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Le Questionnaire : Nicolas Wieërs par Carole Schmitz

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Nicolas Wieërs : L’ explorateur des marges

Funambule de l’audiovisuel, Nicolas Wieërs est un artisan du cinéma dont le parcours ne se lit pas seulement dans les crédits ou les fonctions, mais dans les territoires qu’il arpente, les marges qu’il investit et les mondes qu’il explore avec obstination. Il grandit dans un village où le folklore napoléonien dialogue avec la faillite du commerce familial. Une enfance à la frontière du « quart-mondisme » qui forge son regard, aiguise son sens critique et lui apprend très tôt que l’existence se joue dans la tension entre nécessité et désir.

Formé à l’Institut des Arts de Diffusion, il ne se contente pas de suivre les chemins balisés. Sa carrière traverse la production télévisuelle classique — Canal+, Be TV, Euronews — tout en s’aventurant dans des zones plus instables : documentaires audacieux, bandes dessinées, expositions photographiques. Pendant le confinement, il produit un documentaire de 26 minutes, rassemblant une équipe réduite pour aller tourner au Kosovo. Depuis son lit d’hôpital, sous chimiothérapie, il crée une bande dessinée, transformant l’épreuve en atelier créatif. Et dans un dernier frisson d’exploration, il plonge dans l’univers clandestin des « Vory V Zakone », le traduisant en 135 tirages pour une exposition ambitieuse et fragile, extravagante par le risque et le coût. Chaque projet est une expérience totale : il ne s’agit plus seulement de raconter, mais de vivre la création, d’en éprouver la matière, la densité et l’intensité.

Champion de Belgique de boxe à deux reprises, Nicolas Wieërs porte sur sa vie et son art le même sens du combat, de la discipline et de l’exigence. Son univers personnel reflète cette ouverture à l’autre : une épouse autrichienne aux parcours multiples, des enfants parrainés par un musulman kosovar et une Polonaise orthodoxe. Tout son parcours artistique et humain semble guidé par une même obsession : traverser les frontières — culturelles, géographiques, sociales — pour questionner l’Autre, révéler ce qui se cache derrière nos préjugés et dénoncer, subtilement, l’hypocrisie de nos sociétés.

Le festival Balkan Trafik, qu’il a dirigé pendant vingt ans, synthétise cette démarche. Entre Europe du Sud-Est, minorités, tensions historiques et cultures marginales, il a transformé l’événement en laboratoire vivant, où le documentaire, l’art et l’expérience humaine se répondent. Même le cancer, qu’il compare à la plongée dans un sous-marin perdu dans les abysses, ne l’a pas ralenti : il en a fait une leçon de profondeur, une éducation au regard, une exploration des limites. Cinq ans en Moldavie, aujourd’hui Sarajevo, projets éparpillés sur tout le continent : chaque lieu devient un atelier, chaque rencontre un récit, chaque risque un dispositif narratif.

Nicolas Wieërs n’est pas seulement réalisateur ou producteur : il est un alchimiste du réel, un pont entre les formes, les histoires et les cultures. Son art ne se mesure pas seulement aux images produites, mais à l’ampleur du monde qu’il fait naître autour d’elles. Entre audace, sensibilité documentaire et exploration des marges, il nous rappelle que créer, c’est se mettre en danger, et que la vraie mesure de l’art réside dans l’invisible — dans les chemins qu’il trace, les rencontres qu’il provoque, les émotions qu’il suscite.

 

Votre premier déclic photographique ?
Nicolas Wieërs : La photographie est un médium d’excellence pour exprimer un avis ou transmettre un message sans avoir à le défendre en permanence. Je parle beaucoup d’hypocrisie et de respect dans la société à travers ce que je crée. Évidemment, chacun a son opinion sur ces thématiques. À travers la photographie, je formule de manière conceptuelle ce que je souhaite dire, et chacun en fait ce qu’il veut, sans que cela ne se transforme en débat de café. Mon déclencheur photographique a donc été de trouver un support idéal pour faire passer un message.

 

Un souvenir photographique de votre enfance ?
Nicolas Wieërs : C’est très simple : une photo de moi à trois ans avec mon premier chien, également chiot, qui me tenait par le pantalon et m’empêchait d’avancer. C’est le type de photo couleur « grand public » avec ce grain si particulier de l’époque, dû à la qualité de l’impression mais aussi à la structure chimique des pellicules de l’époque.

 

Celui que vous utilisez aujourd’hui ?
Nicolas Wieërs : Aujourd’hui, j’utilise majoritairement la dernière version de l’iPhone. Mon objectif est de capturer des moments au bon moment, sans les perdre à cause de contraintes techniques ou de timing. Je veux transmettre. C’est ma mission. Prenons, par exemple, cette série sur l’ancienne fraternité des Vory V Zakone. Mes sujets sont des personnes de la rue, vivant de la criminalité, du deal, de la prostitution, mais également des moments de vie ordinaires, toujours inclus dans leur bulle hors norme.

