The World and Tenderness in the Photographs of Walter Rosenblum « Le Monde et la Tendresse dans les images de Walter Rosenblum »
Walter Rosenblum a photographié la vie des immigrés dans le Lower East Side de New York, la Seconde Guerre mondiale, les réfugiés de la guerre civile espagnole en France, ainsi que la vie à Harlem, dans le South Bronx et en Haïti. Il a toujours abordé son travail en plaçant l’humain au centre, avec une conscience sociale affirmée. L’essence de plus de cinquante ans d’œuvre est déployée ici à travers 110 tirages vintage, présentés au Centro Culturale di Milano sous le titre Il mondo e la tenerezza (Le Monde et la Tendresse). Walter Rosenblum. Master of Photography. Le monde et la tendresse, parce que deux dimensions s’entrelacent dans ses images : « le monde », avec toutes ses tensions sociales et humaines, et « la tendresse », dans la manière empathique dont il représente même les réalités les plus difficiles.
Comme l’explique le commissaire Roberto Mutti, le lien étroit avec « la Photo League, la coopérative de photographes qu’il a rejointe à l’âge de dix-huit ans (il devint ensuite président du comité des expositions et directeur de Photo Notes) », est déterminant. Les 5 dollars d’inscription valaient la peine : ils donnaient accès à un programme de cours sur les fondamentaux de la photographie, du photojournalisme et de la photographie documentaire. C’est dans ce contexte que furent réalisées des images comme Boy on Roof. Sur cette photographie, l’enfant est saisi par un regard intense, un bras posé sur le muret d’une terrasse, comme s’il voulait vous montrer son monde. Ce sont des fragments de réalité qui seraient prisonniers du temps et de l’espace à New York en 1938 si l’appareil de Walter Rosenblum ne leur avait pas donné une dimension absolue.
Les échanges d’idées au sein de la Photo League, collectif fondé au début des années 1930 afin de mettre en lumière des enjeux humains et sociaux ignorés par la politique, étaient assurément stimulants, d’autant que ses membres comptaient, entre autres, Paul Strand, Berenice Abbott, Robert Frank, Eugene Smith, Ruth Orkin, Dorothea Lange, Aaron Siskind, Lisette Model et Weegee. C’est là que se sont dessinées les différentes voies du reportage humaniste. Les rencontres de Rosenblum avec Lewis Hine, pionnier de la photographie sociale, et Paul Strand, son mentor puis son ami, furent décisives. En l’espace d’un an, « le garçon qui avait commencé à photographier avec un appareil emprunté avait non seulement compris quelle serait sa future carrière, mais il avait aussi mis en pratique la leçon la plus importante qu’il avait apprise, celle qui concerne la composition. On lui avait enseigné que trouver le juste équilibre des volumes dans une photographie permet de raconter une histoire en établissant un lien émotionnel avec celui/celle qui regarde. »
Mais Walter n’avait pas besoin de découvrir le monde des plus démunis, sujet constant des auteurs de la Photo League convaincus de pouvoir contribuer à le racheter puisque c’était le sien. « En matière d’authenticité, il n’y avait rien de mieux que de représenter le quartier où il vivait, le Lower East Side, en braquant son objectif sur Pitt Street », ajoute Mutti. Un microcosme qui devient métaphore de la vie : la quête d’humanité au quotidien, un humanisme ancré dans la vision politiquement progressiste qui caractérisait la Photo League. « Tout cela se retrouve dans chaque commande et dans chaque photographie prise par Walter Rosenblum. » Rosenblum a cherché à mettre en avant la dignité humaine, en montrant ses sujets comme des personnes dont l’humanité demeure intacte malgré l’adversité, plutôt que comme de simples victimes. Son approche de la photographie se situe à l’intersection de la photographie sociale de Lewis Hine et du reportage humaniste de Paul Strand.
L’exposition rassemble des images réalisées entre 1938 et 1990, qui parcourent les thèmes majeurs de la carrière de Rosenblum, notamment la Seconde Guerre mondiale. Comptant parmi les photographes de guerre les plus décorés, il a servi comme photographe et opérateur-cinéaste dans l’armée américaine, participant au débarquement de Normandie à Omaha Beach et figurant parmi les premiers à filmer le camp de concentration de Dachau. Selon Mutti, « Seul un homme de paix comme lui pouvait photographier la guerre ainsi, en soulignant le choc entre la démocratie en laquelle il croyait profondément et les dictatures capables de telles horreurs. Seul quelqu’un qui avait connu la pauvreté pouvait représenter les réfugiés espagnols de la guerre civile ou les habitants d’Haïti avec toute la compassion nécessaire. Seul quelqu’un qui avait vécu dans le Lower East Side pouvait reconnaître la vitalité avec laquelle le Bronx et Harlem ont su réagir aux difficultés de la vie. » Rosenblum fit alors une découverte essentielle. « J’ai compris, dira-t-il plus tard, (…) qu’à travers mes photographies je pouvais leur rendre (à ses sujets, ED.) hommage. » C’est pourquoi ses sujets sont au centre de l’image. « Chacun d’eux est contextualisé. Chacune de ses photographies est capable de contenir une histoire (au moins suggérée) et témoigne d’une attention à l’autre et à sa dimension sociale », conclut Mutti.
Rosenblum a mené de front sa carrière de photographe, qui s’étend sur plus d’un demi-siècle, et l’enseignement. Avec son épouse, l’historienne de la photographie Naomi Rosenblum, il a conçu des expositions internationales, dont la Lewis Hine Retrospective. En 1999, ils ont tous deux reçu l’Infinity Award for Lifetime Achievement décerné par l’International Center of Photography.
L’exposition présente également des films de Nina Rosenblum, réalisatrice reconnue sur la scène du cinéma indépendant. Parmi eux : In Search of Pitt Street, consacré à la photographie de Walter Rosenblum, et They Fight with Cameras, qui retrace son travail de reporter photo et film pendant la Seconde Guerre mondiale, d’Omaha Beach à Dachau.
L’exposition, produite par SUAZES, avec le patronage de la Municipalité de Milan et du Consulat des États-Unis à Milan, s’accompagne du catalogue Walter Rosenblum. Master of Photography, dirigé par Angelo Maggi et publié par Silvana Editoriale.
Il mondo e la tenerezza. WALTER ROSENBLUM. Master of Photography
3 décembre 2025 – 19 février 2026
Centro Culturale di Milano
Largo Corsia dei Servi 4, 20122 Milan
Italie
https://www.centroculturaledimilano.it/














