Cogitations Mensuelles de Thierry Maindrault
Tous les grands Festivals internationaux et nationaux autour de la Photographie, ont pris leur quartier d’été. Tous les photographes de notre planète, habilités à porter cette qualification effective et à honorer un titre non usurpé, se sont remis à rouspéter. Selon un scenario solidement établit depuis une vingtaine d’années ; car, rien ne va plus dans la création photographique, ce n’est pas nouveau et malheureusement justifié devant une situation qui empire très objectivement.
Coté expositions d’images, présentations de travaux, éditions de livres, cela fait maintenant quelques années que les auteurs d’œuvres photographiques ont perdus la main sur leur destin. Malgré des réglementations européennes et des lois nationales correctes qui sont bafouées en permanence. Tout cela au profit d’administratifs, en surabondance qui ne savent plus quoi inventer pour se faire remarquer. Tous ces sélectionneurs, ces décideurs, ces financiers qui sont capables de tout sauf de nous réaliser une photographie. Leurs critères de sélection de ce qui est exposé ou édité arrivent sur des choix qui n’ont vraiment plus rien à voir avec la photographie.
Deux évidences de ce qu’il se passe dans notre dos (je me demande souvent si quelques-uns d’entre nous ne tournent pas volontairement la tête, façon autruche). A la lecture du programme de la semaine d’ouverture (ex-semaine professionnelle, sans les professionnels qui restent chez eux) de ce qui se prétend être le plus grand rassemblement photographique mondial, je suis resté dubitatif. La programmation du nombre de causeries, de colloques et autres tables rondes, voire d’explications d’images indispensables, est supérieur au nombre d’expositions. Il y a des “bla bla“ pour tout et sur tout, en particulier sur n’importe quoi. Toutes ces réunions – entre soi – vont ergoter sur les droits d’auteurs (qui n’existent plus), tellement réduits à une peau de chagrin pour les auteurs. Ce qui n’est pas le cas pour les pourcentages des collecteurs de droits qui en arrivent à distribuer des prix honorifiques et autres gratifications ! On va philosopher sur l’évolution du numérique (IA, AI, la génération affective enfin toutes sortes de sottises, du style docteurs Diafoirus, par des têtes qui se revendiquent pensantes ; mais, qui n’y entravent rien à rien). On va entériner le rôle devenu primordial et vital de la femme dans la photographie et dans sa capacité à réaliser enfin des œuvres artistiques autrement (que deviennent les nombreuses femmes qui les ont précédées, en nous laissant de superbes chefs-d’œuvre). Fermons le ban !
Dans le même temps, à un autre bout de l’Europe, une des nombreuses manifestations en plagiat du rassemblement arlésien, présente ses sélections photographiques 2026. A la vue des salles d’exposition, les photographies ne sont, là encore, qu’un prétexte pour mettre, dans ce cas, en valeur des scénographies toutes d’une créativité plus délirante pour les unes et les autres. Vous savez, ces présentations de photographies qui nécessitent, à la fois, un tapis de sol pour se mettre à plat ventre et une échelle double pour apercevoir les œuvres reléguées sous les rives de hauts plafonds. Finalement, compte tenu des photographies exposées, ce n’est pas bien grave qu’elles ne servent que comme éléments dans une œuvre scénographique.
Ce n’est plus Athens Photo Festival 2026, c’est devenu Athens Sceno Festival 2026.
Nous savons depuis une vingtaine d’années que l’incompétence administrative s’est emparée de notre univers photographique ; toutefois, cela devient un véritable envahissement et ce n’est pas uniquement par hasard. Nous y sommes pour beaucoup. Notre flemme légendaire : appuyer sur le bouton et se débarrasser des basses besognes de laboratoires (analogiques ou numériques, même combat). Il en est de même pour les mises en valeur et la diffusion de notre travail.
Personne n’a réagi lorsque la mutualisation des droits s’est installée dans notre dos. Personne n’a bougé lorsque des vendeurs de soupe se sont mis à signer les œuvres à notre place en réalisant des séries de tirages abracadabrantes (la règle 30 tirages maximum fixés à l’avance, toutes dimensions, toutes couleurs, tous supports confondus, bafouée en long et en large). Personne n’a soulevé le petit doigt quand des administratifs financiers ont décidé d’exclure les photographies des exonérations fiscales (il est vrai que d’aucuns avaient tellement abusés que nous avons tous payé). Personne n’est intervenu quand les soi-disant acteurs de l’internet ont copié nos images pour les installer, sans autorisation, sur les réseaux ; lorsqu’ils ne les volaient pas pour se les approprier.
