Dans My Bloody Hand, publié chez Little Big Man, la photographe japonaise Momo Okabe traverse le deuil de ses fausses couches grâce à la loupe d’un microscope… avant de retrouver la vie par la poésie.
Momo Okabe a vécu quatre fausses couches. Lors de l’une d’elles, une forme nichée au creux de sa main apparaît, mêlée au sang. Pensant qu’il s’agit du fœtus, elle décide de le conserver. S’ouvre alors une longue période durant laquelle l’observation de cet organisme au microscope va devenir un acte de création, transcendant la souffrance en geste artistique.
Les mondes que font surgir cet agrandissement se cristallisent sous l’objectif de la photographe. Son appareil a toujours été pour elle un instrument de résilience, un rempart contre la douleur : « Accepter la réalité telle qu’elle est peut être trop douloureux. C’est pour cela que je prends des photographies, pour continuer à vivre ». Depuis Dildo (2013) et Bible (2014) jusqu’à Ilmatar (2020), le médium devient un moyen de façonner des univers intimes et oniriques, qui racontent son rapport au corps, à la marge et à la vulnérabilité.
Nuit après nuit, Momo Okabe retourne religieusement à cette trace de vie que son corps lui a laissée, ritualisant ce temps d’observation comme une étape du processus de deuil. Cette période cathartique occupe les deux tiers de l’ouvrage. Elle prend corps sur un papier noir, dense et brillant, au centre duquel surgit une sphère, telle une planète flottant dans le néant spatial. Le grand format singulier du livre accentue cette sensation, nous englobant entièrement dans son chagrin. Comme un mantra ou une prière, la sphère se répète sur une cinquantaine de pages, offrant à chaque apparition un tableau microscopique nouveau. L’ensemble compose une constellation d’images abstraites et colorées, d’où émane la lumière obstinée de la vie.
Peu à peu, le deuil se dissipe et laisse entendre le pouls de la vie, qui envahit la page jusqu’à la saturer : une silhouette de femme enceinte, un nouveau-né endormi, une main d’enfant tendue vers un sein nourricier, le visage interloqué d’une petite fille. Que regarde-t-elle ? Des natures mortes ou des fragments de paysages urbains et naturels lui répondent. Ce flux saccadé d’images baigne dans les tonalités électriques chères à Momo Okabe, saturées de roses et de verts. Avec elles, la photographe brouille les frontières entre rêve et réalité pour dévoiler le monde tel qu’elle le perçoit, un monde où vie et poésie ne font qu’un.
Momo Okabe — My Bloody Hand
Publié par Little Big Man
298 × 229 mm
144 pages
Disponible en janvier 2026


















