Créée en 2012 par Arno Brignon, Anne Desplantez, Gaël Bonnefon et Lilie Pinot, quatre photographes animés par des valeurs de transmission, l’association Déclic invente en collectif des ateliers, stages et workshops portés par une vision sensible de la photographie.
Comment s’est formé le collectif ?
Arno Brignon : Il est né en 2012 autour de cette question de la médiation. On animait chacun des ateliers en parallèle de nos travaux de création, et on a souhaité en proposer de nouveaux avec des personnes avec qui on s’entendait bien, notamment sur le plan photographique.
Anne Desplantez : On a un vrai attrait pour ces valeurs et ces moments partagés. C’est ce qui nous a rassemblés.
Arno Brignon : Depuis, on mène des ateliers en lien avec des structures de santé, de justice, des écoles… On anime aussi des workshops. Nous sommes quatre à coordonner le collectif, et Matilda Holloway, qui est également très importante, en est la présidente. Parfois, on fait aussi appel à d’autres photographes.
Gaël Bonnefon : Et puis le collectif n’est pas exclusif, autant sur la création que sur les ateliers de médiation. C’est sans doute ce qui nous permet de durer !
Qu’est-ce qui fait la spécificité des ateliers que vous menez ?
Arno Brignon : On a une ligne directrice qui correspond à notre vision de la photographie : explorer l’artistique avant la technique. D’abord, avoir quelque chose à raconter, puis utiliser la technique comme support.
Gaël Bonnefon : Transmettre une compétence technique, c’est mesurable. Mais amener chez les participants un mouvement, sans les bousculer, en changeant doucement leur perception des choses, c’est plus difficile à quantifier. Et c’est justement ce que l’on cherche à faire.
C’est notamment votre façon d’envisager les workshops ?
Arno Brignon : L’idée, c’est de partir ensemble en Ariège, dans une ville qui s’appelle Seix. C’est un lieu où presque tous, nous sommes déjà passés en résidence, notamment dans le cadre de résidences participatives impliquant les habitants.
Anne Desplantez : En journée, chaque groupe part avec un photographe et fonctionne de manière assez autonome. Le soir, on se retrouve tous ensemble pour échanger, partager. C’est à ce moment qu’on se rend compte qu’on est vraiment à la croisée des démarches artistiques et humaines.
Arno Brignon : Il y a une forme de vie commune, des temps partagés, de collectif. Cette notion est omniprésente. En général, le dernier après-midi est consacré à la restitution de chaque groupe. Il y a une vraie curiosité, une attente de voir ce que les autres ont produit.
Quels profils de photographes participent à vos workshops ?
Arno Brignon : Il y a 4 à 5 personnes par groupe. Et l’envie, c’est que ce soit accessible à tous. On essaie de désamorcer la question du niveau technique. On voit bien que certains sont très à l’aise avec la technique mais doivent encore travailler la question du sens, de la construction d’une série. À l’inverse, d’autres n’ont pas forcément de compétences techniques mais ont immédiatement quelque chose à raconter.
Qu’est-ce que ces ateliers vous apportent dans votre propre pratique ?
Gaël Bonnefon : Pour moi, c’est un bol d’air. Ça permet de ne pas être constamment absorbé par sa propre création. Aller vers la transmission, c’est très nourrissant.
Arno Brignon : Les workshops sont conçus en lien avec nos axes de création. On partage nos questionnements, nos hésitations, nos directions… C’est aussi un prolongement de nos travaux.
Ces temps de médiation apportent aussi une forme de stabilité dans votre organisation professionnelle ?
Arno Brignon : Nos métiers sont très fragiles. Certaines années, on a beaucoup de résidences, de travail, et d’autres quasiment rien. Avec Déclic, on est attentifs aux charges de travail de chacun. On se dit par exemple : « Cette année, ce serait bien qu’untel fasse un peu plus d’ateliers. » On essaie de rééquilibrer comme ça. Cela permet d’avoir un socle plus stable.
Anne Desplantez : Être quatre, ça permet aussi de se relayer facilement si jamais l’un d’entre nous ne peut plus assurer un atelier. C’est ce qui rend les choses assez confortables.
Vous concevez tous vos ateliers en collectif ?
Gaël Bonnefon : Oui, on aime prendre le temps de les imaginer ensemble chaque année.
Arno Brignon : Ceux qui s’inscrivent dans un cursus d’ateliers rencontrent souvent plusieurs d’entre nous au fil de l’année. Cette complémentarité crée quelque chose de fort. C’est une vraie richesse.
Anne Desplantez : D’ailleurs, quand ils s’inscrivent, ils ne savent pas avec qui ils vont faire l’atelier !
Cette notion de collectif est aussi inscrite dans le festival que vous co-organisez.
Anne Desplantez : Dans le village de Seix où se déroulent les workshops, on organise aussi le LUM Festival, avec d’autres structures comme le collectif Trigone ou l’association Autre Direction. Il y a des expositions mais aussi de nombreux ateliers de médiation, une sorte de kermesse de la photo, des concerts… Ça se passe chaque année à l’Ascension. Les photographes exposés sont tous sensibles à la notion de collectif et travaillent la question de la confluence.
Comment se dessine l’avenir ?
Arno Brignon : Il y a de grosses coupes budgétaires à Toulouse, notamment sur l’éducation à l’image. Nous, on fonctionne sans subvention de fonctionnement, donc ça nous préserve un peu. Mais c’est évidemment une inquiétude pour l’avenir. On aimerait pouvoir maintenir cet équilibre entre ateliers et création, et surtout continuer à proposer des actions auprès de publics qui n’ont pas les moyens de se payer un stage.
Arno Brignon : Cette année, on travaille sur un projet avec la Ville de Toulouse, jumelée avec Bologne, en Italie, qui nous a sollicités. On essaie de voir ce qu’on peut imaginer ensemble !
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