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Le Questionnaire : Cédric Fontaine par Carole Schmitz

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Cédric Fontaine : Instincts & silences

Les images de Cédric Fontaine franchissent presque à chaque fois un seuil fragile. Rien ne s’impose, tout affleure : une lumière qui caresse la peau, un corps qui se déplace entre présence et disparition, un détail qui décentre le regard. Ici, le réel ne s’expose pas brutalement — il se révèle dans ses textures, ses fragments, ses silences. La photographie devient espace mental autant que visuel, terrain de perception et d’émotion.

Les corps et les visages se font signes, traces d’une humanité mouvante. Ils apparaissent et s’évanouissent, laissant à la lumière, aux matières et aux compositions le soin de raconter ce qui échappe. Cédric Fontaine ne se contente pas de figer un instant : il organise des tensions, joue de l’équilibre fragile entre esthétique et émotion, sensualité et étrangeté. Chaque image est à la fois précise et insaisissable, retenue et libre, intime et universelle.

Son regard avance avec patience et audace. Il n’impose rien, il observe, module, s’approche. Et dans cette proximité silencieuse naît une intensité rare : les images suggèrent plus qu’elles ne montrent, elles retiennent et interrogent. Elles invitent le spectateur à ralentir, à s’immerger, à se laisser transformer. Puis, presque imperceptiblement, un détail surgit : un geste, un reflet, une texture qui éclaire l’espace. Même dans la sobriété ou la fragilité, quelque chose résiste — la force de la présence, l’élan de la vie, l’élégance de l’imprévu. C’est dans cette tension, entre le visible et l’invisible, que se déploie toute la puissance de son œuvre.

Regarder les photographies de Cédric Fontaine, c’est accepter de perdre ses repères pour mieux reconstruire sa perception. Ce n’est pas assister à une scène : c’est pénétrer un monde recomposé, où chaque image devient un récit, un instant suspendu, un espace de contemplation et de sensation.

 

SITE WEB : www.cedricfontaine-photographer.com
INSTAGRAM : @cedric_fontaine_artiste
REPRÉSENTÉ PAR : www.chaumette-art-agency.com/photographie

 

Votre premier déclencheur photographique ?
Cédric Fontaine
 : Une reproduction d’une photo de Doisneau chez mes grands-parents ; « les tabliers de la rue de Rivoli ».

Un souvenir photographique de votre enfance ?
C.F. : Une photographie dans laquelle je marche avec mon père le long d’un lac. Je tiens en main une petite caméra Canon Super 8 dont il semble m’expliquer le fonctionnement.

L’appareil photo de votre enfance ?
C.F. : Si on remonte loin, un polaroïd et la magie de l’instantané. Un peu plus tard, le Minolta X-700 de mon père.

Celui que vous utilisez aujourd’hui ?
C.F. : Un X-H2 Fujifilm et j’ai toujours un petit XT20 en complément ; très léger et polyvalent avec un look Vintage que j’aime beaucoup.

L’homme ou la femme de l’image qui vous a inspiré(e) ?
C.F. : Soulages pour son esthétique du noir qui rejoint ma démarche artistique. Franck Lloyd Wright pour son travail organique et le rapport de l’architecture à la nature. Mais difficile de ne pas citer Robert Doisneau, Willy Ronis ou encore Lee Miller.

L’image que vous auriez aimé réaliser ?
C.F. : La photographie « déjeuner au dessus d’un gratte ciel » prise en 1932 et publiée dans le New York Herald Tribune.

Celle qui vous a le plus ému ?
C.F. : « Napalm Girl » de Nick Ult prise en 1972, mon année de naissance. Une photographie d’une brutalité rare.

Et celle qui vous a mis en colère ?
C.F. : Pas une photo mais la série “The Day May Break” de Nick Brandt qui traduit les conséquences sur les hommes et les animaux de la destruction de la nature. Une série très forte et engagée qui montre la résilience des populations touchées.

Quelle photo a changé le monde ?
C.F. : Je ne sais pas si une photo peut changer le monde mais celle de cet étudiant qui fait face aux tanks sur la place Tiananmen par Jeff Widener a incontestablement marqué les esprits et mis a mal l’image du régime chinois.

