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Le Questionnaire : Raphaël Neal par Carole Schmitz

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Raphaël Neal : « Limage comme lieu de passage »

Photographe, réalisateur et acteur, Raphaël Neal appartient à cette génération d’artistes pour qui l’image est un territoire à habiter pleinement, qu’elle soit fixe ou en mouvement. Chez lui, il n’y a pas de hiérarchie entre les médiums, mais une même exigence : celle de construire un regard. Depuis plusieurs années, il développe une œuvre photographique à la fois cohérente et ouverte, où la mise en scène ne vient jamais figer, mais révéler — révéler un trouble, une faille, une beauté en suspens. Ses portraits, souvent habités par de jeunes figures, traduisent une fascination pour les âges de transition, les identités en devenir, les corps incertains. Il y a chez lui un sens aigu du fragile, une attention portée à ce qui pourrait disparaître si l’on ne prenait pas le soin de le nommer, de le fixer, de lui offrir une forme.

La jeunesse, le genre, la mémoire, la vulnérabilité ou encore la construction sociale du regard sont autant de lignes de force qui traversent ses séries photographiques. Mais au-delà des thèmes, c’est une atmosphère qui marque ses images : un silence étrange, un équilibre entre douceur et tension, comme si chaque photographie était prise à la lisière d’un récit possible — ce moment juste avant ou juste après le basculement. Le lien avec le cinéma est évident, non seulement par ses cadrages et son travail de lumière, mais aussi par cette manière de suggérer une histoire sans jamais l’imposer. L’image devient alors espace d’attente, de projection, de dialogue.

À travers notre questionnaire, Raphaël Neal accepte de lever le voile sur les ressorts profonds de sa pratique : ses influences, ses obsessions, ses refus, sa conception du portrait comme acte de présence. Ce jeu de questions-réponses, à la fois ludique et réflexif, esquisse le portrait d’un artiste discret mais habité, pour qui photographier, c’est aussi interroger sa place dans le monde — et la responsabilité que cela implique.

 

Représenté par @vu_photo / Instagram : @raphaelneal.1

A découvrir : « Hollywood Nightmares » aux éditions Le Bec en l’Air (@lebecenlair).

 

Votre premier déclic photographique ?
Raphaël Neal : Les photos de plateau, comme pour prolonger le film.

L’homme ou la femme d’image qui vous a inspiré(e) ?
R.N. : Alfred Hitchcock.

L’image que vous auriez aimé prendre ?
R.N. : “Scherzo di Follia », l’autoportrait présumé de la Comtesse de Castiglione nous observant à travers un cadre de photo.

Celle qui vous a le plus ému(e) ?
R.N. : « Torso, Antikythera » prise en Grèce en 1937 par Herbert List.

Et celle qui vous a mis(e) en colère ?
R.N. : Quasiment toutes les photos de mode.

Quelle photo a changé le monde ?
R.N. : Aucune, malheureusement.

 Et quelle photo a changé votre monde ?
R.N. : « Untitled Film Still #96 » (1981) de Cindy Sherman.

Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans une image ?
R.N. : Le mystère.

Quelle est la dernière photo que vous avez prise ?
R.N. : Ma chatte Dora, cet après-midi dans mon jardin, à Camberwell (Londres).

Une image clé dans votre panthéon personnel ?
R.N. : « Ambiguous Loss » (2021) de ma série Hollywood Nightmares.

Un souvenir photographique marquant de votre enfance ?
R.N. : Lorsque des photos de nos albums de famille ont été jetées dans le feu.

Selon vous, quelle est la qualité nécessaire pour être un bon photographe ?
R.N. : Je ne crois pas qu’il existe de bon ou de mauvais photographe.

Qu’est-ce qui fait une bonne photo ?
R.N. : Peut-être ce fameux mystère qui reste irrésolu et qui nous pousse à regarder à nouveau.

La personne que vous aimeriez photographier ?
R.N. : Isabelle Huppert.

Un livre photo indispensable ?
R.N. : « Vivien: A Love Affair in Camera » d’Angus McBean (1989).

