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Le Questionnaire : Philippe Lopparelli par Carole Schmitz

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Philippe Lopparelli – Limage comme contrechamp du réel.

Il photographie les marges avec une attention presque liturgique. Depuis plus de trente ans, Philippe Lopparelli construit une œuvre rigoureuse, à la fois introspective et politique, qui ne cesse d’interroger ce qui s’efface : les lieux, les rites, les hommes et leurs territoires. Formé aux Beaux-Arts et membre du collectif Tendance Floue depuis 1996, il appartient à cette génération de photographes pour qui l’image est moins un enregistrement qu’une forme d’écriture fragmentaire — une manière de dire le monde sans jamais le résumer.

Son premier grand chantier, Paysages Éphémères (1990), capte le fracas silencieux du démantèlement de la sidérurgie lorraine, non pas en spectateur nostalgique, mais en arpenteur de ruines, témoin du passage d’un monde à un autre. Il y pose déjà les fondations d’un langage visuel singulier : noir et blanc dense, grain assumé, structures fantomatiques. Ce sont les vestiges qui parlent, les interstices du visible, les présences absentes.

De série en série, il explore ces zones périphériques, tant géographiques que mentales : les coulisses du cirque traditionnel (Quel Cirque ?), l’univers carcéral des zoos (Garde à vue), les rituels vibrants des musiques électroniques (Electrotopia), ou encore les paysages extrêmes — Islande, Antarctique, Terres Australes — où l’homme semble s’effacer pour mieux renaître. Chez lui, la photographie est un seuil, un outil de bascule, un théâtre de tensions entre la mémoire et l’effondrement, entre le documentaire et l’onirisme.

Son regard n’est jamais frontal : il dérive, creuse, résiste à la surface. Il ne capture pas : il écoute. Philippe Lopparelli photographie comme on écrit un poème ou comme on rêve un film. Il extrait de la réalité ses zones d’ombre, ses silences, ses éclats suspendus. À contre-courant de la saturation visuelle contemporaine, il parie sur la lenteur, sur l’épure, sur la résonance intérieure.

Avec DArthur à Zanzibar, dernier opus en forme d’hommage à Rimbaud, il poursuit cette traversée du sensible, entre errance géographique et introspection littéraire. L’ouvrage, loin d’être une biographie visuelle, est une dérive mentale, une suite d’échos entre les territoires traversés par le poète et ceux habités par le photographe.

Rencontrer Philippe Lopparelli, c’est donc rencontrer une pensée photographique exigeante, guidée par l’intuition, la durée, et une forme rare d’humilité face au monde. C’est accepter que l’image ne soit pas là pour nous rassurer, mais pour nous déplacer.

 

Instagram : @lopparelli_
News : « D’Arthur à Zanzibar » aux Editions Images Plurielles.

 

Votre premier déclic photographique ?
Philippe Lopparelli : En 1986, la carrière de calcaire de mon village en Lorraine.

L’homme ou la femme d’image qui vous inspire ?
P.L. : Ralph Eugene Meatyard.

L’image que vous auriez aimé réaliser ?
P.L. : Celle d’un Albatros en vol.

Celle qui vous a le plus ému ?
P.L. : Une photographie de Stanley Greene, durant la guerre de Tchéchénie du cadavre d’une femme abattue par les russes et de son chat qui la veille.

Celle qui vous a mis en colère ?
P.L. : La photo du gorille “crucifié“ de Brent Stirton, cette colère est uniquement dirigée contre les braconniers, qui ont tué l’animal et non les protagonistes de la photo que sont le photographe ou les hommes qui le transporte pour lui rendre un dernier hommage.

Une image clé de votre panthéon personnel ?
P.L. : Un train dans les Carpates.

Un souvenir photographique de votre enfance ?
P.L. : Une photo de moi, emmitouflé pour l’hiver, portant une tirelire en forme d’ours blanc.

Limage qui vous obsède ?
P.L. : Une peinture de Goya, Saturne dévorant un de ses fils.