Et quelle photo a changé votre monde ?
C.F. : Le sourire d’une petite fille de 7-8 ans vivant dans la rue et ramassant des canettes dans de grands sacs en toile pour subvenir aux besoins de sa famille. Une photo que j’ai prise en Inde lors d’un séjour en 2001 et qui revient me hanter régulièrement.

Une image clé de votre panthéon personnel ?
C.F. : Une photo de mes trois enfants prise à l’iPhone qui, accrochés les uns aux autres, regardent dans la même direction.

Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans une image ?
C.F. : Dans mon travail le minimalisme & l’esthétique.
Dans celui des autres la force du propos et sa transcription visuelle.

Quels détails recherchez-vous dans un visage, un paysage ou un objet ?
C.F. : Je m’attache davantage à la composition globale et à la recherche d’une esthétique singulière ; aux détails que l’œil ne voit pas et qui stimulent l’imaginaire.

Elliott Erwitt disait : « La couleur est descriptive. Le noir et blanc est interprétatif. » Êtes-vous d’accord ?
C.F. : Je serais moins tranché même si je reste convaincu qu’une photo noire et blanc a davantage à raconter, à suggérer…

Selon vous, la technique peut-elle parfois primer sur l’émotion en photographie ?
C.F. : Je ne crois pas. Mais il me semble que la technique peut dans certains cas sublimer une émotion et lui apporter plus de profondeur.

La beauté en photographie est-elle, pour vous, purement esthétique ?
C.F. : Non je ne pense pas même si, dans mon travail, c’est souvent l’esthétique qui prime. Pour autant, la beauté peut naître d’un rien ou d’un « accident » et reste très subjective… Comme l’esthétique d’ailleurs !

Quels éléments peuvent rendre le silence visible dans une photographie ?
C.F. : Le vide, la lumière, le flou artistique.

L’unicité d’une photographie vient-elle du moment ou de la mise en scène ?
C.F. : Du moment ; celui que l’on capture et qui n’existe plus après.

Une photographie peut-elle changer notre perception d’un événement ?
C.F. : La photographie propose un autre point de vue ; le point de vue unique de celui qui déclenche. En cela elle peut changer la perception et apporter un autre éclairage.

La photographie est-elle un témoignage ou une forme de manipulation ?
C.F. : Sûrement les deux en fonction de qui prend la photo et du contexte. Pour autant j’aime à penser que la photographie est davantage l’art de témoigner, de montrer autrement…

Qu’est-ce qui fait une bonne photo ?
C.F. : L’équilibre entre lumière, justesse du regard et instant.

Selon vous, quelle est la qualité nécessaire pour être un bon photographe ?
C.F. : La capacité à voir autrement.

Comment choisissez-vous vos projets ?
C.F. : En fonction de ce qui me touche, de ce qui m’anime, de ce qui stimule mon imaginaire.

Comment décririez-vous votre processus créatif ?
C.F. : Je fonctionne beaucoup à l’instinct et à l’instant. En essayant de faire tenir l’ensemble dans une esthétique globale.

Un projet à venir qui vous tient particulièrement à cœur ?
C.F. : Une exposition couplée à l’édition d’un livre. Un manifeste sur la rêverie que je porte avec la femme qui partage ma vie.

La personne que vous aimeriez photographier ?
C.F. : Un des salopards qui dirigent le monde et il y en a quelques-uns. Un moyen de capturer et d’enfermer leur médiocrité.

Celle par qui vous aimeriez être photographié(e) ?
C.F. : Richard Avedon pour la puissance de ses noirs et blancs et pour la curiosité de ce qu’il choisirait de faire ressortir sur mon portrait.

Un livre de photographie indispensable ?
C.F. : Indispensable difficile à dire mais que je recommande « Willy Ronis par Willy Ronis » aux éditions Flammarion dans lequel l’artiste pose un regard sur son œuvre.

Quelle est la dernière photo que vous avez prise ?
C.F. : Une photo de ciel.

