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Au-delà du tirage : Interview de Patrick Gagey par Nadine Dinter

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J’ai rencontré Patrick Gagey en 2022 alors que je flânais rue du Docteur Fanton et que je découvrais sa boutique, « La Valise Arlésienne ». Une fois à l’intérieur, j’ai pénétré dans un univers singulier mêlant matériel photographique ancien, tirages précieux et objets de curiosité ; je lui ai alors demandé de me faire faire le tour du propriétaire… la suite, on la connaît. Laissez-nous donc vous emmener dans l’univers de Patrick – bonne lecture !

 

Nadine Dinter: Quand « La Valise Arlésienne » a-t-elle été fondée ? Et quels sont ses objectifs ?

Patrick Gagey : La « La Valise Arlésienne » a été créée en 2021 après une longue réflexion. Depuis plusieurs années en tant que chineurs et collectionneurs de photographie « historique », seuls quelques foires et marchés spécialisés nous permettaient de découvrir, parfois, quelques beaux objets. C’est pourquoi nous avons voulu créer un lieu qui valorise ces objets en les intégrant dans l’histoire de la photographie et par là, devenir passeurs.

Qui a trouvé le nom « La Valise Arlésienne » et pourquoi ?

PG : En 2011, Les Rencontres de la Photographie présentaient à Arles « La Valise Mexicaine », qui relatait le destin incroyable de ces 4500 clichés de Capa, Taro et Chim, perdus pendant près de 50 ans et miraculeusement exhumés de l’oubli. Il nous est apparu, avec Céline mon épouse et directrice de la galerie, que ce clin d’oeil à La Valise Mexicaine symbolisait parfaitement notre volonté d’offrir des trésors enfouis de l’histoire de la photographie. La Valise Arlésienne était née.

Dans votre « boutique », vous rassemblez des objets liés à la photographie que les gens doivent généralement chercher dans plusieurs endroits différents : des photographies d’époque, de vieux appareils photo, des curiosités ainsi que des souvenirs. Décrivez votre concept en une phrase, s’il vous plaît.

PG : Au delà du concept, c’est la passion de la photographie qui nous anime, pour montrer, partager et transmettre ces petites histoires dans la grande Histoire. Tel un cabinet de curiosités nous proposons des tirages originaux, des appareils en état de collection, des éditions techniques et monographiques et des objets photographiques rares et singuliers des années 1840 à 1930. Nous avons créé le lieu que nous avons toujours rêvé de découvrir…

Avant d’ouvrir votre boutique, vous avez travaillé comme commissaire d’exposition, photographe, journaliste, membre de jury… Quelle activité ou quel rôle vous manque le plus ?

PG : En effet, j’ai eu la chance de pouvoir évoluer dans le milieu culturel et pour la plus grande partie en tant que directeur des affaires culturelles. C’est dans ce cadre que j’ai pu exercer diverses fonctions tout aussi passionnantes qu’enrichissantes. Toutes ces expériences m’ont nourri et chacune d’entre elle a contribué à faire que chaque rencontre est un partage. J’en garde un souvenir présent, qui m’accompagne tous les jours…

Quel a été le projet qui vous a servi de point de départ et qui a suscité votre intérêt au point de vous inciter à poursuivre dans cette voie ?

PG : En 1989 (c’est loin!…), jeune étudiant en Mastère Culturel, je découvrais au Musée d’Orsay, qui fête ses 40 ans cette année, l’exposition « L’invention d’un regard (1839-1918) » à l’occasion du cent cinquantenaire de la naissance de la photographie. Ce fut un choc esthétique qui ne m’a jamais quitté. Même si dans mes fonctions de commissaire j’ai beaucoup exposé des photographes modernes et contemporains, cette période des pionniers de la photographie m’a toujours passionné au point d’en être l’un des heureux « passeurs » aujourd’hui.

Existe-t-il une catégorie ou un sujet dont les ventes sont particulièrement élevées ?

PG : Parfois nous faisons un focus sur un objet, une technique ou une exposition thématique, donc il est normal que nos clients soient séduits par notre éclairage. Mais globalement, nous nous considérons comme généralistes de la deuxième moitié du XIXe/début XXe et nous savons raconter l’histoire de chaque objet et tirage, nous sommes des marchands d’histoire.

Vous êtes installé en plein cœur d’Arles, la capitale de la photographie. Pensez-vous que « La Valise Arlésienne » pourrait fonctionner aussi bien dans une autre ville qu’à Arles ?

PG : Oui, mais sans nous ! Arles est une ville magnétique, une capitale de la photographie avec une proposition culturelle pléthorique toute l’année. La romanité très présente lui confère une atmosphère minérale et une lumière fabuleuse chère à Van Gogh. On a la chance d’y vivre en vacances…

Depuis cet été, vous avez ajouté un espace d’exposition à la boutique. Pouvez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet ?

PG : La Valise Arlésienne est un écrin qui ne peut proposer qu’une petite partie de nos collections. Nous avions très envie de proposer des expositions thématiques et nous réalisons enfin ce projet avec un espace dédié à la photographie du XIXe siècle. Nous y proposerons plusieurs « voyages » à travers l’histoire de la photographie. 

Quelle sera la première exposition durant les Rencontres ?

PG : Pour cette première exposition, La Valise Arlésienne présente « Le Voyage en Egypte », une collection de tirages originaux des années 1850-1880, période charnière où la photographie, encore jeune, devient un outil de découverte et de documentation, dévoilant la magie et les mystère de l’Égypte du XIXe siècle. A travers une centaine de tirages d’époque, ces photographies, à la fois documents historiques et oeuvres d’art, témoignent de la rencontre entre l’occident et l’orient, et de la naissance du tourisme en Egypte depuis l’ouverture du canal de Suez en 1869. Elles offrent aussi un regard unique sur un pays en pleine transformation. Chaque tirage de cette collection est à la fois une oeuvre esthétique intime et un document historique.

Qu’est-ce qui vous motive?

PG : La passion, l’abnégation et le la joie de partager cette passion avec nos visiteurs, du plus novice au plus avisé. De s’enrichir, d’échanger et d’apprendre, tous les jours…

 

« Le Voyage Égypte » est visible du 4 juillet au 4 octobre 2026
À La Valise Arlésienne, 8 rue du Docteur Fanton, 13200 Arles, France

Pour plus d’informations, veuillez consulter le site www.lavalisearlesienne.com et suivre @la_valise_arlesienne.

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