Collectif de photo argentique né à Paris en 2019, Argenteurs n’en oublie pas ses racines. Entre pellicules périmées, flashs déportés et gélatines colorées, les trois photographes presque anonymes font voyager leur esthétique inspirée de la mode et du hip hop sur les terres agricoles occitanes. Du 14 au 21 juillet, ils racontent leur vision du sud avec l’exposition South in Paris à la Fisheye Gallery.
Sur votre site, on ne connaît ni le nombre de photographes, ni vos noms. C’est un choix ?
Dimitri Mazin : C’est une question qu’on se pose beaucoup en ce moment : l’incarnation, la personnification. Au départ, on voulait que seul Argenteurs brille. Mais avec l’évolution du monde, la technologie, l’intelligence artificielle, on se rend compte que l’humain est plus que jamais essentiel, précieux. On a besoin de sens, de défauts, de doutes et rien ne les incarne mieux que l’humain. Se montrer un peu plus, dévoiler le processus créatif, c’est quelque chose sur lequel on travaille aujourd’hui.
C’est peut-être l’occasion d’en dire plus sur les visages derrière le collectif ?
Pierre et moi (Dimitri), on vient de la banlieue toulousaine et on se connaît depuis nos 15 ans. On a 26 ans aujourd’hui. Avec Jules, on s’est rencontrés après le bac. Maintenant, on forme un groupe de trois potes. Aucun de nous ne faisait de photo avant. On a découvert ça via des expériences personnelles et professionnelles. Pendant que Pierre était en école d’audiovisuel, Jules et moi on a fait un stage chez Rave Skateboards, où on a eu la chance de poser pour un gars qui shootait à l’argentique. Quand on a vu les images, on s’est dit : “Woh, ça tue.” On a acheté un argentique en brocante et on a commencé à shooter au compact. On a continué, tenté, raté… jusqu’à trouver notre truc. Argenteurs est né pour partager des images, sans ambition particulière. Ns liens avec la musique, le hip-hop, nous ont naturellement amenés à photographier des concerts, événements, clips, portraits. Toujours en argentique, avec ses imperfections et son aspect aléatoire.
Qu’est-ce qui fait l’ADN d’Argenteurs ?
On est un collectif d’artistes, avec une vraie volonté de proposer une vision, une philosophie, de raconter des histoires à travers un prisme singulier. On travaille avec des pellicules périmées, des flashs déportés, des gélatines rouges, vertes, roses… On cherche à expérimenter. La photo argentique, on l’aime parce qu’elle est imparfaite. C’est comme notre reflet.
Vous avez un rapport très organique à la photo ?
“La belle photo”, je ne sais pas ce que ça veut dire. Il y aura toujours des photographes meilleurs ou moins bons que nous, mais on s’en fiche. Ce qui compte, c’est ce qu’on raconte. L’argentique s’y prête parfaitement : il y a du défaut, de l’incertitude, un savoir-faire, un rapport au temps… C’est à l’opposé de la surproduction, de la surutilisation, de la surconsommation. Et on en a besoin, de plus en plus.
Comment travaillez-vous tous les trois ?
On va dans la même direction. On partage des référentiels, une vision artistique. On trouve des manières de croiser nos sensibilités. Bien sûr, il y a des conflits, notamment au moment de choisir les images. Mais comme on est trois, on tranche à la majorité. Et parfois, si l’un d’entre nous tient vraiment à une photo, il peut sortir un joker.
Comment est né South in Paris ?
Quand on a voulu créer un projet qui nous ressemble vraiment, on s’est demandé : “Qui on est ?”, “Qu’est-ce qu’on a envie de raconter ?” Il y avait ce lien très fort à la musique, et surtout au sud. C’est notre élément transverse. Photographier le sud, ça pouvait se faire de mille manières. Nous, on a voulu poser notre esthétique, inspirée par la mode, le hip-hop, sur le monde agricole occitan. Alors on est partis tous les trois sillonner les villages. En rencontrant les gens, on a découvert un monde en souffrance. Ça nous a bouleversés. Le sujet de l’expo, qui devait être très solaire au départ, a changé. Et puis il a fait moche ! Peu de gens le savent, mais ça a tout modifié : on a utilisé beaucoup de flashs colorés, fait beaucoup d’images en intérieur.
Et ce travail a vu le jour à l’automne dernier au Point Éphémère ?
Oui, on voulait un événement où, dans une salle, il y ait le sud en images, et dans l’autre, le sud en musique. Pendant la soirée, plein de gens nous cherchaient sans savoir qui on était. C’était marrant, ce côté un peu mystique. Mais les photos n’ont pu être exposées que pendant deux heures et demi. Comme on tenait à défendre ce projet, on a cherché un nouveau lieu. La Fisheye Gallery a été partante.
Comment s’empare-t-on d’un espace comme la Fisheye Gallery pour présenter ce travail ?
L’idée, c’est de montrer ce projet à notre manière, pas uniquement en exposant des photos. Déjà, il y aura deux sélections d’images : une pour la semaine, une autre pour le week-end. On a aussi prévu une liseuse Super 8 avec un rideau pour s’immerger dans les vidéos tournées avec cette caméra. Une plaque lumineuse avec une loupe permettra de voir certains négatifs. Et surtout, il y aura “le mur des intentions”, super important pour nous. Il présentera des pellicules périmées, l’envers du décor, l’humain derrière tout ça. On a aussi ramené du fromage et du vin des agriculteurs et viticulteurs rencontrés pendant le projet et les visiteurs pourront en goûter tout en regardant les images. Et comme la musique est toujours aussi importante pour nous, il y aura un mix sur vinyle pendant le vernissage. Pour que la musique aussi soit organique.
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