Coco Amardeil – Le regard à hauteur d’humanité
Photographe et réalisatrice franco-canadienne installée à Paris, Coco Amardeil développe depuis plusieurs années une œuvre singulière, à la croisée du documentaire et de la mise en scène. Issue du monde de la mode, dont elle a conservé le sens aigu de la lumière et de la composition, elle s’en est progressivement émancipée pour construire un langage photographique profondément humain, où le réel se teinte d’onirisme et de tendresse. Chez Coco Amardeil, l’appareil photo devient un outil d’exploration du lien — lien aux autres, aux espaces, à l’époque. Ses images, souvent peuplées de visages anonymes, d’adolescents ou de figures issues de sous-cultures urbaines, ne cherchent jamais la perfection plastique, mais l’émotion brute. L’artiste revendique d’ailleurs une fascination pour « la beauté des accidents et des imperfections » : une esthétique du déséquilibre, de la vulnérabilité, du presque. Cette approche, qu’elle qualifie elle-même de « documentaire artistique », repose sur une tension féconde entre observation et construction. Amardeil compose ses images comme on tisse un récit : elle observe longuement, choisit ses sujets avec minutie, puis invente autour d’eux un cadre qui révèle leur fragilité ou leur puissance silencieuse. Ses portraits oscillent entre vérité et fiction, entre spontanéité et chorégraphie légère. Le monde qu’elle montre n’est jamais celui de la mode qu’elle a côtoyée, mais celui de l’humain dans toute sa complexité, parfois désenchantée, souvent lumineuse. L’univers de Coco Amardeil s’inscrit dans une filiation assumée — celle d’artistes comme Tim Walker pour la liberté narrative, Nan Goldin pour la sincérité viscérale, ou encore Peter Lindbergh pour la célébration du naturel. Mais son regard se distingue par une délicatesse particulière : une façon de traduire le silence, le vide, ou la suspension d’un instant en une émotion palpable. Qu’elle photographie un groupe de jeunes, un visage en plein doute ou un paysage traversé d’absence, Coco Amardeil interroge toujours la place de l’individu dans un monde saturé d’images. À l’heure où la photographie s’est démocratisée jusqu’à l’excès, elle défend une pratique incarnée, sensible, où chaque image demeure un acte de présence.
Website : www.cocoama.com
Instagram : @cocoamardeil
Votre premier déclic photographique ?
Coco Amardeil : À 21 ans, j’ai passé deux mois seule en Italie avec mon OM10. J’y ai réalisé mes premières photos dont j’étais vraiment fière. Le laboratoire les a perdues, mais ce manque a sans doute renforcé mon lien à la photographie.
Un souvenir photographique de votre enfance ?
C.A. : Je dirais que c’était mon père. Depuis toute petite, je le voyais capturer des instants avec son appareil Kodak. Il prenait un immense plaisir à organiser des soirées « diapo » en famille.
L’appareil photo de votre enfance ?
C.A. : Le Kodak Instamatic de mon père.
Celui que vous utilisez aujourd’hui ?
C.A. : Hasselblad X-Pan, Canon 5D, Nikonnos, Sony
L’homme ou la femme de l’image qui vous a inspiré(e)?
C.A. : Je dirais Tim Walker.
L’image que vous auriez aimé réaliser ?
C.A. : Il y en a trop !
Quelle photo a changé votre monde ?
C.A. : C’était ma photo de Yasmine Ghauri, au début de sa carrière de mannequin, dans un sac de café. Grâce à ce premier prix remporté au concours de Photo Magazine, j’ai pu rester en France en remboursant ma dette de carte bleue.
Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans une image ?
C.A. : Le sujet.
Quels détails recherchez-vous dans un visage, un paysage ou un objet ?
C.A. : J’aime révéler la beauté des accidents et des imperfections. Je cherche à éviter tout ce qui paraît trop lisse.
Elliott Erwitt disait : « La couleur est descriptive. Le noir et blanc est interprétatif. » Êtes-vous d’accord ?
C.A. : Non, car la couleur peut être elle aussi interprétative, il suffit qu’elle soit différente de la réalité.
Selon vous, la technique peut-elle parfois primer sur l’émotion en photographie ?
C.A. : L’émotion peut exister sans technique, mais la technique, elle, ne suffit pas sans émotion. C’est l’émotion qui donne vie à l’image, tandis que la technique n’en est que le langage.
La beauté en photographie est-elle, pour vous, purement esthétique ?
C.A. : Non, la beauté n’est pas qu’esthétique : le « moche » peut être beau, et la beauté peut parfois déranger.
Quels éléments peuvent rendre le silence visible dans une photographie ?
C.A. : Le vide, que ce soit dans un visage ou un paysage.
L’unicité d’une photographie vient-elle du moment ou de la mise en scène ? Une photographie peut-elle être plus vraie que la réalité ?
C.A. : Je pense qu’on ne peut pas généraliser. L’unicité d’une photographie peut naître autant d’un instant spontané que d’une mise en scène soigneusement pensée.
Une photographie peut-elle changer notre perception d’un événement ?
C.A. : Oui, car une photographie reste toujours une interprétation de la réalité. Chaque cadrage, chaque lumière, chaque mise-en-scène choisi par le photographe réécrit le monde à sa manière.
La photographie est-elle un témoignage ou une forme de manipulation ?
