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Quoi de neuf, Victoria Pidust ? Interview par Nadine Dinter

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J’ai rencontré Victoria Pidust à Berlin et j’ai été immédiatement fascinée par sa façon de cadrer le quotidien. Récemment, je suis allée voir son exposition afin de m’asseoir avec elle, en personne, et de revenir sur les idées et les choix qui sous-tendent ses photographies. Bonne lecture !

Nadine Dinter : Votre exposition actuelle s’intitule The sun is not yellow, it’s chicken. Qu’y a-t-il derrière ce titre inhabituel – d’où vient-il, et que signifie-t-il pour vous ?

Victoria Pidust (VP) : Le titre vient de la chanson de Bob Dylan Tombstone Blues. Il est apparu lors d’une conversation amusante pendant l’accrochage d’une exposition précédente avec Lina Stallmann et Daniel Spivakov, et je l’ai tout de suite aimé. Pour moi, la sensation qu’il provoque est plus importante qu’un sens littéral, mais je trouve qu’il correspond bien au monde d’aujourd’hui. La réalité n’est pas aussi simple qu’elle en a l’air, et le langage ne fonctionne pas toujours « correctement ». De la même manière, ce que l’on voit dans une image n’est pas toujours exactement ce que c’est. Une photographie peut sembler véridique, mais les objets eux-mêmes peuvent être différents de la manière dont un spectateur les perçoit.

 

Comme beaucoup d’autres photographes, vous avez largement remplacé l’appareil photo traditionnel par un iPhone. Qu’est-ce qui vous a poussée à faire ce choix ? Qu’est-ce que le téléphone vous permet de faire que les autres appareils ne permettent pas ?

VP : Je voulais que mon travail soit différent de celui des autres. C’est stimulant de travailler avec un appareil qui montre la réalité autrement. Le zoom de l’iPhone et son IA intégrée donnent aux images une dimension picturale, que je trouve très excitante par rapport à d’autres appareils numériques. J’aime le fait qu’il me permette de zoomer, d’être invisible et de réagir rapidement à ce qui se passe autour de moi – et qu’il soit avec moi en permanence. Avec cette série, je voulais adopter une approche documentaire classique pour saisir la vie quotidienne. Cela m’a rendue curieuse et enthousiaste à l’idée de voir ce que je pouvais créer avec un appareil qui appartient à tant de gens dans le monde.

Dans votre exposition actuelle à Stallmann Galerie, Berlin, vous présentez une sélection resserrée d’œuvres, mettant en scène des objets du quotidien – presque comme des objets trouvés. Comment vos motifs vous trouvent-ils ?

VP : Absolument. Beaucoup des objets et des instants que je photographie sont des choses ordinaires, quotidiennes – comme des objets trouvés. Je ne les mets pas en scène ; je vois quelque chose dans la vie de tous les jours et je suis attirée par son apparence ou par la sensation qu’il provoque. La beauté est partout, même dans des moments de difficulté ou de violence, comme la guerre en cours dans mon pays d’origine, l’Ukraine. Là aussi, j’ai pu repérer des objets ignorés et découvrir des points de vue forts sur eux. Je crois que c’est simplement ma manière d’être présente. J’aime faire des images ; c’est une façon d’exister pour moi.

 

Vous êtes profondément ancrée dans la photographie contemporaine, mais votre travail dialogue aussi avec des stratégies photographiques plus « classiques ». Vers qui vous tournez-vous comme modèles esthétiques ou conceptuels ?

VP : Oui. Dans cette série, j’aborde la réalité d’une manière très classique – par le cadrage et la composition, mais avec un smartphone. Cela produit une qualité visuelle différente : une réalité numérique déformée, pixellisée, à l’opposé de la netteté haute définition d’autres appareils numériques. Les images deviennent picturales. Ces moments paraissent parfois presque irréels, et je n’arrive toujours pas à les définir complètement comme de la photographie ; on dirait qu’ils cherchent à devenir autre chose.

Oui, j’ai des modèles. Parmi mes préférés figurent Thomas Ruff, Wolfgang Tillmans, Boris Mikhailov, Thomas Demand, Cindy Sherman, Katja Novitskova et Hito Steyerl, mais je suis aussi très influencée par la peinture.

 

Quand avez-vous commencé cette série, et s’agit-il d’un projet en cours ?

VP : Oui, c’est une série en cours. Je l’ai commencée avec mon premier iPhone en 2017, et elle continue aujourd’hui. À mesure que l’appareil et sa fonction de zoom s’améliorent, les images changent. Il m’arrive de les imprimer en petit pour les expositions (presque à la taille de l’écran), ou très grand (jusqu’à trois mètres de haut) afin d’éprouver une qualité d’image totalement nouvelle.

 

Sur une image, on voit un dinosaure miniature. Quelle est l’histoire derrière celle-ci ?

VP : Il n’y a pas de grande histoire : c’était un petit dinosaure en jouet posé sur le toit d’une voiture dans ma cour. Je l’ai vu et je l’ai photographié. Je construis ou je mets rarement en scène des situations – ces moments existent déjà autour de moi.

 

Votre travail a été montré à l’international – Berlin, Vienne, Venise, Bruxelles, Paris, Munich, Kyiv, Bonn et Londres. Quelle ville a été la plus inspirante pour vous jusqu’ici ?

VP : En tant que photographe, j’aime voyager, et beaucoup d’endroits m’inspirent de façons différentes. Paris est formidable : il y a une énergie particulière, de belles couleurs et des visions inattendues partout. Berlin m’inspire toujours aussi, avec sa grisaille et son quotidien. Venise possède une qualité de lumière et de couleur incroyable. J’aime être dans des lieux en mouvement – des villes où la vie et la culture se déploient en de multiples couches à la fois. J’aimerais photographier à New York, à Londres ou à Tokyo un jour, et aussi voyager à travers l’Europe.

 

Avez-vous remarqué des motifs récurrents – certains objets, environnements, villes ou paysages qui vous attirent de manière constante ?

VP : Oui, je crois que je commence lentement à remarquer certains motifs, mais j’aime aussi photographier sans comprendre complètement, sur le moment, ce que je vois. Cela peut être la nature ou des objets détruits, de la nourriture, un chien, ou de la saleté sur le sol. Parfois, les images deviennent très abstraites et on ne sait même plus ce qu’elles représentent, et parfois j’oublie quel était le sujet d’origine.

Repérer des motifs devient une autre couche du travail – qui apparaît plus tard, en triant les images, en les regroupant par thèmes, ou en suivant des connexions qui ne se révèlent qu’avec le recul.
J’aime beaucoup une phrase à propos de mon travail, extraite du texte d’exposition de Lina Stallmann, qui le décrit très bien : Ce sont des photographies qui n’essaient pas d’être des photographies.

 

Quelle est la suite pour vous ?

VP : Je travaille actuellement sur un livre intitulé Iphone Zooms avec Studio Yukiko à Berlin, et je cherche des financements pour le publier. J’ai aussi quelques résidences en préparation.

Interview par Nadine Dinter

 

Pour plus d’informations, consultez le compte IG de l’artiste @victoriapidust

Son exposition The sun is not yellow, it’s chicken est présentée à Stallmann Galerie, Berlin, jusqu’au 20 février 2026..

Lien vers l’exposition : https://www.stallmann.club/the-sun-is-not-yellow

IG: @stallmann.galleries

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