Les Nuits Ouvertes
» Glisser sous la peau des nuits. Suivre les traces, les pistes, les signes. Aiguiser ses sens. Faire appel à d’autres yeux que les miens. Poser ces boîtes magiques. Des caméras sensibles aux mouvements, à la chaleur, aux vibrations. Saisons après saisons, se relier aux espaces et aux êtres de la nuit. La nuit comme symbole. De l’obscur, de l’inconscient, de la mort. La nuit comme lieu de l’indéterminé. Là où disparaît le rationnel, l’analytique, le dicible.
Des Nuits « Ouvertes ». Vers l’autre, vers l’altérité, parfois radicale. Comme une invitation à s’enraciner dans une dimension plus large, plus vaste. À sortir de la binarité « visible / invisible » , « humain / non-humain », « vivants / morts » (…). À élargir nos horizons. À embrasser nos conditions d’interdépendances. Saisir ce qui nous unit profondément et mystérieusement. Dans une posture écoféministe, rejeter la suprématie de l’espèce humaine pour épouser des philosophies qui considèrent ce qu’on appelle « Nature », non pas comme des formes séparées les unes des autres, mais plutôt comme une circulation de relations.
Le travail des images est pensé comme un envoûtement. Une incantation pour « transformer la menace de disparition en promesse de métamorphose »*. Chercher les couleurs du sol. L’or, l’argent, les verts oxydés, les ocres, les sanguines, les argiles, les cuivres. L’érosion, l’altération, les substrats. Comme fragments des forces qui nous unissent.
Des nuits ouvertes, où l’on peut s’autoriser toutes les danses.
(*) Sandrine Bourguignon, «Et d’une vie toute animale»
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