L’appareil photo de votre enfance ?
R.N. : Nous n’en avions pas.

Celui que vous utilisez aujourd’hui ?
R.N. : Sony A7R IV.

Comment choisissez-vous vos projets ?
R.N. : Très souvent après avoir déjà fait quelques images et réalisé qu’un thème s’est dessiné.

Comment décririez-vous votre processus créatif ?
R.N. : Un moment furtif où l’image parfaite est apparue dans ma tête, puis des mois, voire des années, à tenter de la retrouver.

Un projet à venir qui vous tient à cœur ?
R.N. : « Second Spring of the Faithful Man », une série de portraits d’hommes de tous les âges et de tous les horizons, photographiés dans mon studio dans une esthétique rappelant les vitraux préraphaélites et l’Orientalisme.

Votre drogue favorite ?
R.N. : Le désir.

Le meilleur moyen de déconnecter pour vous ?
R.N. : La mort.

Quelle est votre relation personnelle à l’image ?
R.N. : Obsessive.

Par qui aimeriez-vous être photographié ?
R.N. : Ma chatte Dora.

Votre dernière folie ?
R.N. : Croire aux voix dans ma tête.

Une image pour illustrer un nouveau billet de banque ?
R.N. : Un banquier : Emmanuel Macron.

Si vous naviez pas été photographe ?
R.N. : J’aurais pu être barman.

Votre plus grande extravagance professionnelle ?
R.N. : Je n’en vois pas !

Quelle question pourrait vous déstabiliser ?
R.N. : Une question qui cache en réalité une demande.

Quelle est la dernière chose que vous avez faite pour la première fois ?
R.N. : Négocier un salaire avec mon agent.

La ville, le pays ou la culture que vous rêvez de découvrir ?
R.N. : La Géorgie, et notamment la musique traditionnelle des régions qui l’entourent.

Le lieu dont vous ne vous lassez jamais ?
R.N. : Les traumas de mon passé, apparemment.

Votre plus grand regret ?
R.N. : Avoir été naïf.

Sur les réseaux sociaux, êtes-vous plutôt Instagram, Facebook, TikTok ou Snapchat, et pourquoi ?
R.N. : Instagram, car moins compliqué que les autres !

Couleur ou N&B ?
R.N. : Quand je vois les photos en noir et blanc de George Platt-Lynes, je me dis que le noir et blanc est l’évidence. Mais, je change d’avis lorsque je vois les photos Vivex** de Madame Yevonde.

Lumière du jour ou lumière artificielle ?
R.N. : Lumière artificielle, afin de recréer celle du jour !

Quelle ville vous semble la plus photogénique ?
R.N. : Chicago.

Si Dieu existait, lui demanderiez-vous de poser pour vous ou préféreriez-vous un selfie avec lui ?
R.N. : Je l’habillerais en homme pour un portrait.

Si je pouvais organiser votre dîner idéal, qui serait à table ?
R.N. : Tous mes meilleurs amis et quelques nouvelles têtes.

L’image qui représente pour vous l’état actuel du monde ?
R.N. : « The Falling man » de Richard Drew. Une société qui pousse à la violence et au suicide.

Selon vous, qu’est-ce qui manque dans le monde d’aujourd’hui ?
R.N. : L’empathie semble en voie de disparition.

Si vous deviez tout recommencer ?
R.N. : Je referais tout différemment.

Que souhaitez-vous que l’on dise de vous après ?
R.N. : J’espère plutôt qu’on va m’oublier !

La chose essentielle que l’on doit savoir sur vous ?
R.N. : Que j’ai de l’empathie en même temps qu’un besoin de vérité, d’où certaines complications.

Un dernier mot ?
R.N. : Merci.

 

** Le procédé Vivex, inventé par le chimiste Douglas Arthur Spencer, nécessite trois négatifs sur plaque de verre à superposer (un pour chaque couleur primaire : magenta, cyan et jaune), ce qui permet par exemple de baigner entièrement une image de bleu vif. Le résultat est d’une grande richesse chromatique et anticipe les filtres de couleur pop des années 1960.

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