Sur les réseaux sociaux, êtes-vous plutôt Instagram, Facebook, TikTok — et pourquoi ?
C.F. : Instagram qui de mon point de vue est le plus adapté. Mais je publie avec parcimonie et reste prudent quant à la diffusion de mes images.

Qu’est-ce qui a changé en photographie depuis le succès des réseaux sociaux ?
C.F. : Plus que les réseaux c’est l’écosystème de création qui a changé. Tout le monde peut prétendre à faire de la photo avec son iPhone, les applications de filtres et de retouches. Au-delà c’est l’usage des images et la gestion des droits qui posent questions…

Un compte Instagram à suivre absolument ?
C.F. : Celui du Grand Cactus. Drôle et décalé.

Quel est votre point de vue sur l’IA ?
C.F. : Comme pour les réseaux, la vraie menace c’est l’appropriation d’images par un tiers. Pour ce qui est de la création, l’IA peut peut-être en aider certains dans leur processus artistique. Alors pourquoi pas dans ce cadre-là uniquement.

Couleur ou noir et blanc ?
C.F. : Noir au service d’une esthétique minimaliste et parfois au service de la couleur !

Lumière naturelle ou lumière artificielle ?
C.F. : Naturelle définitivement.

Quelle ville vous paraît la plus photogénique ?
C.F. : Pour l’architecture j’ai du mal à ne pas penser à New-York. Pour la lumière, j’ai souvent imaginé me rendre à Tanger.

La ville, le pays ou la culture que vous rêvez de découvrir ?
C.F. : Sans aucune hésitation la Mongolie que je rêve de découvrir depuis mon adolescence. Un voyage que je fantasme et qui nourrit mon imaginaire…

L’endroit dont vous ne vous lassez jamais ?
C.F. : Une forêt peu importe laquelle.

L’image qui représente pour vous l’état actuel du monde ?
C.F. : Une image du 7ème continent ; ce monstre de plastique qui dévore le Pacifique Nord.

Selon vous, qu’est-ce qui manque dans le monde d’aujourd’hui ?
C.F. : De la légèreté et de l’espérance.

Si Dieu existait, lui demanderiez-vous de poser pour vous, ou opteriez-vous pour un selfie avec lui ?
C.F. : Joker.

Votre drogue préférée ?
C.F. : La lecture pour les images qu’elle suggère.

Votre meilleure façon de déconnecter ?
C.F. : Partir arpenter une ville avec mon appareil photo.

Votre dernière folie ?
C.F. : Un truc très con. Une nuit blanche devant la série Stranger Things.
Revival années 80 !

Votre plus grande extravagance professionnelle ?
C.F. : Croire chaque jour un peu plus fort qu’à la fin il en restera quelque chose !

Le métier que vous n’auriez pas aimé faire ?
C.F. : Incontestablement comptable ! Mais il en faut J

Quelle question vous déroute le plus ?
C.F. : Ce genre de questions !

La dernière chose que vous avez faite pour la première fois ?
C.F. : De la broderie pour une amie artiste qui mène un projet autour des droits de la femme.

Votre plus grand regret ?
C.F. : Ne pas avoir photographié mes grands-parents.

Si vous deviez tout recommencer ?
C.F. : Je ferais presque pareil. Mais en mieux ! 😉
Plus sérieusement, j’écouterais un peu plus tôt mon envie de création.
Et si je devais avoir une autre vie je serais architecte ou grand reporter…

Si je pouvais organiser votre dîner idéal, qui serait à table ?
C.F. : Sans tenir compte de la temporalité car malheureusement ils ne sont plus là : Lee Miller, Charlotte Perriand, Pierre Soulages et David Lynch.

Qu’aimez-vous que les gens disent de vous… après ?
C.F. : Il avait l’œil et le sens de la formule !

La seule chose que l’on doit absolument savoir sur vous ?
C.F. : Ne prend pas grand-chose au sérieux mais fait preuve d’une grande obstination lorsque ça compte.

Un dernier mot ?
C.F. : J’en ai rêvé alors je l’ai fait

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