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La Chronique Livre : John Divola : Dogs Chasing my Car in the Desert

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Avec la réédition de Dogs Chasing my Car in the Desert, Nazraeli Press revient sur la série culte de John Divola (2004), dans laquelle une poursuite canine au cœur du désert californien se transforme en un geste à la fois absurde et profondément existentiel.

À la fin des années 1990, John Divola s’aventure dans le désert du sud de la Californie pour ce qui allait devenir la série Isolated Houses (2000). Le photographe  américain explore la Morongo Valley à la recherche de ses Jackrabbit Homestead, de petites cabines qui ont fleuri dans le désert californien après l’adoption du Small Tract Act de 1938. Le désert constitue à ses yeux une expérience totale : visuelle, sonore, tactile et olfactive. C’est aussi un espace vacant qui, par la manière dont il nous confronte à notre propre présence, revêt un caractère profondément existentiel.

Lors de ses sorties, sa voiture est souvent poursuivie par des chiens. Surgissant dans son rétroviseur, ces derniers viennent déchirer la vacuité tranquille de cette étendue sableuse. Divola s’équipe alors d’un boîtier 35 mm avec moteur intégré. En pré-réglant l’appareil, il peut enchaîner les prises de vue d’une main tout en gardant l’autre sur le volant, laissant l’infinité du rouleau de film se déployer. Jean Baudrillard n’affirmait-il pas, dans son ouvrage Amérique (Grasset, 1986), que « le déroulement du désert est infiniment proche de l’éternité de la pellicule » ? Ici, désert et pellicule se prolongent l’un l’autre, dans un même mouvement infini.

« Contempler un chien poursuivant une voiture, écrit John Divola, ouvre à toute une série de métaphores et de juxtapositions : la culture et la nature, le domestique et le sauvage, lamour et la haine, la joie et la peur, lhéroïque et l’idiot. On peut aussi y voir une danse viscérale et cinétique. » Cette chorégraphie de corps canins en tension incarne toute l’absurdité d’une poursuite désespérée. Une « entreprise sans espoir » qui résonne à bien des niveaux. Ces chiens ne chassent pas seulement une voiture : ils chassent une image qu’ils ne peuvent rattraper, devenant une métaphore de l’acte même de photographier et de sa quête d’une réalité cristallisée, tout en évoquant l’inépuisable persévérance qui caractérise la condition humaine.

La série renvoie par ailleurs à l’approche singulière de John Divola, qui insuffle à sa pratique conceptuelle une cocasserie toute enfantine. Inspiré par ces chiens du désert, ce dernier produit un autre corpus, As Far as I Could Get. Après avoir déclenché son appareil avec un retardateur de dix secondes, le photographe court aussi vite que possible pour se placer au plus loin de l’objectif, devenant un point tremblant au cœur des vastes paysages californiens. Si son œuvre dégage une certaine mélancolie existentielle, elle ne se départit pour autant jamais d’un certain humour.

Dogs Chasing my Car in the Desert s’impose par la poésie visuelle de cette succession de silhouettes animales, rendues floues par le mouvement et granuleuses par le choix d’une pellicule très sensible. C’est bien là que réside toute la beauté de cette série : elle nous ramène, par sa simplicité, à l’essence même du geste photographique.

 

 

John Divola – Dogs Chasing my Car in the Desert
Publié par Nazraeli Press, 2026
Deuxième édition limitée à 1000 exemplaires
Relié
28,5 × 30,5 cm, 48 pages

Disponible en ligne et dans toutes les bonnes librairies

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