Rechercher un article

Archives : Le Questionnaire : Michael Kenna par Carole Schmitz

Preview

Archives – 27 février 2023

Photographie : Fenêtre & Miroir

Né dans une petite ville du Lancashire, Michael Kenna vit aux États‑Unis depuis la fin des années 1970. Voyageur infatigable, à l’écart des modes et de tout dogmatisme esthétique, il a construit, depuis plus de cinquante ans, une œuvre consacrée à la représentation de paysages romantiques et délicats, dépourvus de toute présence humaine. L’homme n’y apparaît que de façon allusive, par quelques traces de pas ici ou là.

Ses paysages sont spectraux, parfois abstraits, mais portent toujours une histoire.

Le photographe a toujours choisi le noir et blanc pour introduire une forme de géométrie dans ses images. Travaillant sur film, il réalise lui‑même tous ses tirages.

Amoureux de la France, où il a été reconnu très tôt, il a fait don, par acte notarié (signé le 10 novembre 2022), de l’intégralité de son œuvre photographique à l’État français. Elle est désormais conservée à la « Médiathèque du patrimoine et de la photographie » (MPP), au fort de Saint‑Cyr à Montigny‑le‑Bretonneux (Yvelines).

 

Site web : www.michaelkenna.com
Instagram : michaelkennaphoto

 

Votre premier déclic photographique ?
Michael Kenna
: Je me souviens, enfant, dans ma ville natale de Widnes, agenouillé pendant ce qui me semblait des heures sur les bancs durs de l’église St Bede, souhaitant que la longue messe en latin soit déjà terminée. Je regardais la lumière, toujours là au‑dessus de l’autel, symbole de la présence invisible du Dieu auquel je croyais alors avec ferveur. J’essayais d’imaginer à quoi il/elle ressemblait. Je soupçonne qu’à ces moments‑là je réalisais mes premières photographies, même si elles n’ont jamais été fixées sur film. Depuis, j’ai toujours cherché à photographier ce que je ne peux pas voir.

L’homme ou la femme d’image qui vous inspire ?
Michael Kenna
: L’homme et photographe Bill Brandt, et la femme, Mamta Mani Kenna, ma femme.

L’image que vous auriez aimé faire ?
Michael Kenna
: Courtyard of the Meiji shrine. 1951. Werner Bischof.

Celle qui vous a le plus ému ?
Michael Kenna
: The Isle of Skye. 1947. Bill Brandt.

Et celle qui vous a mis en colère ?
Michael Kenna
: Je ne me souviens pas avoir été en colère contre une photographie, mais j’ai certainement éprouvé une profonde tristesse et une exaspération face aux abîmes de la dépravation humaine, en particulier en temps de guerre. Je pense à « The terror of war. 1972. » photographiée par Nick Ut, aux nombreuses photos de la libération des camps de concentration nazis de la Seconde Guerre mondiale, ainsi qu’aux images plus récentes du bombardement russe d’un hôpital pour enfants en Ukraine.

Une image clé dans votre panthéon personnel ?
Michael Kenna
: Trees, Richmond, Surrey, England. 1975

Un souvenir photographique de votre enfance ?
Michael Kenna
: À 12 ans, j’essayais de photographier une mouette en vol sur un bateau en mouvement à Llandudno, au Pays de Galles. Je me souviens avoir volontairement fait pivoter l’appareil Diana en plastique de 45 degrés afin de, comme l’expliquerait plus tard le photographe Gary Winogrand, voir à quoi quelque chose ressemble lorsqu’on le photographie.

Sans limite de budget, quelle œuvre rêveriez‑vous d’acquérir ?
Michael Kenna
: Le plafond de la chapelle Sixtine de Michel‑Ange.

Selon vous, quelle est la qualité nécessaire pour être un bon photographe ?
Michael Kenna
: Le respect, la révérence, l’émerveillement, l’appréciation, la bienveillance, la gratitude, l’humilité, et une éthique de travail inflexible.

Le secret de l’image parfaite, s’il existe ?
Michael Kenna
: Accepter que le chemin vers la perfection sera toujours bien plus intéressant que la destination.

La personne que vous aimeriez photographier ?
Michael Kenna
: Ma mère, décédée quand j’étais un jeune adolescent. J’aimerais la revoir à travers des yeux « adultes ».

Un livre photo indispensable ?
Michael Kenna
: Les premiers albums photo de famille.

L’appareil photo de votre enfance ?
Michael Kenna
: Un Diana en plastique des années 1960.

Celui que vous utilisez aujourd’hui ?
Michael Kenna
: Un Hasselblad des années 1980.

Votre drogue préférée ?
Michael Kenna
: L’amour.

La meilleure façon de déconnecter pour vous ?
Michael Kenna
: Impossible de répondre sans savoir de quoi je devrais me déconnecter.

