait-il ?
A.S. : J’aimerais penser que mes pensées ressemblent aux branches noueuses et enchevêtrées d’un très vieil arbre. Quand je travaillais sur mon projet du Giant Willow Oak, je m’endormais souvent avec des images de branches dans l’esprit. La même chose arrivait les jours où je développais les négatifs dans la chambre noire. C’est une façon délicieuse de s’endormir.

Quelle est la dernière chose que vous avez faite pour la première fois ?
A.S. : J’ai récemment essayé quelques mouvements de parkour enseignés par mon fils de 9 ans. Ce n’était pas très gracieux !

Une image clé de votre panthéon personnel ?
A.S. : Les photographies de peupliers de Robert Adams.

Un souvenir photographique de votre enfance ?
A.S. : Dans ma petite enfance, nous vivions dans une maison de lotissement en Utah qui aurait pu figurer dans une photo de Robert Adams. C’était la dernière maison avant une immense étendue de pâturages menant aux montagnes. Depuis notre jardin, nous regardions le coucher de soleil sur la chaîne de Wasatch ; la vue était si belle qu’adulte, je croyais l’avoir imaginée ou embellie par nostalgie. Mon père a récemment numérisé des films de cette époque et il y avait des images qui prouvaient que c’était réel, exactement comme je m’en souvenais. Je suis retournée dans cette maison à 18 ans. Elle se trouve désormais au milieu d’une banlieue tentaculaire ; le panorama a disparu, il n’y a que des maisons à perte de vue.

Quel est votre plus grand regret ?
A.S. : J’essaie de ne pas avoir de regrets, mais la vie est compliquée. J’aurais aimé pouvoir produire davantage lorsque mes enfants étaient petits, notamment autour de cette expérience. J’aurais aussi aimé que ma carrière soit plus avancée avant de devenir mère, car il m’a fallu longtemps pour retrouver un élan, ce qui a été difficile. Mais peut-être que je n’aurais pas passé autant de temps avec mes enfants, et j’aurais probablement regretté cela aussi.

Une photo vous appartient-elle encore une fois partagée ?
A.S. : Je ne suis pas certaine qu’une photographie appartienne vraiment à quelqu’un. Elle a toutefois besoin d’un regard pour être activée, pour donner lieu à une compréhension particulière de l’information visuelle. En la partageant, on permet aux autres de s’engager avec son contenu et d’en tirer leur propre sens. C’est un privilège d’avoir cette opportunité et on peut apprendre énormément. Mais je comprends aussi qu’il y ait des moments où l’on ne souhaite pas partager.

Un livre photo indispensable ?
A.S. : L’un de mes premiers livres photo était Utatane de Rinko Kawauchi. Je l’ai commandé au Japon au début des années 2000. C’est un livre souple de taille moyenne, très intime dans les mains. On se perd dans la séquence des images ; on a l’impression d’être dans un rêve éveillé (utatane signifie « sieste »). C’est peut-être le premier livre pour lequel j’ai autant aimé l’objet que les photos qu’il contient.

Votre appareil photo denfance ?
A.S. : Enfant, je prenais beaucoup de photos où j’habillais mon chien et le mettais en scène dans différentes situations (elle s’appelait Karma, elle était si douce et patiente !). Mais je ne me souviens pas du tout du modèle de l’appareil.

Et aujourdhui ?
A.S. : J’ai plusieurs chambres 4×5, mais mes préférées sont une Toyo monorail bien abîmée avec un long soufflet pour les gros plans, et une Toyo VX (un hybride de chambre de terrain et de monorail) pour des mouvements extrêmes sur le terrain. J’aime aussi marcher avec ma Mamiya 7ii, un télémétrique au format 6×7. Et j’utilise un Fuji GFX quand le numérique est plus pertinent.

Votre addiction favorite ?
A.S. : Le chocolat. Et les livres photo ! Mais pas en même temps, cela pourrait les salir…

Si votre appareil pouvait parler, que dirait-il de vous ?
A.S. : Il se demanderait sûrement pourquoi il sort encore et encore à certains moments, et pourquoi ensuite il est rangé dans un placard pendant très longtemps.

Quel rôle joue la photographie dans notre perception du monde ?
A.S. : Nous avons trop d’images dans la tête pour percevoir le monde sans inconsciemment se référer à une photo. Cela influence nos attentes, notre manière d’interagir avec tout ; les images intériorisées filtrent la majorité, sinon la totalité, de nos expériences de vie.

