Si loin déjà et si près dans les mémoires, avant une évaporation qui s’engage maintenant dans les oubliettes du temps. Les années 1970 ont été la dernière grande mutation industrielle, en Europe, surtout dans les industries lourdes. Ensuite, les fusions financières ont délocalisé systématiquement les grands sites industriels lors des projets d’évolutions technologiques.
La sidérurgie et la verrerie ont été frappées de plein fouet par la crise énergétique alors qu’elles commençaient une vraie mutation industrielle. Pour des raisons, peu visionnaires, le monde économique occidental s’est purement et simplement débarrassé de pans entiers industriels réduisant des dizaines de milliers de travailleurs à l’oubli.
Nous devons cette évolution à deux facteurs, le premier a été le coût du travail en Europe (la France en tête), dans un premier temps. Dans un second temps, lorsque les automatisations se sont imposées, le second coup mortel est venu de l’écologie, avec son refus (certainement très vendeur) de la pollution et du réchauffement de la planète. Le paradoxe est que ces transferts, dans des pays qui découvraient le développement industriel intense ne change strictement rien, au niveau de la planète, pollutions et réchauffement continuent à prendre logiquement leur aise.
Ce qui entre dans l’histoire, c’est la mutation de la méthodologie de travail dans ces milieux industriels qui gèrent le feu. Une sorte d’artisanat industriel, où la place de l’intervention humaine était capitale, qui a vu ses ateliers, du siècle précédent, être remplacés par des usines rationnelles tournées vers la production de masse.
C’est pendant cette charnière technologique que Catherine Gardone, jeune photographe, a eu l’opportunité de pénétrer dans ce milieu fermé, ne serait ce que pour les risques de sécurité.
S’il existe encore quelques photographies emblématiques de cette période, les images de Catherine présentent l’intérêt, en sus de leur objet descriptif de nous installer dans ce monde du travail harassant. Ces activités qui étaient installées dans un environnement désuet qui était voué à son autodestruction. Ces lieux, d’une superbe photogénie, ont été figés, par Catherine Gardone, avec une lumière en parcimonieuse pour jouer les premiers rôles. Les contrastes violents préservent l’essentiel avec une subtilité dans l’accès aux détails dans chaque photographie. Des images pour la mémoire de l’inimaginable et pour une beauté et une sensualité intimes.
Les tirages de ces belles images sont entièrement argentiques dans leur réalisation. Nous regretterons que la quantité de chacune de ces images ne soit pas limitée dans les règles qui régissent les images photographiques. Cette option pour les tirages limite considérablement leur valeur muséale même si ce choix de l’auteure ne retire rien à leur valeur ethnologique.
Thierry Maindrault
EXPOSITION DE PHOTOGRAPHIES
« l’usage du feu » par Catherine Gardonne
Galerie John Doe Books
69 route d’Apt
Coustellet
84660 Maubec [France]
du 23 juillet au 06 septembre 2026
du mardi au samedi de 10h00 à 12 h 00 et de 14 h 00 à 18 h 00
dimanche de 09 h 00 à 13 h 00













