« La photographie est-elle un miroir ou une fenêtre ? Je crois qu’elle est les deux ». Daido Moriyama, 2012
La Fondation Henri Cartier-Bresson présente l’exposition Daido Moriyama : Lettres d’amour à la photographie.
Pour Daido Moriyama, la photographie est vivante, bien vivante. Depuis le début des années 1960, c’est-à-dire depuis qu’il a commencé à entretenir avec cette forme sensible d’enregistrement du monde une relation quotidienne quasi-existentielle, il ne cesse de s’adresser à elle sous la forme de projets, d’images ou de textes qui ont, à chaque fois, valeur de déclarations. En 1972, son livre Shasin yo sayonara [Adieu photographie] déconstruit les règles admises des bonnes pratiques photographiques.
À la même époque, il publie régulièrement dans la presse spécialisée japonaise (Asahi Camera, Provoke, Shashin Jidai, etc.) des essais photographiques qui sont autant de manifestes. Il multiplie également les pèlerinages photographiques dans les pas du tout premier photographe, le français Nicéphore Niépce. Nombre de ses images, prises au jour le jour, constituent par ailleurs des formes de mises en abyme du médium. Elles lui tendent un miroir. L’exposition de la Fondation Henri Cartier-Bresson n’est pas une rétrospective traditionnelle avec son enchaînement de chefs-d’œuvre organisés chronologiquement. Elle repose sur un parti pris curatorial marqué, en proposant de suivre le fil rouge de l’obsession de Moriyama pour la photographie elle-même.
L’exposition Lettres d’amour à la photographie est composée de 60 tirages accompagnés de documents et de publications, principalement issus des archives de la Fondation Moriyama, et se déploie en 4 sections.
À la fin de l’année 1972, Daido Moriyama publie un livre absolument radical intitulé Shasin yo sayonara [Adie u photographie]. L’ouvrage est une sorte de « pied de nez » ou de « déclaration de guerre » à l’establishment photographique. En proposant des images volontairement floues, sombres, décadrées, avec du grain et des sujets non immédiatement reconnaissables, il remet en cause tout ce qui constitue alors les usages de la « bonne photographie ». C’est là, pour lui, une forme de libération de la tradition. Mais après cette table rase, il faut réapprendre à photographier. Moriyama redécouvre alors la photographie à travers une série d’explorations des capacités propres au médium : le cadrage, la reproductibilité, la valeur documentaire, etc. La forme imprimée de l’image photographique, à travers le livre, ou le magazine, est très importante pour Moriyama. Chacune de ses publications est un manifeste.
L’exposition Lettres d’amour à la photographie est composée de 60 tirages accompagnés de documents et de publications, principalement issus des archives de la Fondation Moriyama, et se déploie en 4 sections.
Daido Moriyama
Né en 1938 dans la préfecture d’Osaka au Japon, Daido Moriyama vit et travaille à Tokyo. Graphiste de formation, il se tourne vers la photographie et devient l’assistant d’Eikoh Hosoe, fondateur de l’agence Vivo, avant de se lancer comme photographe indépendant en 1964.
Il publie diverses séries dans des magazines tels que Camera Mainichi, où il documente les transformations rapides de la société japonaise. Ce travail lui vaut de recevoir le New Artist Award de la Japan Photo Critics Society en 1967.
Moriyama s’impose rapidement par une approche radicale du médium photographique et une esthétique singulière, reconnaissable à ses images en noir et blanc, floues et granuleuses, notamment développée au sein de la revue Provoke. Plutôt que de documenter le monde de manière objective, il cherche à en saisir les vibrations, les détails invisibles et les fragments de vie. Son appareil devient un prolongement de son regard, guidé par l’instinct et la curiosité. Cette quête viscérale se manifeste notamment dans Adieu photographie (1972), œuvre manifeste qui déconstruit les codes traditionnels de l’image.
Après une profonde crise personnelle et artistique, Moriyama renoue avec la photographie au début des années 1980.
Il poursuit alors son exploration de l’identité, de la mémoire, de l’histoire et de l’essence même de l’image, tout en retrouvant un intérêt marqué pour la photographie de rue. Il arpente les rues de Tokyo, New York ou Paris dans un état qu’il qualifie de « transe photographique ».
Son travail a été récompensé par plusieurs distinctions majeures, parmi lesquelles le Lifetime Achievement Award de l’International Center of Photography (2012), l’Ordre des Arts et des Lettres du ministère de la Culture français (2018) et le Prix de la Fondation Hasselblad (2019).
Commissaire de l’exposition
Clément Chéroux
Conseiller scientifique
Jean-Kenta Gauthier
Exposition
Daido Moriyama : Lettres d’amour à la photographie
Jusqu’au 4 octobre 2026
Fondation Henri Cartier-Bresson
79 Rue des Archives
75003 Paris, France
www.henricartierbresson.org
Publication
Ce volume prolonge l’exposition Daido Moriyama – Lettres d’amour à la photographie en donnant accès, pour la toute première fois en français, à une sélection de vingt-deux textes du photographe. Écrits au fil des décennies, ces essais, fragments et prises de position éclairent de l’intérieur sa pratique et sa réflexion sur le médium. Ils révèlent une pensée libre, directe et souvent radicale, qui accompagne et prolonge son œuvre photographique.
Daido Moriyama : Lettres d’amour à la photographie
Éditeurs : Éditions Delpire et Fondation Henri Cartier-Bresson Sous la direction de Clément Chéroux
Conseil scientifique de Jean-Kenta Gauthier
Textes de Daido Moriyama, Clément Chéroux et Jean-Kenta Gauthier
Version française
Relié
17 x 24 cm
256 pages
100 photographies couleur et noir & blanc Mai 2026ISBN : 979-10-95821-86-1
42 €
www.delpireandco.com














