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Stéphane Louis

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Les Hypogées

Hartmannswillerkopf, Buchenkopf, Sudelkopf pour les uns, Vieil Armand, Tête des Faux ou Sudel pour les autres, autant de toponymes méconnus du grand public sinon par une poignée de spécialistes, d’amateurs ou d’habitants avoisinants.
Nous nous situons sur le théâtre tragique du premier conflit mondial, sur le massif vosgien que j’ai arpenté plusieurs années durant, équipé de mon matériel photographique, de lampes torches et d’un compagnon spéléologue.
Nous nous sommes aventurés dans les interstices praticables rencontrés sur notre chemin lors de nos nombreuses sorties, à la recherche de passages entre les décombres de galeries partiellement éboulées. De l’exploration souterraine de ces entrailles de la Grande Guerre, j’ai souhaité construire un récit et m’approprier ces ruines au travers un prisme esthétique et mémoriel, et réaliser une série de photographies dans le silence et les ténèbres absolus, cherchant à révéler des espaces insondables de prime abord tout en veillant à laisser la part belle à l’interprétation et à l’imaginaire.
Hypogée (n. m.) : il s’agit d’une construction souterraine au sens large ; en archéologie, il renvoie aux sépultures souterraines.
La vie a déserté depuis fort longtemps ces sanctuaires méconnus, leur conférant une atmosphère nimbée d’une inquiétante sérénité. La plupart des vestiges, forteresses construites aux prémices du conflit, évoquent un effacement progressif de la mémoire, des tensions conflictuelles entre l’Homme et la Nature. Les destinées de ces dernières, de la nature et de l’architecture en tant qu’intervention humaine, se rejoignent alors dans une représentation caractérisée par une unité plastique certaine : la ruine. Ainsi l’érosion, la corrosion, l’oxydation, l’enfouissement, le passage du temps en somme, conduit cette architecture à sa disparition, à sa lente et progressive sédimentation, et ce, jusqu’à l’oubli.

Notes
Se sont invités dans Les Hypogées, les fantômes d’Edward Grieg (Peer Gynt et le roi de la montagne), Julien Gracq (Un Balcon en forêt, la Presqu’île), Richard Wagner (les Nibelungen), J. R. R. Tolkien (La Moria et le royaume des Nains), entre autres sources d’inspiration.
La série a été réalisée grâce à la technique dite du “lightpainting”, à l’aide de deux sources lumineuses indépendantes, sans l’usage d’aucune sorte de l’IA.
Enfin, les réflexions sur les ruines et la mémoire ont été partiellement inspirées par l’article de M. Bouchier dans la revue Frontières, vol. 28, 2016, Ruines urbaines : mémoire, explorations, représentations.

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