C.A. : C’est toujours une forme de manipulation — consciente ou non, positive ou négative — dès lors qu’il y a une intention derrière la prise de vue.
Qu’est-ce qui fait une bonne photo ?
C.A. : Je me répète, mais ce serait de provoquer une émotion.
Selon vous, quelle est la qualité nécessaire pour être un bon photographe ?
C.A. : La perspicacité à voir ce qui est « saisissable » dans n’importe quelle contexte
Comment choisissez-vous vos projets ?
C.A. : Ce sont mes projets qui me choisissent. Tout commence souvent par une sorte de flash, une intuition soudaine, puis vient le moment de réfléchir à la faisabilité.
Mes projets gravitent presque toujours autour de groupes de personnes ou de sous-cultures que j’aime documenter à ma manière, avec un regard à la fois artistique et humain.
J’aime définir mon approche comme une forme de « documentaire artistique ».
Comment décririez-vous votre processus créatif ?
C.A. : Mon processus créatif prend du temps, car il repose sur la recherche de personnes précises, que j’aime rencontrer dans leur environnement — ou parfois ailleurs. J’explore, j’observe, je cherche le bon casting et imagine peu à peu la mise en scène et l’histoire que je veux raconter.
Un projet à venir qui vous tient particulièrement à cœur ?
C.A. : C’est encore secret 😉
La personne que vous aimeriez photographier ?
C.A. : Pedro Pascal parce que j’ai un crush.
Celle par qui vous aimeriez être photographiée ?
C.A. : Peter Lindberg mais hélas il n’est plus là.
Un livre de photographie indispensable ?
C.A. : Le livre à 2 tomes de Peter Beard – J’adore son univers exotique, où se mêlent photos, textes et dessins, habité par animaux de la jungle, célébrités et mannequins.
Quelle est la dernière photo que vous avez prise ?
C.A. : Une photo d’un immeuble étonnant à Fontenay-sous-Bois.
Sur les réseaux sociaux, êtes-vous plutôt Instagram, Facebook, TikTok — et pourquoi ?
C.A. : Instagram, parce que c’est l’endroit ou je peux partager mon travail, m’inspirer, et rester connectée aux autres créateurs.
Qu’est-ce qui a changé en photographie depuis le succès des réseaux sociaux ?
C.A. : Je trouve que le débit d’images a explosé, la qualité s’est diluée, mais la photographie s’est ouverte à tous..
Un compte Instagram à suivre absolument ?
C.A. : @Jackdavisonphoto
Quel est votre point de vue sur l’IA ?
C.A. : J’apprécie l’IA lorsqu’elle est guidée par une vraie idée et une créativité authentique. En revanche, je n’aime pas qu’elle s’appuie sur toutes nos images pour exister.
Couleur ou noir et blanc ?
C.A. : Couleur car si besoin, je peux le convertir en N&B.
Lumière naturelle ou lumière artificielle ?
C.A. : J’aime m’adapter à la lumière existante et j’aime créer une lumière qui interagit avec le sujet.
La ville, le pays ou la culture que vous rêvez de découvrir ?
C.A. : Le Japon !!!
L’endroit dont vous ne vous lassez jamais ?
C.A. : Dans l’eau – que ce soit l’océan, une rivière, un lac, ou simplement un bain, c’est l’endroit où je me sens toujours bien.
L’image qui représente pour vous l’état actuel du monde ?
C.A. : Malheureusement les 2 images qui me viennent rapidement à l’esprit sont une photo des ravages à Gaza et la tronche de Trump.
Selon vous, qu’est-ce qui manque dans le monde d’aujourd’hui ?
C.A. : L’espoir, la justice, l’égalité des sexes et peuples, l’empathie, la communication
Si Dieu existait, lui demanderiez-vous de poser pour vous, ou opteriez-vous pour un selfie avec lui ?
C.A. : Je lui demanderais de poser d’une manière décontractée en lumière du jour pour démystifier sa réputation
Votre drogue préférée ?
C.A. : Qui lit ce questionnaire ?
Votre meilleure façon de déconnecter ?
C.A. : Du temps passé avec mon chien
Votre plus grande extravagance professionnelle ?
C.A. : J’ai photographié un raid de Harley-Davidson autour du Maroc avec mon Hasselblad X-Pan, tout en conduisant moi-même une Harley – une expérience à la croisée de l’adrénaline et de la folie.
Le métier que vous n’auriez pas aimé faire ?
C.A. : Ouvrière d’abattoir.
La dernière chose que vous avez faite pour la première fois ?
C.A. : Nager avec des sirènes.
Votre plus grand regret ?
C.A. : Ne pas avoir fait d’école d’art au début de ma carrière
Si vous deviez tout recommencer ?
C.A. : J’aurais appris la réalisation en meme temps que la photo
Si je pouvais organiser votre dîner idéal, qui serait à table ?
C.A. : Vivien Sassen, Isabelle Huppert, Marina Abramović, Ricky Gervais, Nan Goldin, Xavier Dolan…et tant d’autres
Qu’aimez-vous que les gens disent de vous… après ?
C.A. : Que mon être ou mon œuvre ait pu leur apporter du bien et/ou les inspirer
La seule chose que l’on doit absolument savoir sur vous ?
C.A. : J’aboie aussi bien qu’un chien.
Un dernier mot ?
C.A. : Clic !














