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Le Questionnaire : Allégresse par Carole Schmitz

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Dans l’œil d’Allégresse

Connue sous le nom d’Allégresse, Camille Gourdan est née à Toulouse et a grandi au cœur des montagnes de Haute-Savoie. Si le paysage n’a pas dicté ses affections, il a façonné son regard : précis, attentif, ouvert aux nuances du monde. Après des études mêlant histoire de l’art, géographie sociale et ingénierie culturelle, ponctuées de séjours à l’étranger, elle obtient un master en direction de projets culturels et interculturels en partenariat avec Sciences Po Bordeaux. Ses expériences, notamment au Sénégal lors de la Biennale de 2022, ont nourri son œil et affiné sa sensibilité, la préparant à embrasser pleinement la photographie comme langage.

Allégresse photographie comme on respire : naturellement, intensément, avec une attention à chaque vibration de lumière, à chaque silence porteur d’émotion. Son nom n’est pas un hasard : sa joie n’est jamais naïve, elle est lucide, vibrante, énergie vitale. Chaque image qu’elle compose aspire à saisir ce moment suspendu où la beauté se révèle sans artifice, où la douceur rencontre la force, où l’instant devient récit. Son approche est celle de l’épure et de la sensibilité. La lumière, pour elle, est matière narrative ; le visage, territoire d’émotions ; le geste, ponctuation de l’âme. Les portraits dévoilent des vérités intimes, les scènes captent les interstices du mouvement, et la couleur devient un second cœur qui guide l’œil et touche l’esprit. Dans son œuvre, l’esthétique n’est jamais seule : elle dialogue avec l’émotion, la réflexion et la mémoire, transformant chaque projet en expérience sensible et contemplative.

Actuellement installée à Paris, Allégresse poursuit sa pratique dans le monde de l’art, collaborant avec des galeries et des maisons de ventes. Mais au-delà du cadre professionnel, sa photographie demeure un espace de rencontre et d’échange, un dialogue avec l’autre et avec le monde. Entre spontanéité et rigueur, intuition et précision, invention et performance, chaque image est à la fois manifeste et poème : un instant juste où l’émotion se fait visible et palpable, où le quotidien se transforme en magie.

 

Website : www.allegresse.work
Instagram : @allgrss


Votre premier déclic photographique ?

Allegresse : Une rupture amoureuse en 2020, des tours en avion avec un ami et une pandémie.

Un souvenir photographique de votre enfance ?
Allegresse : Les albums de famille rangés avec soin chez ma grand-mère.

L’appareil photo de votre enfance ?
Allegresse : Un tout petit appareil en argile que j’avais façonné. Je n’ai jamais fait de photographie dans mon enfance.

Celui que vous utilisez aujourd’hui ?
Allégresse : Selon les projets : un Nikon Z6 II pour les projets professionnels et un Fuji XH1 monté avec des objectifs Nikkor de 1978 qui appartenaient à mon grand-père. J’ai une nette préférence pour les projets réalisés avec ce dernier.

L’homme ou la femme de l’image qui vous a inspirée ?
Allégresse : Dora Maar. Non pas que ses œuvres aient inspiré les miennes, car je ne pense pas m’inscrire dans le même registre visuel, mais sa vie et son courage face au patriarcat de l’époque méritent d’être respectés, et son œuvre honorée.

L’image que vous auriez aimé réaliser ?
Allégresse : « Golden fish in deep blue sea » réalisé par Bachir Tayachi et Mabrouka Fall. C’est exactement le genre d’esthétique qui me parle.

Celle qui vous a le plus émue ?
Allégresse : Les images qui nous viennent du génocide à Gaza.

Et celle qui vous a mis en colère ?
Allégresse : Les images qui nous viennent du génocide à Gaza.

