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Le Questionnaire : Omar Victor Diop par Carole Schmitz

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Omar Victor Diop : Une perspective décoloniale

Chez Omar Victor Diop, chaque image est un territoire où se rencontrent l’Histoire, la mémoire et l’imaginaire. Depuis plus d’une décennie, l’artiste sénégalais, né à Dakar en 1980, construit une œuvre d’une remarquable singularité, où l’autoportrait devient un puissant instrument de réappropriation historique et de réflexion contemporaine. Héritier de la grande tradition du portrait africain tout en puisant dans les codes de la peinture classique européenne, il compose des tableaux photographiques d’une sophistication rare, où la beauté formelle dialogue constamment avec les enjeux politiques, sociaux et culturels de notre temps. Révélé sur la scène internationale avec sa série emblématique Diaspora, dans laquelle il incarne des figures africaines oubliées des récits dominants, Omar Victor Diop s’est imposé comme l’une des voix majeures de la photographie contemporaine. Son œuvre interroge les mécanismes de la représentation, les héritages du colonialisme, les luttes pour les droits civiques ou encore les questions environnementales, faisant de chaque image un acte de mémoire autant qu’une proposition esthétique. Présent dans les collections de prestigieuses institutions internationales et distingué en 2025 par la Royal Photographic Society pour l’ensemble de son parcours, l’artiste poursuit aujourd’hui un dialogue fécond entre art, histoire et savoir-faire. Sa récente collaboration avec la manufacture Bernardaud témoigne de cette capacité à faire circuler son univers bien au-delà du champ photographique, tandis que sa participation à l’exposition « Expression(s) décoloniale(s) » confirme la portée critique de son travail. Sa présence aux Rencontres d’Arles 2026 vient consacrer une trajectoire exceptionnelle qui ne cesse de replacer l’Afrique au cœur de son propre récit et d’élargir notre regard sur le monde.

 

Site Web : www.omarvictor.com
Instagram : @omar_viktor / @galerie_magnin_a / @instituteartist
Galerie : Magnin-A Gallery – www.magnin-a.com

 

Actualité :

  • (Dé)colonisations : des artistes africains interrogent l’Histoire au Mémorial de Caen jusqu’au 11 novembre 2026
  • « Expression(s) décoloniale(s) au Château des Ducs de Bretagne à Nantes jusqu’au 8 novembre 2026
  • Les rencontres d’Arles 2026 : Lee Shulman et Omar Victor Diop : The anonymous Project being there – Ancien Collège Mistral à Arles, du 6 juillet au 4 octobre 2026

 

L’homme ou la femme de l’image qui vous a inspiré ?
Omar-Victor Diop : Jean Paul Goude.

L’image que vous auriez aimé réaliser ?
OVD : Les affiches de Goude pour le Printemps.

Celle qui vous a le plus ému ?
OVD : Nelson Mandela sortant de prison après 27 ans, dans son costume gris et les deux poings levés, j’avais 10 ans.

Et celle qui vous a mis en colère ?
OVD : J’ai choisi de l’oublier.

Quelle photo a changé le monde ?
OVD : Je ne suis pas sûr qu’on puisse hélas changer le monde avec une seule photo. On aurait eu Cartier-Bresson ou Malick Sidibé aux Nations Unies.

Et quelle photo a changé votre monde ?
OVD : Le portrait de mon grand-père par Mama Casset (lorsque plus tard, j’ai compris qui était Mama Casset).

Une image clé de votre panthéon personnel ?
OVD : Mon premier portrait avec mes parents, tout bébé, moi dans les bras de mon père et tout l’amour du monde dans leurs sourires.

Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans une image ?
OVD : Ce qu’elle dit sans le montrer.

Quels détails recherchez-vous dans un visage, un paysage ou un objet ?
OVD : La dimension symbolique, le potentiel allégorique.