Quel est votre rapport à l’image ?
Michael Kenna
: Je suis d’accord avec John Szarkowski. Une photographie est à la fois une fenêtre et un miroir. Nous regardons à travers la fenêtre et voyons, nous connectons et collaborons avec le sujet en face de nous. Nous utilisons aussi cette même réalité extérieure comme un miroir qui reflète nos proclivités individuelles, notre génétique, nos expériences, nos pensées et nos désirs.

Votre plus grande qualité ?
Michael Kenna
: Aucune idée, et ce n’est pas à moi de le dire.

Votre dernière folie ?
Michael Kenna
: Tenter, avec un succès mitigé, de répondre à ces questions.

Une image pour illustrer un nouveau billet de banque ?
Michael Kenna
: J’aime bien les anciens billets japonais, aujourd’hui disparus, illustrés de certains de leurs trésors naturels : le mont Fuji, des grues à couronne rouge et des torii shinto. J’imagine des billets illustrant des éléments équivalents en nombre selon les valeurs : une montagne, cinq oiseaux en vol, dix poteaux dans l’eau, vingt fleurs, cinquante arbres, cent étoiles, etc.

Le métier que vous n’auriez pas aimé faire ?
Michael Kenna
: À mes débuts, lorsque j’expérimentais encore toutes sortes de photographie : sport, mode, éditorial, nature morte, portrait, etc., j’ai fait un très bref passage à photographier des groupes de convives lors de grands dîners d’hôtel dans le nord de l’État de New York. Toutes les images étaient faites sur film couleur inversible, développé pendant la nuit, découpé en cadres, inséré dans des visionneuses en plastique munies d’un porte‑clés, et, espérons‑le, vendu comme souvenir aux clients le lendemain matin. Je n’ai pas tenu très longtemps : j’étais complètement nul à ce travail !

Votre plus grande extravagance professionnelle ?
Michael Kenna
: Donner mes archives de toute une vie à la France — une extravagance à laquelle je souris encore, heureux.

Selon vous, quels sont les ponts entre photographie et design ?
Michael Kenna
: Graphisme, lignes, formes, volumes, tonalités, abstractions…

La ville, le pays ou la culture que vous rêvez de découvrir ?
Michael Kenna
: Nirvana.

Le lieu dont vous ne vous lassez jamais ?
Michael Kenna
: Hokkaido, Japon.

Votre plus grand regret ?
Michael Kenna
: N’avoir qu’une seule vie. Cela dit, je suis tout à fait ouvert à être surpris par une autre…

En termes de réseaux sociaux, êtes‑vous plutôt Instagram, Facebook, Tik Tok ou Snapchat, et pourquoi ?
Michael Kenna
: Je m’intéresse peu aux réseaux sociaux et je n’ai pas une expérience personnelle suffisante pour répondre.

Couleur ou noir et blanc ?
Michael Kenna
: Noir et blanc.

Lumière du jour ou lumière de studio ?
Michael Kenna
: Lumière du jour.

Quelle ville vous semble la plus photogénique ?
Michael Kenna
: Paris.

Si Dieu existait, lui demanderiez‑vous de poser pour vous, ou opteriez‑vous pour un selfie avec lui ?
Michael Kenna
: J’aimerais être inclus dans une photo de groupe avec ses anges disponibles. J’imagine déjà un titre du type : Ninety Seven Angels plus Michael.

Si je pouvais organiser votre dîner idéal, qui serait à table ?
Michael Kenna
: Peut‑être pourriez‑vous inviter les mêmes anges ? Bien sûr, ce serait très agréable d’avoir ma famille élargie et mes amis. Cela dit, je suis toujours plus que content d’avoir une place seul au bar.

L’image qui représente pour vous l’état actuel du monde ?
Michael Kenna
: Probablement une image prise depuis l’espace montrant à quel point la Terre est petite dans l’univers. Je pense que nous passons tous beaucoup trop de temps à nous contempler le nombril, et que nous devrions parfois prendre du recul pour mieux apprécier le tableau d’ensemble. Réaliser — ou se rappeler — combien nous sommes minuscules peut nous aider à remettre en perspective nos « problèmes », personnels comme globaux.

Que manque‑t‑il au monde d’aujourd’hui ?
Michael Kenna
: Personnellement, alors que je profite de ma 69e année, je ne dirais pas non à quelques nouvelles pièces détachées qui s’usent, pour me permettre de tenir encore 69 ans. Malheureusement, je ne les vois pas en rayon au supermarché.

Si vous deviez tout recommencer ?
Michael Kenna
: Si je pouvais recommencer avec les souvenirs d’une vie bien vécue, la répétition ne serait pas si séduisante. Je soupçonne qu’une autre forme d’expression, comme la musique, la littérature ou la peinture, m’intéresserait davantage que la photographie. En revanche, s’il n’y avait aucun souvenir, je ne m’imagine pas faire autrement. J’ai passé un très bon moment, sans aucun regret.

Un dernier mot ?
Michael Kenna
: Amen.

Merci de vous connecter ou de créer un compte pour lire la suite et accéder aux autres photos.

Installer notre WebApp sur iPhone
Installer notre WebApp sur Android