Quelle photo a changé le monde ?
Allégresse : J’aurais tendance à dire Afghan Girl de Steve McCurry, prise en 1984. C’est une « belle » image, et pourtant elle dit tout des rapports de domination dans le regard occidental. Pour moi, elle incarne une forme de voyeurisme colonial, l’altération d’une réalité au profit de celle de l’Occident. Cette photographie est devenue le symbole de l’esthétisation de la misère, de cette fascination pour l’ailleurs qui confond beauté et pouvoir. Cette femme n’a jamais eu les retombées positives de ce cliché, à l’inverse du photographe. Elle me bouleverse et me met en colère à la fois, figée pour toujours dans un regard qui n’était pas le sien, le regard d’un homme sur elle.

Et quelle photo a changé votre monde ?
Allégresse : Ce n’est pas une photographie, mais une tapisserie de Papa Ibra Tall, La Semeuse d’étoiles. Une immense tapisserie dont l’image m’accompagne au quotidien, ses couleurs me percutent sans cesse. Si je ne devais retenir qu’une œuvre, une image, un visuel, ce serait celle-ci.

Une image clé de votre panthéon personnel ?
Allégresse : L’Oiseau, réalisée avec Franstel Odicky, appartenant à ma série Figures. Le tout premier projet que j’ai mené lorsque je me suis installée au Sénégal.

Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans une image ?
Allégresse : La rencontre avec le sujet. Je me fiche presque du résultat : je pourrais ne jamais ouvrir mes fichiers et me contenter de vivre le moment où je les réalise.

 Quels détails recherchez-vous dans un visage, un paysage ou un objet ?
Allégresse : La rencontre.

 Elliott Erwitt disait : « La couleur est descriptive. Le noir et blanc est interprétatif. » Êtes-vous d’accord ?
Allégresse : Dans une certaine mesure, le noir et blanc demande qu’on devine quelles étaient les couleurs du réel. Libre à chacun d’interpréter ces nuances de gris. Dans une autre mesure, Elliott Erwitt a tort.

 Selon vous, la technique peut-elle parfois primer sur l’émotion ?
Allégresse : La technique peut être au service de l’émotion.

 La beauté en photographie est-elle, pour vous, purement esthétique ?
Allégresse : La photographie peut être belle parce qu’elle nous touche, par son sujet, son souvenir, mais pas nécessairement par sa composition, ses couleurs ou sa lumière. La beauté est une notion très personnelle. Certaines images sont puissantes sans être belles : je pense notamment aux photographies de guerre. Il n’y a rien de beau, mais le témoignage est fort.

Quels éléments peuvent rendre le silence visible dans une photographie ?
Allégresse : Le non-mouvement, l’immobilité. Tout peut être silence si celle qui regarde le décide.

L’unicité d’une photographie vient-elle du moment ou de la mise en scène ?
Allégresse : Tout dépend du type de photographie. Une image sociale ou documentaire relève du moment (du moins, je l’espère). Un portrait ou une photographie éditoriale peut être mise en scène. Mais le moment peut aussi exister dans la mise en scène.

Une photographie peut-elle être plus vraie que la réalité ?
Allégresse : Tout dépend : la réalité de qui, racontée par qui, pour qui ? Qu’est-ce que nous pouvons considérer comme vrai et réel ?

Une photographie peut-elle changer notre perception d’un événement ?
Allégresse : Évidemment. Sans mots, parfois, l’image ment. C’est tout l’enjeu des images instrumentalisées et médiatisées.

La photographie est-elle un témoignage ou une forme de manipulation ?
Allégresse : Les deux. Tout dépend par qui, pour qui et pour quoi !

Qu’est-ce qui fait une bonne photo ?
Allégresse : L’intention.

Selon vous, quelle est la qualité nécessaire pour être un bon photographe ?
Allégresse : La sensibilité, celle au monde, à son environnement.

 Comment choisissez-vous vos projets ?
Allégresse : Ce sont eux qui me choisissent. Et encore, je ne fonctionne pas en termes de projets, mais de rencontres.

Comment décririez-vous votre processus créatif ?
Allégresse : Spontané, intuitif, vivant et situé.

Un projet qui vous tient particulièrement à cœur ?
Allégresse : Avoir exposer en novembre dernier dans le cadre du festival Objectif FEMMES, pour faire exister dans le réel des images créées il y a un peu plus de trois ans à Dakar.

La personne que vous aimeriez photographier ?
Allégresse : Lady Gaga.

