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La Chronique Livre : Ripples in the Pond de Bharat Sikka

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Publié par Fw:Books, Ripples in the Pond de Bharat Sikka mêle sensibilité documentaire et fable fantastique pour évoquer le quotidien de Makharda, une localité indienne menacée par la pollution industrielle. 

C’est par hasard que Bharat Sikka fut amené à découvrir Makharda, à la lisière de Calcutta. Invité à y réaliser un workshop avec des étudiants, le photographe est captivé par l’esthétique de ce village hors du temps, au caractère presque mélancolique. Ces lieux le ramènent à son enfance passée à regarder la série à succès The Malgudi Days, qui dresse le portrait d’une petite ville de l’Inde rurale.

Mais cette nostalgie laisse bientôt place à un malaise. Véritable havre naturel, Makharda est encerclé par des industries gagnant continuellement du terrain, menaçant le devenir même de ses habitants. Ce qui s’annonçait comme une ode photographique au passé, bercée par la quiétude ambiante, change alors de registre. Sous ses airs d’ancien registre administratif indien — un format qui semble figer le récit dans la douceur du souvenir — l’ouvrage révèle une nature plus critique : la dénonciation de la pression industrielle sur le monde rural.

Préférant éviter une approche documentaire directe, Bharat Sikka décide de puiser dans le registre du fantastique pour créer un récit symbolique autour de la pollution qui érode la commune. Le livre s’inscrit dans une forme de réalisme magique où l’altération du réel permet d’en révéler la vérité profonde.

Dans Ripples in the Pond, l’eau est le personnage principal. À la manière d’Alice plongeant dans le terrier, le lecteur pénètre dans le récit par la silhouette d’un seau d’eau en couverture. Il est accueilli par les nombreux étangs qui parsèment Makharda. Lors de ses propres explorations, le photographe a remarqué sur leur surface un reflet irisé, qui s’est révélé être une tache d’huile. L’eau est la première victime de l’activité usinière. Dans ce récit, elle devient aussi un monstre incarnant une modernité mortifère, s’insinuant entre les images du quotidien pour devenir une menace omniprésente.

Cette atmosphère trouble imprègne les pages du livre, déréglant la paix apparente du village. La beauté de l’anecdote, la nature foisonnante et les visages solennels des habitants sont perturbés par des glitchs numériques qui polluent certains clichés. L’altération de l’image devient alors le miroir de celle du paysage. La photographie ne se contente plus de montrer le désastre, elle le subit organiquement. Mais ces glitchs sont autant pollution que poésie. C’est là toute la subtilité de l’ouvrage qui brouille les frontières entre le beau et le monstrueux comme il le fait entre le fantastique et le réel, transformant la contemplation en une expérience aussi séduisante qu’inquiétante.

Ode au passé autant que fable engagée, Ripples in the Pond puise dans les codes du réalisme magique pour dénoncer avec finesse la menace industrielle qui pèse sur le monde rural indien. Dépassant le portrait contemplatif de Makharda, Bharat Sikka livre une méditation visuelle sur la vulnérabilité de nos paysages face à une modernité vorace.

 

Bharat Sikka — Ripples in the Pond
Publié par Fw:Books
Broché
152 pages
26 x 32,5 cm
Première édition
2025
Disponible en ligne et dans les bonnes librairies 

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