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Le BAL : Laia Abril : On Mass Hysteria

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Népal. 2016. Alors que Laia Abril y fait des recherches, elle tombe sur un article étonnant du Times of India, titré « Des jeunes filles frappées d’hystérie collective dans une école népalaise. » Il y fait mention de dizaines d’écolières ayant perdu connaissance au même moment, sans cause organique apparente. Fascinée par le phénomène, Laia Abril décide d’explorer davantage le sujet et découvre une folle documentation relatant des manifestations similaires, qui remonte jusqu’au Moyen Âge.

À travers une approche visuelle et documentaire, On Mass Hysteria, présentée au BAL du 17 janvier au 18 mai 2025 poursuit ainsi le travail d’Abril sur l’histoire de la misogynie — après On Abortion (2016) et On Rape (2020) — la chercheuse catalane analyse cette fois comment des manifestations corporelles collectives ont été perçues et interprétées à travers les siècles.

Un phénomène global et historique

« 1628. Espagne. 27 religieuses. États de transe, cris, comportements obscènes » ; « 1692. Salem, Amérique du Nord. Chasse aux sorcières. Épidémie de transes. » ; « 2015. Botswana. 133 écolières. Mouvements et rires incontrôlables. » … autant de titres saisissants, parfois même effrayants, qui tapissent les murs du BAL. Un accrochage fort, pensé pour montrer l’étendue géographique et historique incroyable de ce phénomène et les points qui les unissent : des communautés de femmes étroitement soudées, des symptômes collectifs soudains, et des situations de contrôle et d’oppression.

Laia Abril, en collaboration avec des anthropologues, sociologues, neurologues et psychiatres, a fait le choix d’analyser en profondeur trois cas : une paralysie collective dans un pensionnat catholique pour jeunes filles au Mexique en 2007, des épidémies d’évanouissements chez des ouvrières du textile au Cambodge entre 2012 et 2022 et une série de tics nerveux inexpliqués dans un lycée en 2012 aux Etats-Unis, un cas particulier puisqu’il s’agit du premier cas où les réseaux sociaux ont joué un rôle amplificateur.

Un langage du corps face à l’oppression

Par un dialogue entre archives, témoignages et installations multimédias, Abril précise : elle ne documente pas, elle rend visible. Si la distinction semble subtile, elle est néanmoins cruciale. S’attacher à explorer les causes profondes, s’inscrire sur le temps long, permet de dépasser les simples phénomènes de mode. Laia Abril interroge la façon dont la médecine, la presse et les autorités ont historiquement réagi face à ces crises, tout en nous faisant fait entendre les voix de ces femmes touchées, accompagnant leurs récits d’images évocatrices.

Car souvent, les victimes ont été accusées d’exagérer, de chercher l’attention, d’être possédées, voire d’être des sorcières. Et la médecine actuelle peine à expliquer ces phénomènes intégralement, obligeant à chercher des réponses ailleurs. L’artiste renverse donc ces perspectives en questionnant les biais culturels et genrés qui entourent ces épisodes.

« Tout au long de mes recherches à l’intersection de l’anthropologie, la psychologie, les droits des femmes et l’histoire de la médecine, j’ai essayé de dépasser les explications réductrices qui ignorent les dynamiques collectives de pouvoir sous-jacentes à ces crises. En m’éloignant d’une vision strictement occidentale, j’ai exploré les croyances animistes des femmes, les traumas transgénérationnels, les expressions psychosomatiques de la douleur propres à chaque culture. » explique Laia Abril.

Certaines théories, comme celle de l’anthropologue Aihwa Ong, suggèrent que ces crises sont une forme inconsciente de résistance face à des systèmes oppressifs. Ces femmes, souvent dans des positions subalternes, sont réduites au silence, incapables d’exprimer leurs griefs, leur désaccord ou leur opposition. Dans les usines de confection au Cambodge, par exemple, ces évanouissements collectifs pourraient exprimer une détresse face à des conditions de travail éprouvantes et à une absence de pouvoir d’expression. Ong parle de « protolangage de protestation», une résistance inconsciente à des conditions de vie difficiles et à un système de pouvoir dominé par des hommes.

Au-delà de l’Exposition

On Mass Hysteria ne se limite pas à une réflexion théorique : l’exposition propose une immersion sensorielle et émotionnelle à travers vidéos, récits sonores et documents d’archives. Performances, débats et interventions rythmeront également les trois mois de présentation au BAL, renforçant le dialogue sur la condition féminine et la manière dont la société réagit aux manifestations du corps lorsqu’elles échappent à la norme.

Laia Abril nous invite ainsi à engager un dialogue sur l’histoire et les conditions des femmes ; un sujet que le BAL défend avec force, comme en témoigne sa programmation 2025 entièrement féminine.

Marine Aubenas

 

Laia Abril : On Mass Hysteria
Jusqu’au 18 mai 2025
LE BAL
6 impasse de la Défense, 75018 Paris
Mercredi 12h-20h ; Jeudi à dimanche 12h-19h
Plein 8 € / Réduit 6 €
www.le-bal.fr

 

Publié par delpire & co à l’occasion de l’exposition, ce livre, conçu par Laia Abril, est la première publication de l’artiste en France.

Laia Abril : On Mass Hysteria, Une histoire de la misogynie
delpire & co
Format: 19 x 27 cm
Relié
Pages: 384
EAN: 979-10-95821-76-2
Prix : 55 €
www.delpireandco.com

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