Celle par qui vous aimeriez être photographiée ?
Allégresse : Je ne tiens pas à passer devant l’objectif de qui que ce soit.

Un livre de photographie indispensable ?
Allégresse : L’Histoire de l’Art de Gombrich. Avant même de vouloir réaliser des images, il me semble primordial d’avoir une culture artistique large et ouverte sur toutes les époques. Comprendre les enjeux de l’image, qu’elle soit picturale ou photographique. La photographie est un jeune médium qui ne fait que suivre les pas d’un langage bien plus ancien.

Quelle est la dernière photo que vous avez prise ?
Allégresse : Une photo de mon amoureux.

Sur les réseaux sociaux, êtes-vous plutôt Instagram, Facebook ou TikTok ? Et pourquoi ?
Allégresse : Instagram. J’y ai une communauté vivante, curieuse et bienveillante. Et je suis surtout de cette génération.

Qu’est-ce qui a changé en photographie depuis le succès des réseaux sociaux ?
Allégresse : La quantité, la qualité et surtout son économie.

Un compte Instagram à suivre absolument ?
Allégresse : Le compte de Bachir Tayachi.

Quel est votre point de vue sur l’IA ?
Allégresse : Un outil pas trop mauvais s’il est utilisé à bon escient. J’émets une immense réserve à partir du moment où l’on confond art et IA.

Couleur ou noir et blanc ?
Allégresse : Couleur. Assurément, pour toujours, la couleur.

Lumière naturelle ou artificielle ?
Allégresse : Naturelle. Nous avons été pourvus d’un soleil.

Quelle ville vous paraît la plus photogénique ?
Allégresse : Aucune et toutes à la fois. Tout dépend du regard qu’on pose et des rencontres qu’on y fait.

La ville, le pays ou la culture que vous rêvez de découvrir ?
Allégresse : J’ai vécu au Sénégal et j’aimerais approfondir ma connaissance de ce pays, de ses cultures et de ses langues.

L’endroit dont vous ne vous lassez jamais ?
Allégresse : Ma bibliothèque.

L’image qui représente pour vous l’état actuel du monde ?
Allégresse : Aucune. Il existe des milliards de réalités sur ce monde.

Selon vous, qu’est-ce qui manque dans le monde d’aujourd’hui ?
Allégresse : De l’empathie.

Si Dieu existait, lui demanderiez-vous de poser pour vous, ou opteriez-vous pour un selfie ?
Allégresse : Aucun des deux. Je poserais mon appareil et j’écouterais.

Votre drogue préférée ?
Allégresse : L’ennui.

Votre meilleure façon de déconnecter ?
Allégresse : Lire.

Votre dernière folie ?
Allégresse : Aimer.

Votre plus grande extravagance professionnelle ?
Allégresse : Faire confiance.

Le métier que vous n’auriez pas aimé faire ?
Allégresse : Comptable.

Quelle question vous déroute le plus ?
Allégresse : « Qu’est-ce que la photographie pour toi ? »
C’est tout et rien à la fois. Un accident de parcours devenu un hasard pas trop malheureux.

La dernière chose que vous avez faite pour la première fois ?
Allégresse : Imprimer mes photographies dans un laboratoire professionnel en vue d’une exposition.

Votre plus grand regret ?
Allégresse : Des tas et aucun à la fois. Nourrir le regret, c’est vivre dans le passé.

Si vous deviez tout recommencer ?
Allégresse : Recommencer quoi ? La photographie ? Je poserais mes limites explicitement et ne laisserais personne les dépasser.

Si je pouvais organiser votre dîner idéal, qui serait à table ?
Allégresse : Milan Kundera, Lady Gaga, Franck Thilliez, Hannah Arendt, Françoise Vergès, Angela Davis, Aimé Césaire et tant d’autres.

Qu’aimez-vous que les gens disent de vous… après ?
Allégresse : Qu’ils m’ont sentie sincère.

La seule chose que l’on doit absolument savoir sur vous ?
Allégresse : Que je suis loyale.

Un dernier mot ?
Allégresse : Merci.

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