Elliott Erwitt disait : « La couleur est descriptive. Le noir et blanc est interprétatif. » Êtes-vous d’accord ?
OVD : Je n’ai jamais expérimenté le noir et blanc, pour moi, la couleur est l’émotion, le noir et blanc est un dogme.

Selon vous, la technique peut-elle parfois primer sur l’émotion en photographie ?
OVD : Je suis autodidacte, la technique m’effrayait, maintenant elle m’ennuie… je luis préfère l’approximation, l’improvisation et la quête d’un équilibre. C’est comme la cuisine, il faut goûter, corriger, laisser mijoter, observer, et prendre du plaisir… “ce n’est pas de la chirurgie cardiaque, tout va bien se passer, on respire et on continue.”

La beauté en photographie est-elle, pour vous, purement esthétique ?
OVD : A vrai dire, pour ce qui est de la beauté, c’est le spectateur qui décide de la voir dans l’œuvre, n’en déplaise à l’artiste. On peut penser créer du beau tant qu’on veut, si l’on n’a rien à dire, on crée du beige (quoique le beige, il y en a qui aiment). Plus sérieusement : la beauté, lorsqu’elle a pour objet de soutenir une idée, de provoquer une émotion ou une réflexion, ou même juste accrocher l’œil ne serait-ce qu’une seconde de plus, peut être un outil très efficace.

Quels éléments peuvent rendre le silence visible dans une photographie ?
OVD : Je ne fais pratiquement que des autoportraits posés, ma photographie est fondamentalement silencieuse, mais pas inexpressive.

L’unicité d’une photographie vient-elle du moment ou de la mise en scène ? Une photographie peut-elle être plus vraie que la réalité ?
OVD : Par définition, la photographie que je pratique, celle qui m’intéresse, est construite et mise en scène. Je ne recherche pas la réalité, ce qui m’intéresse, c’est notre rapport à la réalité.

Une photographie peut-elle changer notre perception d’un événement ?
OVD : C’est le propre de toutes les représentations visuelles.

La photographie est-elle un témoignage ou une forme de manipulation ?
OVD : Tout cela dépend du contexte.

Qu’est-ce qui fait une bonne photo ?
OVD : L’idée même d’une « bonne » photo est à mon avis un peu absurde, cela voudrait dire qu’il y aurait de mauvaises photos !

Selon vous, quelle est la qualité nécessaire pour être un bon photographe ?
OVD : Je ne suis pas à l’aise avec cette question, dans le contexte de la photographie artistique, toutes les images sont légitimes dès lors qu’elles permettent à leurs auteurs de s’exprimer. J’éprouve un grand inconfort avec les notions de “bon” et “moins bon” ou pire, “mauvais” ; Dans la peinture, les impressionnistes étaient « mauvais » jusqu’à ce qu’on décide qu’ils étaient les meilleurs… La photographie couleur de Martin Parr était « vulgaire » jusqu’à ce que, heureusement, nous avons collectivement compris combien elle était importante. Les « bons » d’aujourd’hui seront peut-être les pires de demain.

Comment choisissez-vous vos projets ?
OVD : Je suis un passionné d’histoire, et c’est généralement le point de départ de mes recherches et de mes idées.

Comment décririez-vous votre processus créatif ?
OVD : De la recherche, de l’écriture, de l’expérimentation (répéter ces étapes autant de fois jusqu’à obtenir un ensemble homogène) et servir après un temps de maturation. (La cuisine, vous vous rappelez ?).

Un projet à venir qui vous tient particulièrement à cœur ?
OVD : J’ai pris l’habitude de ne pas annoncer mes projets en cours, ou à venir. Quand on annonce, on promet. On se retrouve à se “fliquer”, comme dirait Marguerite Duras, pour se conformer à sa promesse, privant ainsi la création de toute la plasticité dont elle a besoin.

La personne que vous aimeriez photographier ?
OVD : Mon grand-père, mais il est parti trop tôt.

Celle par qui vous aimeriez être photographié ?
OVD : Seydou Keïta, mais là aussi, hélas, j’arrive un peu tard.