Quels sont les grands défis de la photographie dans le futur ?
A.S. : Je me demande si l’IA ne remplacera pas la photographie telle que nous la connaissons, et si l’on continuera à valoriser les images faites avec un appareil. J’ai ma petite idée, mais seul le temps nous le dira.

Comment les réseaux sociaux influencent-ils la création et la réception des images aujourdhui ?
A.S. : Je poserais plutôt cette question : comment la création d’images pour les réseaux sociaux influence-t-elle nos vies et nos relations ? Je pense que beaucoup de gens prennent de petites (et grandes !) décisions de vie autour de l’image parfaite à poster. Cela m’inquiète pour l’éducation de mes enfants : comment vivre pour soi et non pour une audience ?

Si la photographie était une arme, quel « tir » préféreriez-vous ?
A.S. : Je n’aime pas le langage militarisé autour de la photographie et j’essaie consciemment de ne pas l’utiliser. Malheureusement, la photographie a été utilisée comme une arme par les puissants contre les « autres » — et c’est toujours le cas. Heureusement, ces groupes utilisent aussi la photographie comme outil d’émancipation.

Si vous pouviez photographier une figure historique ou contemporaine, qui serait-ce et pourquoi ?
A.S. : Berenice Abbott. J’ai rêvé d’elle il y a plusieurs années, j’avais l’impression qu’elle essayait de me dire quelque chose d’important, mais je ne comprenais pas. Je profiterais de la séance pour tenter de percer ce mystère.

Si la photographie captait les émotions aussi bien que les images, quelle émotion voudriez-vous quelle exprime ?
A.S. : La gratitude.

Si vous aviez un portail interdimensionnel, quelle serait la première photo que vous prendriez dans un autre monde ?
A.S. : Un portrait de Harriet Tubman. Je lancerais le mythe que nous sommes des êtres d’une intégrité morale farouche, en espérant que cela influence, un jour, la manière dont nous nous voyons de retour sur la Terre.

Si votre appareil était un super-héros, quel serait son super-pouvoir ?
A.S. : Un appareil photo est un super-héros — il crée des photographies capables de suspendre et de traverser le temps. Par exemple, quand je fais un portrait de mes enfants, je travaille dans le présent, le passé et le futur en même temps : je déclenche dans le présent ; l’image latente est déjà passée ; la photo développée adviendra dans le futur (et mon moi futur lui en sera reconnaissant).

Si une photo de vous devait illustrer une invention du futur, à quoi ressemblerait-elle ?
A.S. : Tous les photographes ont sûrement rêvé d’inventer une « caméra-œil » — faire une photo juste par le regard, sans matériel. L’image illustrant cette invention me montrerait en train de faire un clin d’œil, tenant une photo de ce que je viens de voir.

Une image pour illustrer un nouveau billet de banque ?
A.S. : Un arbre millénaire.

Quelle photo rêveriez-vous de prendre… au risque de ruiner votre carrière ?
A.S. : Je fais beaucoup de photos ennuyeuses — si je les montrais toutes, ce ne serait probablement pas bon pour ma carrière.

Si vous deviez raconter lhistoire dun objet ordinaire en photo, lequel choisiriez-vous pour en faire un chef-d’œuvre ?
A.S. : Je photographierais une pièce de poterie de ma mère, peut-être un de ses bols faits main, pour tenter d’honorer tout ce qu’elle a créé.

Quelle ville trouvez-vous la plus photogénique ?
A.S. : Il est difficile de ne pas être séduit visuellement par Paris, mais je pense que La Havane est peut-être encore plus photogénique.

Si Dieu existait, lui demanderiez-vous de poser pour vous ou préféreriez-vous un selfie avec lui ?
A.S. : Je serais trop humble pour demander l’un ou l’autre.

Si je pouvais organiser votre dîner de rêve, qui serait à table ?
A.S. : Je connais très peu de choses sur mes ancêtres. J’adorerais découvrir leurs vies.

Limage qui représente le mieux l’état actuel du monde, à vos yeux ?
A.S. : Ce serait une image contenant la complexité de ce que nous affrontons, mais offrant tout de même un éclat d’espoir. C’est cette image que je poursuis sans cesse dans ma quête photographique.

Une chose essentielle que les gens devraient savoir sur vous ?
A.S. : Je suis très grande. Cela surprend toujours.

Un dernier mot ?
A.S. : Merci, ce ne sont vraiment pas les questions habituelles !

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