Florian Jayet : Profondeur urbaine
Photographe marseillais, Florian Jayet, que j’ai découvert à l’occasion de la Biennale d’Issy 2025, plonge son art dans la Méditerranée pour en faire un laboratoire visuel unique. Ses images ne se contentent pas de documenter : elles composent de véritables tableaux subaquatiques où des objets du quotidien, abandonnés à plusieurs mètres de profondeur, deviennent vestiges et symboles. Entre documentaire et fiction, beauté et inquiétude, ses photographies interrogent notre époque avec une force poétique rare.
L’empreinte humaine, son absurdité et sa fragilité sont au cœur de sa démarche. Les artefacts qu’il disperse sous l’eau témoignent d’un monde en sursis, et cette mise en scène quasi surréaliste met en lumière l’impact de nos modes de vie sur l’environnement, tout en révélant le mystère et l’émerveillement que recèle l’océan. Florian ne brandit pas de slogans : il compose des fables visuelles, des énigmes à contempler, qui poussent à repenser notre rapport au monde, à la nature et à l’héritage que nous laisserons.
Son parcours éclaire son regard. Après dix ans dans la mode à Londres, il s’est tourné vers le champ social, travaillant comme éducateur spécialisé auprès de populations fragilisées – handicap, immigration, droits LGBT. Ces expériences nourrissent sa photographie : un engagement sensible et politique, qui interroge les traces que l’homme laisse dans ses relations sociales comme dans son environnement. Formateur en photographie dans des institutions sociales, il transforme aussi la transmission en outil d’exploration et de conscience.
Au cœur de son œuvre, un fil conducteur : la mémoire et le temps. Ses images explorent la persistance de l’identité, de l’héritage collectif et des traces humaines, révélant l’équilibre fragile entre beauté et disparition, contemplation et alerte. Florian Jayet transforme l’eau en atelier, les abysses en théâtre, et la photographie en instrument de lucidité et de poésie, offrant une vision du monde à la fois troublante, fascinante et profondément nécessaire.
Site Web : www.florianjayet.fr
Instagram : @florianjayet
Votre premier déclic photographique ?
Florian Jayet : J’ai découvert l’univers de Pierre Molinier dans une galerie à Toulouse. J’avais tout juste 18 ans. Ce n’est pas ce qui m’a donné envie de devenir photographe, mais ça a profondément bouleversé ma relation à l’art.
L’homme ou la femme d’image qui vous inspire ?
Florian Jayet : En ce moment, je suis très admiratif du travail de Philippe Ramette. Il me pousse à réfléchir à l’implication du corps dans l’acte photographique. Je trouve ça profondément inspirant.
L’image que vous auriez aimé réaliser ?
Florian Jayet : Beer Dream, de Gregory Crewdson, dans sa série Twilight.
Celle qui vous a le plus ému ?
Florian Jayet : Beer Dream, toujours.
Celle qui vous a mis en colère ?
Florian Jayet : Une image d’actualité qui réduit une tragédie humaine à une esthétique.
Une image clé de votre panthéon personnel ?
Florian Jayet : La corde raide, de Philippe Ramette. Une image qui ne dit jamais tout, et qui contient l’étrangeté du monde dans une composition millimétrée.
Un souvenir photographique de votre enfance ?
Florian Jayet : Les Polaroids que ma mère prenait pendant les fêtes de Noël. Ils ont une texture émotive particulière.
L’image qui vous obsède ?
Florian Jayet : Une image sous-marine que j’essaie de réaliser en ce moment et qui implique de la présence humaine sous l’eau : un cauchemar logistique.
Celle qui a changé le monde ?
Florian Jayet : La fille au napalm, de Nick Ut, 1972.
Celle qui a changé votre monde ?
Florian Jayet : La main-coquillage de Dora Maar. Cette image, d’une poésie saisissante, a contribué à transformer mon regard d’artiste.
Sans limite de budget, quelle œuvre rêveriez-vous d’acquérir ?
Florian Jayet : ‘A Sudden Gust of Wind’ de Jeff Wall.
Selon vous, quelle est la qualité nécessaire pour être un bon photographe ?
Florian Jayet : Être un bon observateur
Le secret de l’image parfaite, s’il existe ?
Florian Jayet : Une image parfaite, c’est une image qui raconte quelque chose sans tout dire.
