Rechercher un article

Le Questionnaire : Philippe Echaroux par Carole Schmitz

Preview

Philippe Echaroux — Quand la lumière devient langage

Photographe, street artist et portraitiste, Philippe Echaroux s’impose depuis une dizaine d’années comme l’un des artistes français les plus singuliers de sa génération. Son œuvre, située à la frontière entre l’art urbain, la photographie et l’installation, interroge le rôle de l’image dans l’espace public et sa capacité à créer du lien social et écologique.

Issu du portrait et de la culture du graffiti, il a su faire de la lumière son médium principal. Plutôt que de peindre sur les murs, il les éclaire : à travers ses Street Art 2.0, il projette des portraits monumentaux, souvent éphémères, sur des façades urbaines, des paysages naturels ou des sites symboliques. Cette approche, à la fois poétique et non invasive, fait de la projection lumineuse un geste artistique respectueux — un art de la trace sans impact physique, mais à forte portée émotionnelle.

Sa série “The Crying Forest, réalisée en Amazonie auprès de la tribu Suruí, demeure emblématique de sa démarche. En projetant les visages des membres de la communauté directement sur les arbres, Philippe Echaroux crée une métaphore puissante : celle d’une nature habitée, regardant l’homme en retour. Ce projet, à la fois écologique et spirituel, a marqué un tournant dans sa carrière, faisant de lui un artiste conscient des enjeux environnementaux et de la place de l’humain dans le vivant.

Entre art numérique, photographie conceptuelle et performance environnementale, il explore les nouvelles formes de narration visuelle à l’ère de l’image connectée. Sa pratique questionne la frontière entre réel et illusion, présence et effacement, image et lumière.

Influencé autant par le portrait humaniste que par la culture digitale, il incarne une génération d’artistes pour qui la technologie n’est pas un outil froid, mais un prolongement sensible de la main et du regard. Chez lui, le faisceau lumineux remplace le pinceau — et chaque visage projeté devient un appel à la mémoire collective, un rappel de la fragilité du monde.

Actuellement, Philippe Echaroux présente à l’initiative de  la Communauté de communes du Sud Corse son projet TEMPI, une série de portraits d’aînés projetés sur les façades, quais et espaces naturels de la ville à la tombée de la nuit. Cette installation, à la fois poétique et sociale, inscrit les visages des habitants dans le paysage urbain et patrimonial, créant un dialogue inédit entre mémoire locale, territoire et lumière. Par ce geste, l’artiste dépasse le cadre de la galerie, engageant le spectateur dans une expérience immersive où chaque projection devient un témoignage vivant de l’histoire et de la communauté.

À découvrir de nuit de Porto-Vecchio à Pianottoli-Caldalrello.

 

Website : www.philippe-echaroux.com / www.tempi.corsica

Instagram : @philippe_echaroux

Actuellement : TEMPI, une exposition immersive qui célèbre la Corse à travers les regards et les mémoires de ses doyens. Entre Porto-Vecchio et Bonnifacio, les doyens des différentes communes sont mis en lumière, au sens propre comme au figuré, à travers une série de portraits photographiques et de projections lumineuses en extérieur, dans l’espace public.

 

Votre premier déclencheur photographique ?
Philippe Echaroux
 : La curiosité !

Un souvenir photographique de votre enfance ?
P.E. : Je n’en ai pas vraiment, si ce n’est d’être intrigué par les appareils Polaroid, mais je m’intéressais plus à l’aspect étrange de l’objet qu’à autre chose.

L’appareil photo de votre enfance ?
P.E. : Je n’en avais pas vraiment.

Celui que vous utilisez aujourd’hui ?
P.E. : Un Nikon Z8.

L’homme ou la femme de l’image qui vous a inspiré(e) ?
P.E. : Bizarrement, je n’en ai pas. Je suis plus inspiré par des sportifs ou des musiciens.

L’image que vous auriez aimé réaliser ?
P.E. : Un portrait de Nelson Mandela.

Celle qui vous a le plus ému ?
P.E. : Plus qu’une image que j’aurais pu voir, c’est de voir des gens se découvrir à travers une de mes photos qui m’a le plus ému

Et celle qui vous a mis en colère ?
P.E. : Je n’en ai pas vraiment. Généralement, je n’accepte pas de faire des choses que je ne sens pas, justement pour éviter ça.

