Incorpore est le récit en image d’une immersion. Celle du photographe australien d’origine slovaque Adrian Meško parmi les membres du Ballet National de Marseille, sous la conduite du collectif (La)Horde. Durant trois mois, peu avant la levée définitive des restrictions de voyage imposées par la pandémie, Adrian Meško documente de manière spontanée le quotidien d’un corps de ballet privé d’interaction physique avec son public et confiné au sein de l’architecture-forteresse de Roland Simounet. A l’abri des hauts murs de ce refuge aux accents brutalistes sur lesquels la troupe déploie son énergie, le photographe vit avec elle le retour de l’été et d’une forme de normalité. Ce temps d’interaction et d’observation à rebours de l’instantanéité et de la saturation d’images propres à l’environnement digital, lui permet de capter les rituels, la solidarité et l’énergie de ce collectif hors normes. Il offre aussi un contre-champ à la réflexion de ses trois fondateurs, Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel, sur la manière dont cet environnement a transformé la représentation des corps en mouvement et conféré à la danse une nouvelle résonance sociale.
Adrian Meško est également le témoin privilégié du point d’inflexion que marque le retour sur scène de (La)Horde, dont les créations – chorégraphiques mais aussi visuelles, prennent une dimension plus politique encore et dont l’aura désormais globale, sera bientôt consacrée par des collaborations avec Madonna, Spike Jonze ou Rosalía. Entre séances d’entrainement, répétitions, chorégraphies improvisées, moments de détente et d’intimité, le photographe saisit les instants qui augurent de cette déflagration, empreinte de désir et de révolte. Au-delà du groupe, ce matériau photo et vidéo donne également à voir des individualités fortes, dont les corps et les caractères expriment les multiples visages de (La)Horde : une formation d’avant-garde qui puise dans l’énergie du conflit, du soulèvement ou de l’étreinte, un manifeste de diversité mû par des origines, âges, genres et trajectoires artistiques variées, mais aussi un véritable « corps politique » au sens de Michel Foucault, sur le(s)quel(s) se projettent et s’affrontent les enjeux politiques de l’époque : identité(s), sexualité(s), contrôle et normativité des corps, rapports entre art et « contenus ».
D’abord à l’origine d’un livre d’art composé à la main par Adrian Meško pour Yvon Lambert, ce matériau est pour la première fois présenté sous forme d’exposition, dans la ville même où il a été façonné, et dans un lieu indissociable des avant-gardes : l’Unité d’Habitation Le Corbusier de Marseille. Un lieu emblématique qui accueillit il y a tout juste 70 ans, en 1956, un festival des Arts d’Avant-gardes, réunissant le ballet de Maurice Béjart pour l’une de ses premières créations autour d’une sculpture de Marta Pan, le Teck, une structure cybernétique de Nicolas Schöffer, des œuvres plastiques de Pierre Soulages, Yves Klein ou Jean Tinguely et des pièces musicales d’Olivier Messiaen et Pierre Boulez. Un bâtiment désormais également associé à (La)Horde, filmée en 2024 sur son toit terrasse et dans la 3ème rue par Ladj Ly à l’occasion du défilé Croisière de Chanel. C’est dans cet autre manifeste dédié au bien vivre et à la synthèse des arts majeurs, que l’exposition INCORPORE explore à la fois le mouvement et son rapport à l’architecture, le sens de la communauté, et la façon dont des individualités venues d’horizons divers et souvent lointains, réunies dans ce port de la Méditerranée, produisent par leur travail une geste épique, ardente et universelle.
L’exposition est une initiative et une production de Kolektiv Cité Radieuse, en association avec l’artiste, avec le concours de l’Institut Slovaque de Paris et l’aimable autorisation du Ballet National de Marseille ainsi que des ex-membres du Ballet représenté.e.s dans l’exposition.
Né en ex-Tchécoslovaquie, Adrian Meško est un photographe de nationalités australienne et slovaque, qui travaille entre Londres, New York, Paris et Sydney. Sa pratique embrasse le portrait, l’architecture et la chorégraphie, à travers des commissions et des publications pour Vogue, The Financial Times, The New York Times Magazine et différentes institutions culturelles. Revenant régulièrement dans son pays d’origine, Adrian Meško cultive également son lien à la Slovaquie à travers ses choix de commissions, notamment pour le festival Východná. Ses livres d’art, conçus comme des œuvres individuelles, sont présentés et vendus par la librairie Yvon Lambert à Paris. Adrian Meško est également le fondateur et rédacteur en chef de NAFF Magazine, associé depuis peu à un podcast.
Adrian Meško : Incorpore (La) Horde
10 juillet – 24 octobre 2026
Kolektiv Cité Radieuse, Unité d’Habitation Le Corbusier, Marseille
Renseignements : @kolektiv_citeradieuse / [email protected]














