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« Les fashionistas hors des sentiers battus ! » : Un entretien avec Sonia Reveyaz

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Tout un univers prend vie avant, pendant et après les défilés de mode. Armée de son appareil photo et de son flash, Sonia Reveyaz photographie le public de la mode. La photographe de 27 ans a récemment présenté son travail au Point Éphémère, où elle a exposé des clichés réalisés lors des défilés de mode parisiens. À l’image de certaines des tenues qu’elle immortalise, ses photographies sont colorées et extravagantes.

Et ce sont précisément ces personnages que Sonia Reveyaz observe avec tant d’attention, toujours à la recherche du détail qui la poussera à appuyer sur le déclencheur. Nous avons rencontré cette photographe dynamique dont le travail se situe à la croisée de l’observation artistique et sociologique.

Comment se sont passées les Fashion Week que tu as photographié ?

J’ai assisté aux Semaines de la mode à Paris cette année. Dès que j’ai reçu le programme, j’ai sélectionné les défilés qui m’intéressaient le plus. Je ne vais pas aux défilés de Chanel, Dior ou Louis Vuitton. Il y a trop de monde et les mesures de sécurité sont trop strictes. Je préfère me concentrer sur les créateurs émergents. L’ambiance y est très conviviale et les gens sont généralement ravis de poser. Je suis particulièrement attirée par les marques colorées et créatives.

Qu’est-ce qui te pousse à déclencher ?

C’est ce qui se passe en face de moi. L’instant. C’est le panache, l’aura de la personne qui se trouve en face. Si elle capte mon regard. Dès que le style est un peu extravagant, opulent, ça attire tout de suite mon regard.

Dans ton travail, tu utilises constamment le flash. Pourquoi ?

Il n’y a pas une seule photo sans flash. J’associe fortement le flash à la photographie de mode. Il fait ressortir les couleurs, les traits du visage, les détails et les textures. C’est extrêmement important pour moi. Cela fait vraiment partie de mon identité artistique. J’aime ce qui est visible, ce qui est esthétique, brillant et coloré. Je suis également attiré par ces milieux plus ou moins huppés. Ce sont des univers qui m’attirent et qui ne sont pas toujours photographiés. J’aime m’immerger dans ces milieux et montrer ce qui s’y passe.

Est-ce que tu te sens à l’aise dans ces milieux ?

Oui, car je suis là en tant que photographe et cela est généralement apprécié. Dans ces milieux, les gens aiment généralement être pris en photo. Je n’explique pas toujours ma démarche, car j’ai tendance à me concentrer sur les détails et les situations. Au début, je photographiais les courses hippiques, un univers que je ne connaissais absolument pas. Je me souviens des femmes qui s’habillaient avec de grands chapeaux pour l’occasion. Je trouvais ça fascinant. Au début, il y a toujours un peu de tension symbolique, mais avec le temps, je m’y habitue et je me fonds dans le décor. Dans ces milieux, les gens ont l’habitude d’être photographiés. Dans les milieux plus populaires, c’est plus compliqué. Les gens sont moins habitués à être photographiés. C’est intéressant d’observer cette différence selon le milieu social.

Existe-t-il une sociologie de l’image ?

Une photographie est un document d’archives. Pour moi, il est très important de capturer un instant précis et de penser qu’il pourra être analysé des années plus tard. La Fashion Week est en constante évolution. Chaque édition compte environ soixante défilés. Elle reflète la surconsommation et la quête incessante du look parfait. C’est un univers régi par l’image et le marketing.

Tu fais beaucoup référence à la notion de classe sociale. Comment est-ce que cela s’illustre dans ton travail ?

Chaque fois que j’assiste à un événement, j’essaie de repérer le détail qui trahit un milieu social particulier. Lorsque je photographiais des marchés dans le sud de la France, j’ai remarqué que de nombreux hommes portaient des casquettes et des lunettes de soleil. J’ai créé une série axée sur ces accessoires. Aux courses hippiques, j’ai vu que de nombreux hommes portaient des cravates ornées de petits chevaux. À chaque fois, j’essaie de saisir ces détails récurrents. Ils en disent long sur l’événement lui-même. J’essaie également de capturer les attitudes et, parfois, de prendre du recul par rapport aux détails pour photographier l’atmosphère générale. La société et les classes sociales peuvent être observées à travers les objets, les détails et le langage corporel.

Tu photographies des passionnés de mode mais toi, quel est ton style vestimentaire ?
Je porte principalement des vêtements d’occasion. J’aime faire les friperies, c’est un peu comme un jeu. Les tissus sont souvent de meilleure qualité et ces vêtements peuvent se garder pendant de nombreuses années. À l’occasion du vernissage de l’exposition, un défilé de mode a également été organisé, mettant en scène une trentaine de mannequins vêtus de tenues d’occasion.

Interview Laurine Varnier

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