L’exposition « Cavagnac : des femmes, des hommes, un patrimoine » est un hommage aux habitants et à la richesse de la vie locale, à travers l’objectif de Donatien Rousseau. Elle se tient à la Bibliothèque de Cavagnac et s’inscrit dans le cadre du Bicentenaire de la Photographie.
Un catalogue préfacé par La galeriste Françoise Paviot a preface le catalogue qui accompagne cette exposition.
Le portrait, un art de la personne par Françoise Paviot
Peu de temps après l’annonce de son invention, la photographie a fait du portrait un de ses usages majeurs. En réalisant, dans le village de Cavagnac où il a ouvert son atelier, le portrait de dix-huit de ses habitants, Donatien Rousseau, à son tour, rejoint la lignée de ceux qui se sont attachés à ce genre essentiel en photographie
« Je n’ai pas voulu scénariser les personnes » explique Donatien, tout en ajoutant, « je n’ai pas voulu faire non plus de gesticulations photographiques »… C’est avec ce même état d’esprit qu’un de ses illustres prédécesseurs, Félix Nadar, a débarrassé le portrait d’accessoires encombrants pour éviter une théâtralisation du réel. Le portraitiste professionnel n’était pas pour lui un metteur en scène et, comme Donatien, il souhaitait que le portrait retrouve sa vocation première, capter un moi non pas idéalisé mais en accord avec la réalité. Par contre, Donatien a choisi pour ses prises de vue un format que Nadar ne connaissait pas encore, le format carré, lié à l’avènement de la marque Rolleiflex en 1930.Pour lui, la rigueur géométrique de ce format invite le regard à se concentrer pour mieux entrer dans l’image à l’inverse du format rectangulaire qui disperse la vue. Dès lors ses cadrages sont simples mais soigneux et ne seront pas modifiés après la prise de vue.
En professionnel respectueux et cultivé, Donatien n’hésite pas à se réclamer de ses pairs et ici, plus particulièrement, du photographe August Sander qui a voulu transmettre une image fidèle de la diversité des hommes et des femmes de son époque. Malheureusement son œuvre fut confisquée par les nazis sous prétexte qu’il ne célébrait pas assez le modèle aryen. Avec ses portraits, Donatien, nous révèle à sa façon que son village de 415 habitants est en fait un microcosme d’une grande diversité qui reflète la réalité du monde : on y rencontre un artiste peintre, le bénévole de l’église, une artisane boulangère, deux artistes de cabaret, un jeune couple jeune et un moins jeune… Chacun garde son individualité et son image révèle une relation construite au fil du temps, ni instantanée, ni volée. On oublierait presque le photographe qui pourtant leur assure une présence.
Cependant les admirables photographies d’August Sander sont toutes en noir et blanc, strictes et impeccables, les attitudes de leurs sujets souvent lointaines et figées. Donatien par contre travaille en couleur, avec un appareil sans pied et surtout arrive à créer une complicité bienveillante avec ses modèles qui semblent aussi s’adresser à chacun d’entre nous. On ne peut alors, pour conclure cette amicale trilogie, s’empêcher de citer un troisième photographe, Edward Steichen, initiateur de la grande exposition « Family of man »…La grande famille de l’homme avec laquelle Steichen voulait donner un message d’espoir et de fraternité et montrer que « le monde dans sa diversité et sa complexité est un ». Loin de la communication bien souvent artificielle des réseaux sociaux, Donatien souhaite continuer ce travail et en faire un lien d’entente et d’échange car face au trop plein d’images qui nous conduit bien souvent à l’indifférence, ces dix-huit portraits savent redonner à l’acte photographique toute son humanité.
Françoise Paviot, 15 juillet 2025
Donatien Rousseau : « Cavagnac : des femmes, des hommes, un patrimoine »
Jusqu’au 13 décembre 2025
Bibliothèque de Cavagnac
514 route de Saint-Palavy
46110 Cavagnac
06 62 71 05 65