Celle qui a changé le monde ?
P.L. : Blue marble, première photographie de la terre en 1972, prise durant la Mission Apollo 17.

Celle qui a changé votre monde ?
P.L. : Une photo en noir et blanc de Ralph Eugene Meatyard prise en 1961, d’un enfant qui crie dans l’entrebaillement d’une porte.

Sans limite de budget, quelle serait l’œuvre que vous rêveriez d’acquérir ?
P.L. : La porte de l’enfer d’Auguste Rodin.

Selon vous, quelle est la qualité nécessaire pour être un bon photographe ?
P.L. : La curiosité.

Le secret de l’image parfaite, s’il existe ?
P.L. : Qu’elle garde une part de magie.

La personne que vous aimeriez photographier ?
P.L. : Personne.

Celle par qui vous aimeriez être photographiée ?
P.L. : Personne.

Un livre de photos indispensable ?
P.L. : Les Gitans de Koudelka, la version de 2011.

L’appareil photo de votre enfance ?
P.L. : Aucun appareil photo durant l’enfance.

Celui que vous utilisez aujourd’hui ?
P.L. : Leica M6, Mamiya 6, Pentax Espio Mini, Holga 120, Fuji X100F.

Le meilleur moyen de déconnecter pour vous ?
P.L. : Le jardinage.

Quelle est votre relation avec l’image ?
P.L. : Aujourd’hui, plutôt ambigue.

Votre plus grande qualité ?
P.L. : Imaginatif.

Votre dernière folie ?
P.L. : Avoir demandé à Gilles Coulon de me ramener la presse de Zanzibar, pour emballer mon livre pour les envois aux souscripteurs.

Une image pour illustrer un nouveau billet de banque ?
P.L. : Un arbre.

Le travail que vous n’auriez pas aimé faire ?
P.L. : Gardien de prison.

Votre plus grande extravagance professionnelle ?
P.L. : Travaillé en noir et blanc à l’Holga pour Géo.

La photographie a-t-elle le pouvoir de changer la perception collective dun événement ou dune époque ?
P.L. : Oui, si elle reste dans son contexte.

Comment percevez-vous linfluence des réseaux sociaux sur la manière dont les photographies sont créées et perçues aujourd’hui ?
P.L. : La surabondance, entraine la répétition.

Un compte Instagram à suivre absolument ?
P.L. : Tendance Floue.

Quelle est la dernière chose que vous ayez fait pour la première fois ?
P.L. : Roulé avec une hybride.

C’est quoi, une photo réussie ?
P.L. : Une image qui garde son mystère, universelle et intemporel.

Quest-ce qui vous intéresse le plus dans une image ?
P.L. : Le Temps.

Quelles différences entre photographie et photographie d’art ?
P.L. : Le destinataire.

La ville, le pays ou la culture que vous rêvez de découvrir ?
P.L. : Bornéo.

L’endroit dont vous ne vous lassez jamais ?
P.L. : Les Carpates en hiver.

Votre plus grand regret ?
P.L. : Avoir travaillé en couleur pour mon deuxième voyage dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises.

Couleur ou N&B ?
P.L. : Noir et blanc.

Lumière du jour ou lumière artificielle ?
P.L. : Lumière naturelle.

Quelle est, selon vous, la ville la plus photogénique ?
P.L. : Prague.

Si Dieu existait, lui demanderiez-vous de poser pour vous, ou opteriez-vous pour un selfie avec lui ?
P.L. : Ni l’un ni l’autre, car il est partout.

Si je pouvais organiser votre dîner idéal, qui serait à table ?
P.L. : Toute ma famille élargie et mes ami(e)s.

L’image qui représente pour vous l’état actuel du monde ?
P.L. : Une ville sous les eaux.

Si vous deviez tout recommencer ?
P.L. : Je serai sans doute garde forestier.

Le mot de la fin ?
P.L. : Faire peux, pour faire mieux.

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