Aperture Magazine réunit, dans son numéro de printemps, des photographes qui contemplent la beauté fragile de la nature et l’évolution constante de sa relation avec l’humanité. Des forêts anciennes de Californie aux côtes mexicaines qui s’amenuisent, de l’île japonaise de Teshima aux oasis tunisiennes, de la forêt sacrée de Nilgiri, en Inde, aux paysages desséchés d’Iran, “The End of Nature?” propose un regard à la fois ample et intime sur la manière dont la nature est entremêlée à nos vies de façons aussi mystérieuses que profondément urgentes.
Le numéro emprunte son titre au manifeste publié en 1989 par Bill McKibben, The End of Nature, premier ouvrage grand public consacré au changement climatique. McKibben soutenait non pas que la nature était en train de disparaître, mais que ses significations étaient en train de changer — que le changement climatique commençait à briser l’illusion collective selon laquelle la nature serait distincte de notre espèce, et à réduire notre faux sentiment de permanence face au monde naturel. Fort de ces idées, ce numéro cherche à visualiser la manière dont les rythmes profonds et anciens du monde ont commencé à se déplacer sous le poids d’un climat que nous avons façonné sans le vouloir.
Le poète Dan Beachy-Quick brosse le portrait de Mitch Epstein, dont les majestueuses photographies des forêts primaires menacées des États-Unis constituent la synthèse de son projet mené depuis des décennies pour documenter le paysage américain transformé. Eva Díaz explore la promesse non tenue de l’image Earthrise de l’astronaute William Anders, photographie qui a éveillé une conscience environnementale tout en demeurant enveloppée de malentendus. Ian Bourland attire notre attention sur les profondeurs obscures du capitalisme extractif, en montrant comment l’histoire de la photographie américaine s’est forgée dans les mines.
Les portfolios d’artistes du numéro relatent des récits venus des premières lignes de la crise climatique, en représentant ses enjeux avec empathie et nuance. Au Mexique, César Rodríguez documente la vie et les pertes dans les villes de pêche inondées du pays, en assumant les fuites de lumière et autres imperfections analogiques. Gayatri Ganju s’immerge auprès du peuple autochtone kurumba du Tamil Nadu, à l’écoute de ses récits sur la forêt ancestrale menacée qu’il appelle son foyer. M’hammed Kilito et Michael Schmelling chroniquent respectivement des utopies révolues au sein des oasis désertiques d’Afrique du Nord et des communautés californiennes radicales du retour à la terre. Rinko Kawauchi saisit de petits instants du paysage japonais et y découvre tout un univers, plein d’attention fervente et de silence, tandis que Lucas Foglia suit les mouvements entremêlés des papillons belles-dames et des migrants à travers l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient.
En couverture figure une image de Hashem Shakeri, photographe basé à Téhéran dont le travail se concentre sur la dégradation de l’environnement et son impact sur les communautés marginalisées en Iran. Sa série en cours The Kahur Does Not Fall Unless the Earth Wills It dépeint la vie quotidienne dans les zones humides du Baloutchistan, frappées par la sécheresse, province appauvrie à cheval sur le Pakistan, l’Afghanistan et l’Iran. Pour Shakeri, le kahur est le témoignage de la beauté qui persiste dans un lieu de grande souffrance — symbole saisissant de « la volonté obstinée de vivre dans les conditions les plus impitoyables ».














