Dans Stray Sod, son deuxième livre édité par Setanta Books, Maria Lax s’aventure au cœur du folklore irlandais pour livrer une œuvre envoûtante sur le sentiment de se perdre : dans un paysage, dans la nuit ou en soi-même.
Fóidín mearbhall. En langue irlandaise, ces deux mots font référence à une « motte de terre enchantée » sur laquelle il suffirait de poser le pied pour perdre tout repère. Voyageurs désorientés dans des paysages pourtant familiers, chemins qui se dérobent, montagnes bleues ou maisons mystérieuses surgissant de nulle part, brumes brouillant la vue et rivières inconnues barrant la route : dans la tradition populaire du pays, ces récits abondent. La photographe finlandaise Maria Lax a passé des années à les collecter dans les archives de la National Folklore Collection de l’University College Dublin. Désireuse de mieux saisir ce phénomène, elle a finalement décidé de s’installer en Irlande, posant le doigt au hasard sur une carte, et y restant près de deux ans.
Afin de briser le sort de confusion jeté par des fées malicieuses, les Irlandais ont toutes sortes de règles tacites : retourner son manteau ou son chapeau, réciter une prière… « Le folklore, les règles, les superstitions : ce sont des façons de naviguer dans le monde et de donner un sens à ce que l’on voit. » Beaucoup des récits que Maria Lax a pu lire se déroulaient à des moments charnières, comme la nuit ou sur le chemin d’un enterrement. « J’y ai vu un lien avec ce que les gens traversaient à l’époque, mais aussi avec ce que nous traversons tous aujourd’hui. Parfois j’ai l’impression que nous ne reconnaissons plus le monde dans lequel nous vivons. » Nous avons chacun, à notre manière, fait l’expérience de ce type d’égarement, cet état qui peut naître d’un deuil, d’une dépression ou d’une simple angoisse : une perte de repère face à un monde qui reste le même sans que l’on puisse toutefois s’y retrouver. C’est cette expérience, aussi intime qu’universelle, et pourtant si difficile à nommer, que raconte Stray Sod.
C’est à partir de la nature que la photographe fait surgir l’au-delà, jouant avec des filtres qu’elle a elle-même bricolés pour teinter les sous-bois d’un bleu profond et noyer les chemins nocturnes dans des halos violets. Certaines images sont recouvertes d’un papier rose transparent, ce « voile fin » cher au folklore irlandais qui nous rappelle que l’invisible n’est jamais loin. D’autres vont jusqu’à se brouiller sous l’effet d’une distorsion évoquant la manière dont ce qui nous est familier peut s’écrouler d’un moment à l’autre. Pour refaire surface, le voyageur déboussolé se tournera vers la faune qui peuple le livre : chien, chat, mouton, renard, papillon… Ils sont les guides ou gardiens des âmes tourmentées, leur ancrage dans le réel.
La présence humaine ou animale est bien souvent celle qui finit par ramener les égarés : « C’est en voyageant seul que l’on est le plus susceptible de se perdre. La connexion à l’autre est un puissant antidote à l’isolement dans lequel on se noie. » Il est en effet souvent impossible de sortir seul du brouillard.
Zoé Isle de Beauchaine
Maria Lax — Stray Sod
Publié par Setanta Books
300 x 240 mm
120 pages
63 images
Disponible dans les bonnes librairies et en ligne
