La personne que vous aimeriez photographier ?
Florian Jayet : Mon grand-père.
Celle par qui vous aimeriez être photographié·e ?
Florian Jayet : J’aimerais beaucoup me prendre au jeu d’une mise en scène de Pierre et Gilles.
Un livre de photos indispensable ?
Florian Jayet : Le Surréalisme, de Roger Thérond.
L’appareil photo de votre enfance ?
Florian Jayet : Le reflex Zenit de ma mère. Je prenais des photos de tout ce que je voyais. J’adorais regarder dans le viseur… mais je ne mettais pas de pellicule.
Celui que vous utilisez aujourd’hui ?
Florian Jayet : Canon 5D Mark IV.
Votre drogue préférée ?
Florian Jayet : La dopamine.
Le meilleur moyen de déconnecter pour vous ?
Florian Jayet : Une petite maison à la campagne avec des petits volets bleu, loin de tout.
Quelle est votre relation avec l’image ?
Florian Jayet : C’est ma manière de questionner l’absurdité du monde.
Votre plus grande qualité ?
Florian Jayet : Mon côté obsessionnel.
Votre dernière folie ?
Florian Jayet : Essayer de recouvrir les fonds marins à 10 mètres de profondeur avec du carrelage de salle de bain.
Une image pour illustrer un nouveau billet de banque ?
Florian Jayet : Une phrase : « L’argent tue. »
Le travail que vous n’auriez pas aimé faire ?
Florian Jayet : Commercial dans une boîte d’assurances.
Votre plus grande extravagance professionnelle ?
Florian Jayet : La reconstitution d’un cimetière sous marin…
La photographie a-t-elle le pouvoir de changer la perception collective d’un événement ou d’une époque ?
Florian Jayet : Oui, c’est même une de ses fonctions principales. Elle cristallise, documente et oriente les regards.
Comment percevez-vous l’influence des réseaux sociaux sur la manière dont les photographies sont créées et perçues aujourd’hui ?
Florian Jayet : Ça a démocratisé la photo, mais ça l’a aussi banalisée.
Un compte Instagram à suivre absolument ?
Florian Jayet : @nicokokartinspiration
Quelle est la dernière chose que vous ayez faite pour la première fois ?
Florian Jayet : J’ai mangé un sandwich merguez dans une fête foraine.
C’est quoi, une photo réussie ?
Florian Jayet : C’est une photo qui ne laisse pas indifférent.
Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans une image ?
Florian Jayet : Son pouvoir narratif. J’aime jouer avec les codes du réel. J’aime quand les gens pensent que mes photos sont de l’IA.
Différences entre photographie et photographie d’art ?
Florian Jayet : La photographie montre, la photographie d’art questionne.
La ville, le pays ou la culture que vous rêvez de découvrir ?
Florian Jayet : Je ne rêve plus de traverser le monde pour découvrir d’autres cultures ou des paysages fascinants. Je rêve de découvrir la culture et les vies extraordinaires des gens autour de moi, des minorités, et de ceux qu’on ne voit pas
L’endroit dont vous ne vous lassez jamais ?
Florian Jayet : Le silence des églises.
Votre plus grand regret ?
Florian Jayet : Être trop désordonné pour avoir su conserver toutes mes images.
Couleur ou N&B ?
Florian Jayet : Couleur, sans hésitation.
Lumière du jour ou lumière artificielle ?
Florian Jayet : La combinaison des deux.
Quelle est, selon vous, la ville la plus photogénique ?
Florian Jayet : Marseille, bien sûr.
Si Dieu existait, lui demanderiez-vous de poser pour vous, ou opteriez-vous pour un selfie avec lui ?
Florian Jayet : Je préférerais photographier son ombre.
Si je pouvais organiser votre dîner idéal, qui serait à la table
Florian Jayet : Mon grand-père. Pour lui raconter ce que je fais aujourd’hui.
L’image qui représente pour vous l’état actuel du monde ?
Florian Jayet : Birth and death de Rancinan.
Si vous deviez tout recommencer ?
Florian Jayet : Je recommencerais exactement pareil.
Mais cette fois, je chargerais la pellicule du Zenit de ma mère.
Le mot de la fin ?
Florian Jayet : Un coquillage tient dans une main. Le monde entier aussi, si on cadre bien.














