Corps Raccords est le premier livre de la photographe Sarah Salazar, édité par Noélie Bernard. Il met en dialogue sa série éponyme avec des textes de l’autrice et poétesse Kiyémis. La photographe le présenter avec ses mots :
« La série rassemble une quarantaine de photographies d’un même duo, réalisées sur six ans. Avec humour et dans un geste chorégraphique, les poses, toujours en tension, rendent visibles les forces à l’œuvre dans la relation et les traces que les corps laissent l’un sur l’autre. Transformations progressives, déplacements d’équilibre, ajustements mutuels, reconfigurations permanentes, elle donne aussi à voir l’action du temps dans ces processus. Ces images font de l’intimité et de la relation un espace de protocole, un lieu où les corps, chair vivante et surface d’inscription de l’autre, négocient et expérimentent : un terrain de jeu et d’invention de soi, ce que Paul B. Preciado nomme « un laboratoire de soi ».
Leurs corps se connaissent, se souviennent, anticipent. Ils ont appris le poids de l’autre, sa fatigue, ses résistances, ses abandons. Chaque image est une tentative de rapprochement, une manière de tenir ensemble sans se perdre. Les corps deviennent matière, toiles. Ils se plient, se compressent, s’imbriquent jusqu’à brouiller les frontières individuelles. La peau touche, soutient, glisse.
Il n’y a plus vraiment deux corps, mais une forme mouvante, instable, traversée par l’effort et la confiance. La danse habite ces images.
Une danse lente, silencieuse, faite de portés précaires et de chutes contenues. Le mouvement n’est jamais spectaculaire : il est retenu, intérieur, chargé d’une tension sourde. Chaque geste engage l’autre, chaque déséquilibre devient un langage. La douleur est présente, discrète.
Elle affleure dans les muscles tendus, dans les postures inconfortables, dans l’attente. Elle n’est pas montrée, mais ressentie. Elle parle de ce que coûte le lien, de ce qu’il exige. Corps Raccords interroge les traces laissées par les relations : celles que l’on porte dans le corps, même lorsque l’autre s’ éloigne ou disparaît. Les souvenirs s’inscrivent dans la chair, modèlent les gestes, hantent les silences.
L’image reste ouverte. Le regard du spectateur vient s’y déposer, prolonger le mouvement, habiter l’espace entre les corps. La photographie n’existe pleinement que dans cette rencontre, là où les corps photographiés et ceux qui regardent se rejoignent, à l’unisson.
Dans un entremêlement images et textes, les mots de Kiyémis s’articulent autour de deux axes : la captation de la tendresse comme moment éphémère, et la dimension politique de nos intimités ».
Extrait du poème de Kiyémis, Capturer la tendresse.
« En ces temps de durcissement idéologique, il n’est pas bon d’appeler à la tendresse.
Le monde a tendance à appeler les personnes au grand coeur :
des naïfs, au pire, d’horribles bisounours. Les cyniques ont le vent en poupe,
et il est de plus en plus difficile de les faire sortir de leurs idées fausses. Dans un tel contexte, les appels à la douceur,
à l’amour ne rencontrent souvent que des soupirs désabusés au mieux, ou un fatalisme qui masque des déceptions passées.
Alors que nos yeux sont peuplés de cauchemars vécus en direct, croire à une déviation tendre, c’est prendre des risques.
Le risque d’être dévoré, dépecé, brisé par plus grand que soi.
Être tendre, c’est être courageux.
C’est attraper sa peur, la capturer, apprivoiser ses propres tremblements, les menaces probables et s’autoriser à s’attendrir.
SOYONS COURAGEUX, ET RESTONS TENDRES.
Sarah Salazar – CorpsRaccords
Un livre de la photographe Sarah Salazar avec des textes de Kiyémis
Direction éditoriale: Noélie Bernard
48 pages, relié
Imprimé en risographie 4 couleurs par Charline Gautier au Sample, Bagnolet
Lancement le 10 juin à la Librairie Le Monte en L’air, Paris 20e, 19h
corpsraccords.com














