Galerie d’exposition, outil de production, espace de transmission, le collectif Item est une structure fondée en 2001 sur des valeurs de partage, de solidarité et d’engagement. Alors qu’une campagne d’appel à dons vient rappeler la fragilité des modèles indépendants, Bertrand Gaudillère et Hugo Ribes reviennent sur le parcours et les combats du collectif.
Vous êtes actuellement dans la Galerie Item, qu’est-ce qu’il s’y passe en ce moment ?
Bertrand : On est entre deux expositions : Faire Face de Camille Gharbi, terminée en avril et le vernissage de Ejo, Rwanda entre hier et demain de Paloma Laudet, le 15 mai prochain. Pour le choix des expositions, on fonctionne toujours en équipe. Moi, je m’occupe notamment des événements et de la curation avec Yannick Bailly. Je fais un premier edit avec le photographe et ça passe entre les mains de Yannick qui vérifie si l’histoire fonctionne d’un point de vue scénographique. C’est vraiment un allié de la première heure. Il est scénographe et graphiste.
Item est né en 2001. Que reste-t-il des débuts ?
Bertrand : On n’est plus très nombreux ! Je suis le seul photographe de l’origine. Yannick Bailly et Romain Etienne étaient déjà là, mais pas comme photographes. Romain nous a beaucoup aidés à nous structurer en tant qu’association, avant de devenir photographe au sein du collectif. C’était une époque différente, avec un champ des possibles plus ouvert. On a longtemps hésité entre s’installer à Lyon ou à Paris. Finalement, on a fait le choix de rester à Lyon et d’y être correspondant pour des titres nationaux. On n’a pas forcément mesuré les enjeux sur la durée, mais c’était un vrai choix.
Quelles étaient les envies à ce moment-là ?
Bertrand : Quand tu te réunis, tu es forcément plus fort : pour le carnet d’adresses, pour avoir un site internet, etc. C’était aussi une manière de répondre à la question : comment mettre en adéquation une vision sociale et politique de citoyen dans un espace professionnel ? Notamment sur la question de la solidarité : se donner un espace de structuration, d’émulation, d’échange, mais aussi de partage. Très vite, on a partagé le volume de travail en nous répartissant les commandes. Je ne sais pas si ce serait encore possible aujourd’hui. On continue de défendre ces mêmes valeurs, mais d’une autre manière. On s’est professionnalisé sur le plan organisationnel et structurel.
Comment le collectif est-il organisé ?
Bertrand : Il y a toujours eu une forme de direction, avec des grands axes définis, puis une mise en œuvre assurée par deux personnes. Aujourd’hui, ce sont Hugo et Laureen Quincy qui ont pris la relève. Ça permet de renouveler, d’amener une vision différente, un second souffle.
Hugo : Je suis directeur, mais c’est un rôle officieux. On est sorti du modèle purement horizontal en 2016 parce qu’on perdait trop de temps sur des choses peu importantes. C’était plus efficace d’avoir une direction pour mettre en œuvre. Par contre, on organise un séminaire annuel de quatre jours où toutes les grandes orientations sont décidées ensemble.
Le collectif est en constante évolution ?
Hugo : Je suis arrivé dans le collectif en 2012, à une période de grands changements. Il y avait un ADN très fort, une dimension politique, un engagement clair. Une éthique très affirmée, transmise aux nouvelles générations. Sur la dimension artistique, ça continue d’évoluer. Forcément, quand on accueille de nouveaux photographes, ça fait bouger les choses. Morgan Fache, par exemple, a fait partie du collectif pendant quelques années. Il a amené des démarches de résidences de territoire et ça a fait des petits. Ça a fait émerger de nouvelles pratiques. On a particulièrement développé le volet expositions à partir de 2010 en réfléchissant notamment à la question de la scénographie. On s’est aussi affranchi du formatage du photojournalisme. On parle plutôt de documentaire, de pratiques plus contemporaines.
Quelle énergie prend la gestion d’un collectif ?
Bertrand : Un collectif, c’est un cercle vertueux. Sur les plans artistique, humain et financier, il nourrit les photographes et les photographes nourrissent le collectif. Mais il faut entretenir ça en permanence. Concrètement, sans Hugo et Laureen, le collectif ne fonctionnerait pas actuellement. Mon rôle est plutôt orienté sur la galerie, l’événementiel, et Yannick sur la communication et la scénographie.
Hugo : On fait partie de ceux qui donnent beaucoup de temps. Mais il y a aussi des photographes en charge de la communication, des réseaux, d’autres assignés à des projets spécifiques.
Quelles sont les missions du collectif ?
Hugo : Pour être synthétique, il y a la production : chaque photographe a ses sujets de recherche et on développe aussi des projets collectifs. Notre mission est d’accompagner au mieux les photographes dans ces projets. Il y a la diffusion via un catalogue d’environ 50 expositions qui tournent dans la région, mais aussi ailleurs en France. Il y a la gestion de La galerie Item : un lieu fixe qui affiche sa présence à Lyon en tant qu’acteur majeur de la photographie. Et il y a la transmission, l’éducation à l’image par des ateliers avec des scolaires notamment.