Quelle photo a changé le monde ?
P.E. : Il y en a plein, mais je dirais une photo de la Terre vue de l’espace.

Et quelle photo a changé votre monde ?
P.E. : Je ne saurais pas dire, je ne pense pas à une image en particulier.

Une image clé de votre panthéon personnel ?
P.E. : Je n’ai pas trop la prétention d’avoir ça. On me parle souvent de mon portrait de Zizou ou de mon projet en Amazonie, mais je ne me fige pas sur ces deux projets-là.

Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans une image ?
P.E. : Le message !

Quels détails recherchez-vous dans un visage, un paysage ou un objet ?
P.E. : Le message également ! Parfois simplement l’esthétique, mais ça, c’est vite ennuyeux à mon goût.

Elliott Erwitt disait : « La couleur est descriptive. Le noir et blanc est interprétatif. » Êtes-vous d’accord ?
P.E. : Assez, oui ! Il est malin, cet Elliott.

Selon vous, la technique peut-elle parfois primer sur l’émotion en photographie ?
P.E. : Jamais. Mais il ne faut pas non plus faire le raccourci de zapper la technique, du moins au départ.

La beauté en photographie est-elle, pour vous, purement esthétique ?
P.E.
 : Pour moi, elle vient du message. Ça reste très personnel.

Quels éléments peuvent rendre le silence visible dans une photographie ?
P.E. : Instinctivement, je répondrais : le chaos.

L’unicité d’une photographie vient-elle du moment ou de la mise en scène ? Une photographie peut-elle être plus vraie que la réalité ?
P.E. : À mes débuts, je faisais des mises en scène dans le but de faire passer un message, donc je dirais que oui. C’est un peu ce que fait le cinéma, d’ailleurs.

Une photographie peut-elle changer notre perception d’un événement ?
P.E. : Tout à fait, et c’est aussi un gros danger.

La photographie est-elle un témoignage ou une forme de manipulation ?
P.E.
 : Les deux sont possibles. Comme toute technologie, cela dépend de la façon dont on l’utilise. On parle beaucoup d’IA, mais on a déjà vécu cela avec la photo plus tôt, même si évidemment c’était plus limité.

Qu’est-ce qui fait une bonne photo ?
P.E. : L’émotion.

Selon vous, quelle est la qualité nécessaire pour être un bon photographe ?
P.E. : La curiosité.

Comment choisissez-vous vos projets ?
P.E. : Mon maître mot, c’est le sens. S’il n’y a pas de sens, pas de message, alors il n’y a pas de projet.

Comment décririez-vous votre processus créatif ?
P.E. : Je dirais qu’il est instinctif. Je prépare beaucoup un projet en amont, mais je laisse les choses se faire, car c’est là que se trouve l’art, à mon goût. Le contrôle est l’ennemi de la créativité.

Un projet à venir qui vous tient particulièrement à cœur ?
P.E. : Pas vraiment. Je travaille souvent sur plusieurs projets en parallèle, mais je n’ai pas de préférence. On verra quand — et si — ils prennent vie !

La personne que vous aimeriez photographier ?
P.E. : Poutine ou Trump. Pas que je les apprécie, loin de là, mais par curiosité de voir ce que ces types dégagent dans la vraie vie.

Celle par qui vous aimeriez être photographié ?
P.E. : Je dirais : personne, je n’aime pas particulièrement être photographié.

Quelle est la dernière photo que vous avez prise ?
P.E. : La photo d’une de mes installations de projection lumineuse en Corse-du-Sud.

Sur les réseaux sociaux, êtes-vous plutôt Instagram, Facebook, TikTok — et pourquoi ?
P.E. : Instagram et Facebook, mais alors je suis de moins en moins réseaux sociaux. Je ne supporte plus cet ego trip. Honnêtement, je galère à me forcer à « exister » là-dessus. Faire la guerre de qui a la vie la plus cool, ce n’est pas mon truc.

Qu’est-ce qui a changé en photographie depuis le succès des réseaux sociaux ?
P.E.
 : La démocratisation est hyper chouette : beaucoup plus de gens peuvent montrer ce qu’ils font, et ça, c’est positif !

