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L’Instant Paris Match : Serguey Ponomarev

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Le photographe russe Sergey Ponomarev expose pour la première fois à Paris à la galerie Iconoclaste. Un accomplissement de ses dernières années de travail sur les zones les plus intenses de l’actualité mondiale.

Je ne sais jamais vraiment où il se trouve. Je le découvre la plupart du temps avec un coup de retard, tel un objet en mouvement auquel on tente d’emboiter le pas. à chaque nouveau déplacement, un message Facebook ou un mail tombe immanquablement : une petite phrase laconique pour accompagner sa dernière production : « Hi Jérôme, please have a look at my story ». C’est ainsi que Sergey me laisse son empreinte depuis les quelques années de notre amitié discrète.

Fin août 2013, Paris Match publiait six pages exceptionnelles réalisées par Sergey sur les attaques chimiques dans le quartier de la Goutha, à Damas. Avant l’attaque, il avait pu se rendre dans une geôle du régime syrien. Sa photo des détenus masqués, de dos, a reçu le POY quelques mois plus tard. A l’époque, actualité oblige, nous ne l’avions pas publiée. Elle est aujourd’hui exposée à la galerie Iconoclaste et j’en suis profondément heureux. Pour moi, cette photo syrienne est née dans les coulisses du Bolchoï, en 2011.

Une séance photo improvisée, un photographe de la rédaction qui a besoin d’un assistant à Moscou au pied levé, une amie qui eu le génie de nous mettre en relation, et l’envie insatiable de Sergey de travailler furent le point de départ. Un an plus tard, cet assistant d’un jour me montrait son travail à la terrasse d’un café parisien. A chaque gorgée de bière, la même question : « Jérôme, quel sujet puis-je apporter à Paris Match ? ».

Nous avons convenu que sa nationalité pouvait être un atout pour travailler en Syrie du côté du régime de Bachar el-Assad. S’il parvenait à obtenir un visa, il y avait peut-être quelque chose à faire. « Jérôme, I have the visa, let’s do a story. » Je n’avais pas entendu parler de lui depuis un an.

Avec Sergey nous voulions parler de Damas, cette ville que nous ne voyions plus depuis le début du conflit. Encore une fois, le rendu fut irréprochable, et c’est ce que nous nous apprêtions à publier lorsque l’attaque chimique eu lieu.

Alors que j’appelais pour avoir de ses nouvelles, Sergey était déjà en mouvement. Il avait négocié un accès avec l’armée syrienne et était déjà sur les lieux de l’attaque. J’ai compris alors que je travaillais avec un futur très grand nom du photojournalisme. Tout, aujourd’hui, me conforte dans cette impression. L’Ukraine, les Philippines, Gaza, l’Azerbaïdjan ou la Syrie. A chaque fois, la zone où il décide de travailler est au cœur des débats. A chaque fois, Sergey vise juste, témoigne fidèlement d’histoires aussi humaines et sincères que lui. Et son talent est implacable. 

A travers le monde, la proximité qu’engendre l’amitié de Sergey est parfois plus forte que celle de certains vivant de l’autre côté de la rue. Ce sont ses amis qui le disent. Pour cette fois, je me permets de le dire aussi.

Par Jérôme Huffer

Le commissaire de l’exposition, Alain Mingam, nous livre également son texte :

Sergey Ponomarev, le talent au quotidien.

Dans une récente interview au «New-York Times», dont il est l’un des plus réguliers contributeurs, Sergey Ponomarev s’est dit, avec réelle modestie, habitué «de la routine de guerre».

Mais le photographe russe ne s’est jamais accoutumé à la violence de la guerre, que pour mieux la dénoncer. C’est toute la force de son caractère, aguerri par 8 années de reportage sur tous les théâtres d’actualité depuis ses débuts professionnels au sein de l’agence «Associated Press».

Toujours incrédule, jamais gobeur de lunes, Sergey a pour seul parti pris d’être au plus près d’une humanité en totale détresse ou en plein combat pour sa survie. Il lutte en permanence contre toute tentative de manipulation, celle d’une propagande érigée en vrai système culturel à Damas comme à Homs, à Kiev ou au Donbass, aussi qualifié par lui de «Zombie-land».

«La guerre en Ukraine dure depuis plus d’un an et les gens ordinaires, rappelle-t-il, ont été transformés en zombies absorbant un flot continu de propagande à toute fin de poursuivre cette guerre, de répandre la haine et de propager les lois criminelles des petits chefs de guerre en nombre croissant».j

Chacun des reportages de Sergey cultive en son opportune réussite le poids des mots et le choc des images -selon l’adage cher à Paris-Match- pour donner encore plus de sens à sa démarche. Thierry Grillet l’écrit ici même : «La guerre est un temps extrême, qui porte les passions humaines à leur paroxysme. L’humanité des individus entre vie et mort, y est grattée jusqu’à l’épure.»

Comme sont dépouillées, spontanément, naturellement, les images de Sergey de tout effet de surenchère esthétique sans aucune complaisance ni connivence masquée avec les pouvoirs en place à Donetz ou à Damas, véritable carrefour de tous les chaos régionaux, qui ont fait plus 200 000 victimes en 3 ans*. Une image vient de lui valoir le troisième prix dans la catégorie « General news » du « World Press photo contest » 2015 : à Gaza, deux frères se soutiennent, ensanglantés et totalement effondrés par la mort de leur père lors d’un bombardement israélien. Ces deux hommes sont au centre d’une composition d’une totale sobriété, qui n’exprime que plus encore le désespoir et le chagrin qui les tenaillent.

Cette posture éthique de Sergey Ponomarev lui interdit tout excès dans l’esthétisation d’une compassion qui se suffit à elle-même.Le photographe n’est pas adepte de l’effet de mode qui sévit dans la profession, pour habiller tout cliché issu du champ documentaire d’un vernis artistique, clé d’entrée dans le monde des musées et galeries, devenu le SAMU d’un photojournalisme malade de ses excès.

Sergey Ponomarev est un photographe remarquable d’instinct. Il n’a nul besoin de remodeler l’évidence de ses cadrages et la densité maîtrisée de ses couleurs, encore moins de les reformater au « Photoshop » d’illusions d’artiste qui doit faire œuvre d’art au cœur des ténèbres de notre planète en ébullition.

Sergey Ponomarev expose ici une très grande leçon de photographie et d’humanité. Pour mieux nous faire voir et entendre ces résonances et menaces, qui traversent les frontières à coups d’éclats de paix et de guerre mêlés.

Alain Mingam, Commissaire d’exposition

 

INFORMATIONS
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L’Œil de la Photographie est partenaire de L’Instant Paris Match.

 

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