À l’occasion de Fujikina, L’Œil de la Photographie a accompagné Guillaume Blot lors d’une balade photographique dans les rues arlésiennes sur le thème de la poésie du quotidien. Un moment de partage que le Nantais aime renouveler à chaque édition.
Tous les étés, Guillaume Blot sillonne la France à la recherche de ses prochaines images, dans un road trip de plusieurs semaines baptisé le Blotmobile Tour. Cette année, il travaille sur une nouvelle série consacrée aux salons de coiffure, dont on imagine déjà qu’elle sera aussi cocasse que Rades et Restos Routiers, ses deux ouvrages publiés chez Hoebeke en 2023 et 2025.
Impossible, dans ce périple estival, de faire l’impasse sur les Rencontres d’Arles, rendez-vous incontournable de son calendrier. Entre la signature de son dernier livre, French Fries, paru en mai chez Note Note Éditions, la publication de ses images du mythique restaurant camarguais Chez Bob dans le nouveau guide arlésien édité par Vuitton et une conférence consacrée à son travail sur les restaurants routiers pour Fujikina, son programme s’annonce particulièrement chargé.
Mais parmi tous ces rendez-vous, il en est un auquel il tient tout particulièrement : une balade photographique de deux heures au cours de laquelle il partage son regard et sa pratique avec un petit groupe de participants. La rencontre débute par une discussion autour du travail de chacun. Guillaume Blot prend le temps de découvrir les images des participants avant de développer deux aspects qui structurent sa pratique : le fond et la forme.
Le fond, d’abord. Il revient sur ses différents projets et sur sa manière de penser la photographie en série plutôt qu’en images isolées. Les mots, explique-t-il, occupent une place essentielle dans cette construction. Ils permettent de préciser un angle, de faire émerger un point de tension et, selon lui, de « dépasser le visuel pour aller vers un vrai travail documentaire et journalistique ».
Puis, la forme. Images brutes, éclairées au flash ou photographies aux tonalités plus naturelles, utilisation du moyen format Fujifilm GFX : Guillaume Blot détaille les choix techniques qui nourrissent un langage visuel immédiatement reconnaissable, au service d’une chronique tendre et souvent drôle de la France contemporaine.
Place ensuite à la pratique. Chacun emprunte un boitier Fujifilm et, pendant un peu plus d’une heure, le groupe déambule dans les ruelles d’Arles avec pour objectif d’apprendre à voir la poésie du quotidien. Un nom insolite gravé sur une porte, un jeu de mots involontaire, un tuyau qui semble traverser la tête d’un passant, un détail architectural qui transforme une scène banale en image insolite… Tout devient prétexte à regarder autrement.
Comme à chacune de ses balades arlésiennes, une halte s’impose au Chiquito, un lieu auquel il reste profondément attaché. Pour Guillaume Blot, ce bar tabac fait partie de ces endroits qui résistent encore à la gentrification de la ville. Fabrice, son barman, accueille le groupe avec un large sourire avant de laisser les participants tenter l’exercice le plus intimidant de la journée : aborder les habitués.
Car, pour Guillaume Blot, une bonne photographie passe souvent par une rencontre. Il encourage chacun à dépasser sa timidité, à aller vers les autres plutôt qu’à attendre que l’image se présente d’elle-même. « J’espère les inspirer à se mettre dans cet état mental nécessaire à toute photographie. Ce moment où tu arrêtes de trouver des excuses pour ne pas parler à l’autre et tu y vas, tu te lances, sans filet, mais tu obtiens le plus souvent une belle interaction. »
De retour à Fujikina, les images réalisées au cours de la balade sont observées et commentées. Un dernier temps d’échange qui clôt un moment placé sous le signe de la transmission.
Une transmission qui, insiste Guillaume Blot, fonctionne dans les deux sens. « Quand tu pratiques la photo au quotidien, tu as la tête dedans, tu développes des automatismes et tu ne questionnes plus forcément ce que tu fais. Le fait d’en parler avec des personnes aussi curieuses, de les voir découvrir certaines choses, m’oblige à remettre de l’intention dans ma pratique. Ces échanges sont aussi enrichissants pour moi que pour eux. »
Zoé Isle de Beauchaine
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