Bertrand : Dans cette transmission, on a également mis en place un programme de mentorat : cette année, sept photographes sont accompagnés. Ce sont des personnes avec un projet, qu’on suit pendant un an, avec pour finalité une production exposée à la galerie. On a la volonté d’être dans la transmission, mais aussi dans l’accessibilité : par les expositions, les ateliers, la médiation… Mais aussi par la vente de tirages qu’on organise avant Noël, avec des prix trois à quatre fois moins élevés que le reste de l’année. L’idée est de rendre accessible l’achat d’images. Et beaucoup de photographes jouent le jeu.
Une manière parmi d’autres d’ouvrir la photographie au plus grand nombre ?
Bertrand : On cherche aussi à rendre visible la porosité entre différentes pratiques culturelles. À chaque événement, on organise un à deux temps d’ouverture à d’autres publics que ceux de la photographie. Par exemple, pour l’exposition de Camille Garbhi, on a organisé un atelier d’écriture en non-mixité, une table ronde avec la Maison des femmes, une avocate spécialisée sur les violences sexistes et sexuelles et une représentante du collectif Nous Toutes. Ça permet de prendre conscience que la photographie est une écriture qui s’empare des problématiques de l’époque. Les traiter, les mettre en débat avec d’autres, c’est nécessaire.
Vous mentionnez également sur votre site une volonté de “réaffirmer les bonnes pratiques (budget de production, rémunération des artistes, respect de la parité dans la programmation)”.
Bertrand : Les bonnes pratiques, c’est ne pas se limiter aux discours, mais les appliquer. C’est s’inscrire dans cette dynamique, refuser de faire reposer la charge de travail sur des stagiaires, rémunérer correctement nos salariés. Si on est subventionné pour montrer des expositions, il est aussi normal de payer les artistes. Ici, ils sont payés 800 €, c’est un peu au-dessus des préconisations du ministère de la Culture. Et puis on fait en sorte que tous nos partenaires soient français. On imprime en France. On travaille ensemble et eux-mêmes défendent les mêmes valeurs.
Hugo : Sur la parité, c’est une problématique du collectif : il y a plus d’hommes que de femmes. On sait qu’on ne peut pas doubler de taille, donc c’est compliqué d’atteindre l’équilibre. Par contre, à la galerie, on veut que 50 % des artistes exposés soient des femmes. En 2024, on est plutôt à 70 %. Là où on peut agir, on agit.
Bertrand : En résumé, c’est appliquer à notre structure ce qu’on aimerait voir appliqué ailleurs. C’est être exigeant.
Hugo : Les bonnes pratiques, c’est ce qui nous rassemble, mais aussi ce qui nous porte parfois préjudice. Je me souviens d’une proposition pour Arles : non seulement on n’était pas payé, mais en plus il fallait payer. Ça nous paraît complètement ubuesque. On refuse de participer à des concours où il faut payer des droits d’entrée.
Bertrand : Aujourd’hui, on est dans un milieu très concurrentiel, où la visibilité est valorisée. Et ça permet de tout justifier. On n’est pas d’accord avec ça.
Hugo : Le mentorat sert à ça aussi. S’il y a des jeunes générations, autant les accompagner plutôt que de passer son temps à les critiquer.
Il y a quelques semaines, vous avez lancé une campagne d’appel à dons nommée “Collectif en péril”. Dans quel contexte avez-vous fait ce choix ?
Bertrand : Pour des raisons de baisse d’activité, de flou budgétaire concernant les subventions… On est dans une période très incertaine et il devenait urgent de trouver des solutions.
Hugo : On sait qu’on a un public fidèle. Certains nous suivent depuis 20 ans, ils viennent à toutes les expositions. On sent une vraie communauté qui soutient nos activités. Ça nous conforte dans l’idée qu’il est intéressant de faire avec le public, d’être dans l’échange avec lui. On tenait à être soutenu par une masse critique de personnes et ill y a eu 200 donateurs. Ça a du poids. C’est une réussite financière, mais aussi morale : on a reçu plein de messages de soutien. Ça fait du bien, ça montre que notre travail est utile.
Bertrand : C’est important pour nous rendre compte qu’on est toujours en phase, qu’on n’est pas déconnecté.
Ça permet de respirer et d’envisager l’avenir ?
Hugo : Pour moi, la photo, c’est un sport de combat. Le combat est là depuis le début, et il continue. Mais on sait faire, on sait se battre. J’aimerais pouvoir dire qu’on a trois ans de visibilité devant nous, mais ce n’est pas le cas. Là, on sait qu’on peut finir l’année sereinement, et préparer l’année prochaine. Ça nous permet aussi d’avoir une assise face à nos financeurs, de montrer qu’on a su rebondir.
Bertrand : Il va falloir prendre des décisions sur les activités à maintenir ou non mais l’idée c’est de continuer à mettre en place des projets et à en inventer d’autres.
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