Un compte Instagram à suivre absolument ?
P.E. : Garder le doigt appuyé sur l’icône d’Instagram trois secondes, puis appuyer sur « supprimer » et aller dehors voir le vrai monde ? Je vois la déconnexion comme le vrai luxe aujourd’hui.

Quel est votre point de vue sur l’IA ?
P.E. : Je vois l’IA comme un tsunami. Je trouve ça, comme toute révolution technologique, aussi passionnant que dangereux. Mais comme toute grosse vague, soit on la surfe, soit on se fait broyer.

Couleur ou noir et blanc ?
P.E. : Les deux ! Au feeling !

Lumière naturelle ou lumière artificielle ?
P.E. : J’adore les deux, mais mon travail en portrait ou en projection est à base de lumière artificielle, donc j’ai un penchant pour celle-ci. Mais mon truc préféré reste de mélanger les deux !

Quelle ville vous paraît la plus photogénique ?
P.E. : Marseille ! Je suis un peu orienté, certes.

La ville, le pays ou la culture que vous rêvez de découvrir ?
P.E. : Peut-être le Japon, c’est une zone du monde où je n’ai jamais été.

L’endroit dont vous ne vous lassez jamais ?
P.E. : La Corse, évidemment !

L’image qui représente pour vous l’état actuel du monde ?
P.E. : Je ne saurai pas dire.

Selon vous, qu’est-ce qui manque dans le monde d’aujourd’hui ?
P.E. : De la modestie et de l’empathie.

Si Dieu existait, lui demanderiez-vous de poser pour vous, ou opteriez-vous pour un selfie avec lui ?
P.E. : Je ne crois pas vraiment en Dieu, mais je pense que si une entité comme ça existait, ce serait sacrément plus intéressant de discuter avec elle que de faire une photo.

Votre drogue préférée ?
P.E. : Apprendre !

Votre meilleure façon de déconnecter ?
P.E. : Surfer la houle en foil.

Votre dernière folie ?
P.E. : Je ne saurais pas dire, et j’avoue que ça, c’est triste. Merci, car il va falloir changer ça !

Votre plus grande extravagance professionnelle ?
P.E. : Me déguiser en studio portable et essayer de
faire des portraits lors d’un salon de la photo où j’étais invité.

Le métier que vous n’auriez pas aimé faire ?P.E. : Il y en a des tonnes : éboueur, ouvrier, nettoyeur de fosses septiques… Je mesure ma chance très souvent, vraiment. Je viens du monde du travail social, donc ça m’a toujours aidé à relativiser.

Quelle question vous déroute le plus ?
P.E. : Peut-être celle-là 😂

La dernière chose que vous avez faite pour la première fois ?
P.E. : Du pump track en skateboard !

Votre plus grand regret ?
P.E. : Je fais tout pour ne pas en avoir. Mais il y a quelques vagues particulières que j’aimerais explorer en foil, donc il ne faudrait pas que je laisse trop le temps filer.

Si vous deviez tout recommencer ?
P.E. : À fond ! Les débuts paraissent la partie la plus délicate, mais c’est aussi et surtout le meilleur moment ! Donc recommencer, oui, et commencer d’autres choses aujourd’hui, ça oui !

Si je pouvais organiser votre dîner idéal, qui serait à table ?
P.E. : Je ne saurais pas dire. Je n’ai pas trop ce genre de « rêve ». Peut-être un dîner en tête-à-tête avec Bob Dylan, pour apprendre grâce à lui.

Qu’aimez-vous que les gens disent de vous… après ?
P.E. : Je n’ai pas cette ambition. Si j’ai pu aider quelques personnes à se lancer dans ce qu’elles aiment vraiment et à casser un quotidien qui les pèse et leur paraît incassable, alors je suis content.

La seule chose que l’on doit absolument savoir sur vous ?
P.E. : Oula, je n’ai pas la prétention de pouvoir répondre à ça. Je suis un gars lambda.

Un dernier mot ?
P.E. : Lance-toi, tu vas être surpris.

Merci de vous connecter ou de créer un compte pour lire la suite et accéder aux autres photos.

Installer notre WebApp sur iPhone
Installer notre WebApp sur Android