Un livre de photographie indispensable ?
OVD : « Pygmalion » de Jean Paul Goude.

Quelle est la dernière photo que vous avez prise ?
OVD : L’arche de la Défense, hier soir, au coucher du soleil.

Sur les réseaux sociaux, êtes-vous plutôt Instagram, Facebook, TikTok — et pourquoi ?
OVD : J’ai un Instagram, mais je ne suis pas très assidu. Rien d’autre.

Qu’est-ce qui a changé en photographie depuis le succès des réseaux sociaux ?
OVD : Dans la mienne, pas grand-chose. Ils ne sont pas un facteur qui entre en jeu, dans ma façon de créer ou de m’exprimer.

Un compte Instagram à suivre absolument ?
OVD : J’aime bien celui de l’INA.

Quel est votre point de vue sur l’IA ?
OVD : Je n’en pense pas grand-chose, je me rends compte que ça me facilite quelques tâches rébarbatives de retouche créative, c’est tout l’usage que j’en fais. Je me tiens à distance de l’IA générative, mon cerveau fonctionne assez bien, donc je préfère encore l’utiliser.

Couleur ou noir et blanc ?
OVD : Couleur.

Lumière naturelle ou lumière artificielle ?
OVD : Je travaille en studio, j’aime créer mes éclairages, cela fait partie de la création.

Quelle ville vous paraît la plus photogénique ?
OVD : Marrakech.

La ville, le pays ou la culture que vous rêvez de découvrir ?
OVD : Salvador de Bahia.

L’endroit dont vous ne vous lassez jamais ?
OVD : Mon lit.

L’image qui représente pour vous l’état actuel du monde ?
OVD : La banquise qui s’effrite.

Selon vous, qu’est-ce qui manque dans le monde d’aujourd’hui ?
OVD : La mémoire, le temps… Si on dé-zoomait un peu, on verrait que la majeure partie de nos problèmes d’aujourd’hui n’a rien de nouveau, et que des générations antérieures ont eu à les affronter. Ce recul historique, ce « voyage vers un pays éloigné » comme dirait Racine, permet de dédramatiser, ça donne du courage aussi, et de l’espoir.

Votre drogue préférée ?
OVD : La musique.

Votre meilleure façon de déconnecter ?
OVD : Repasser mes chemises en écoutant le Blues d’Aretha Franklin et de Ray Charles.

Votre dernière folie ?
OVD : Une friteuse semi-professionnelle, (parce que la vie avec des frites molles, une seule cuisson, c’est triste, vous comprenez ?)

Votre plus grande extravagance professionnelle ?
OVD : Un rouleau de papier japonais, très spécial, acheté à Kyoto (je ne sais pas dessiner, mais j’en ferai quelque chose)

Le métier que vous n’auriez pas aimé faire ?
OVD : Mineur (je suis claustrophobe.)

Quelle question vous déroute le plus ?
OVD : « Tu fais quoi dans la vie ? »

La dernière chose que vous avez faite pour la première fois ?
OVD : Des tempura réussis (avec la friteuse !)

Votre plus grand regret ?
OVD : Je ne m’encombre pas de regrets, ça pèse trop lourd et ça freine l’envol.

Si vous deviez tout recommencer ?
OVD : Ah non merci ! En avant, toute !

Si je pouvais organiser votre dîner idéal, qui serait à table ?
OVD : Raymond Devos (pour les rires), Aimé Césaire (pour la poésie), Maggie Smith (a-t’on besoin d’une raison ?), Victor Hugo (oui !), Paul Bocuse (en bout de table, côté cuisine), Josephine Baker (n’est-ce pas ?).

Qu’aimez-vous que les gens disent de vous… après ?
OVD : Qu’elles étaient bonnes, mes frites !

La seule chose que l’on doit absolument savoir sur vous ?
OVD : Que je viens toujours en paix.

Un dernier mot ?
OVD : Le plus important : merci.

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