La dernière étape de notre autodestruction se trouve dans les utilisations détournées de l’informatique ou de toutes autres formes de gestion autonome qui s’implantent tranquillement dans la vie sociale. Si toutes les avalanches d’informations qui encensent une pseudo-intelligence artificielle sont pour le moins fantaisistes, il reste que la spoliation de la création n’est pas une légende. La démultiplication des stockages sous forme de centres de données (deuxième calamités créée par l’homme, après le plastique) associé à des vitesses de circulation de l’information difficilement imaginables, permettent des assemblages basiques. C’est ce que l’on appelle un traitement génératif. Aussi sophistiqué, soit-il, ce n’est qu’une utilisation d’un outil qui dans le meilleur des cas reconstituera un faux ou un assemblage incohérent pour n’importe quel humain doté d’un cerveau. La question se pose pour les personnes qui se pâment spontanément devant les résultats obtenus pour en tirer un profit personnel (ceux-là ont encore un cerveau) ou par incompétence.
Nos gestionnaires de droits mutualisés ne voient aucun inconvénient, cela fait gonfler leurs enveloppes. Les galeries trouvent quelques œuvres tendances à rajouter dans leur portefeuille. Les éditeurs aperçoivent quelques balots supplémentaires prêts à casser la tirelire pour poser leur nom sur une jaquette de livre. Les directeurs de festivals rajoutent une corde à leur panel déjà bien garni avec les lectures de portfolios, les works shops et autres soirées au style bon chic bon genre.
Dans cette revue, la plus lue par les photographes de la planète, nous attirons l’attention et nous échangeons avec vous depuis quelques années sur les différents fléaux qui ruinent l’intelligence humaine et appauvrissent la création photographique.
Cela ne peut plus durer, et je ne souhaite plus tomber dans les discours larmoyants.
J’ai lu dans la semaine la tribune du philosophe Eric Satin dans « Le Monde ». Ce dernier analyse le rôle destructeur de l’IA générative dans l’édition littéraire. A la fin de son brillant réquisitoire, il suggère des pistes qui rejoignent pleinement nos différentes approches. En particulier, il est temps de déclarer une vraie guerre à la tromperie créative. Il y va sincèrement de la survie, pour nos successeurs et nous-mêmes, du discernement et de l’espérance.
Je vous propose, dès à présent, d’inscrire clairement sur l’arrière de chacune de vos images photographiques et sur vos certificats d’authenticité (à côté de votre signature et de votre numérotation éventuelle), en adjonction au copyright ce projet de texte : « L’auteur de cette photographie, protégée par un copyright strict, certifie sur l’honneur que la création, la conception et la réalisation de cette image se sont faites sans aucun recours à un système numérique et/ou un procédé automatisé récupérateur d’informations et/ou concepteur par adjonctions extérieures. »
Pour ce qui concerne vos participations à des opérations collectives, exigeons d’inscrire clairement sur l’entrée d’une exposition, dans le hall d’un festival ou sur la page de garde d’un livre, ce projet de texte : « Les auteurs et tous les divers intervenants (commissaires, directeurs artistiques, scénographes, graphistes, éditeurs, etc.) certifient solidairement sur leur honneur que la préparation, la conception et la réalisation de l’ensemble présenté au public (festival, exposition, livre, etc.) se sont déroulées sans aucun recours à des systèmes numériques et/ou automatisés récupérateurs d’informations et/ou concepteurs par adjonctions extérieures ».
Ce n’est pas très compliqué et c’est applicable immédiatement, sans attendre, des décisions officielles qui arrivent après la bataille lorsque le patient est décédé.
Tous vos commentaires et vos précisions pour améliorer ces textes sont attendus.
Si nous n’avons pas le courage d’apposer sur nos œuvres, nos travaux et nos certificats, cet engagement – formel –, alors nous ne sommes plus fondés à entonner nos plaintes de désespérés. Cette démarche d’honnêteté vis-à-vis du public ne peut qu’être approuvée par tous les photographes de notre planète, sans exception logique.
Thierry Maindrault – 10 juillet 2026
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