C’est un milieu qui ne laisse pas le temps d’organiser la mise en place d’un cadre ou d’installer du matériel technique, ce qui, de toute façon, ne m’intéresse pas. Les nouvelles technologies, excellentes en définition et facilement sécurisables, sont idéales pour mon concept basé sur le repérage, l’immersion et une cohabitation éphémère. Il faut simplement être conscient des limites en matière de cadrage et de lumière, ce qui convient parfaitement et apporte une sincérité à la photographie.

 

Celle qui vous a le plus ému(e) ?
Nicolas Wieërs : Le « Garçon du ghetto de Varsovie », pris lors du soulèvement du ghetto et extrait du rapport Stroop.

 

Et celle qui vous a mis en colère ?
Nicolas Wieërs : Tous les jours, certaines images me mettent en colère. Les photos du quotidien sont souvent les pires. Par exemple, une capture d’écran d’une vidéo de surveillance montrant le moment qui a suivi l’égorgement d’Iryna Zarutska, poignardée mortellement dans un train à Charlotte, aux États-Unis. Sur cette photographie, une jeune fille pétrifiée d’effroi, recroquevillée sur elle-même, dans la froide banalité d’un wagon de métro, consciente de sa mort imminente, seule, abandonnée. Le hors-champ visible sur la vidéo reflète, pour moi, l’horreur de notre société, l’angoisse et l’anxiété. C’est « Le Cri » de Munch en image.

 

Une image clé de votre panthéon personnel ?
Nicolas Wieërs : Vanessa Paradis, photographiée à la fin des années 1980 par Pierre Terrasson. Un original grand format en noir et blanc, accroché dans mes pièces de vie depuis quinze ans. Au-delà de la photo et de sa composition, c’est l’univers qu’elle dégage : une Lolita sensible et belle, face à une église à la perspective oppressante. Les souvenirs autour de cette photo sont tout aussi précieux : la galeriste qui me l’a offerte, Chantal Blumann, directrice de la galerie Blumann à Paris, exposait de nombreux tirages originaux, documentaires et backstage de groupes cultes comme The Doors, Jimi Hendrix, les Rolling Stones. Ses photos me donnaient l’impression de « toucher » les stars dans leur intimité.

 

Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans une image ?
Nicolas Wieërs : La transmission d’une émotion, le « vol » d’un moment partagé. L’intérêt d’une photo et sa finalité, qu’elle soit une exposition ou autre, est de permettre un contact avec une bulle sociale parallèle à la nôtre, accessible uniquement par ce médium.

 

Quels détails recherchez-vous dans un visage, un paysage ou un objet ?
Nicolas Wieërs : J’aime créer la sensation qu’un puzzle se forme. Le visage et son environnement immédiat doivent être cadrés de manière à donner une vue d’ensemble. En parcourant les différents plans de la photo, on obtient une compréhension globale du milieu, ou tout au moins, on peut l’imaginer.

 

Elliott Erwitt disait : « La couleur est descriptive, le noir et blanc est interprétatif. » Êtes-vous d’accord ?
Nicolas Wieërs : Oui. Je résumerais cela en comparant la photographie à un film et à un livre : le noir et blanc est le livre, qui permet d’imaginer avec ses tripes.

Selon vous, la technique peut-elle primer sur l’émotion en photographie ?
Personnellement, non. Mon objectif est documentaire. Je veux, j’ai besoin d’être dans l’action, dans le moment, dans le « vol » — pas de mise en scène ou de promenade avec un appareil visible. La technique est utile mais secondaire pour saisir le réel, sans fard.

 

La beauté en photographie est-elle, pour vous, purement esthétique ?
Nicolas Wieërs : Non, pas uniquement. J’aime les images qui racontent une histoire qui prend aux tripes. Bien sûr, j’ai parfois été séduit par des photographies purement esthétiques, mais mon cœur penche toujours pour l’histoire derrière l’image.

 

Quels éléments peuvent rendre le silence visible dans une photographie ?
Nicolas Wieërs : Les postures, les regards, un animal au repos dans la ville.

 

L’unicité d’une photographie vient-elle du moment ou de la mise en scène ? Une photographie peut-elle être plus vraie que la réalité ?
Nicolas Wieërs : La photographie permet de « cristalliser » un moment, qui devient alors unique aux yeux des spectateurs. Tout le reste, dans la ligne du temps, devient hors-champ. Donc oui, une photographie peut être plus vraie que la réalité.

 

Une photographie peut-elle changer notre perception d’un événement ?
Nicolas Wieërs : Bien sûr. C’est même tout son pouvoir, et depuis son invention, nous en abusons parfois.

 

La photographie est-elle un témoignage ou une forme de manipulation ?
Nicolas Wieërs : Elle peut être les deux. L’éthique de la personne qui photographie est essentielle pour comprendre le message complet véhiculé par le cliché.

 

Qu’est-ce qui fait une bonne photo ?
Nicolas Wieërs : Le sujet et le cadrage. Une bonne photo, à mes yeux, offre au public, en un cliché ou en une série, un voyage dans une bulle sociale où le photographe s’est immergé.

 

Selon vous, quelle est la qualité nécessaire pour être un bon photographe ?
Nicolas Wieërs : La passion pour le sujet, l’envie de transmettre, la capacité à s’intégrer à des événements exceptionnels, prendre des risques et une curiosité sincère.

 

Comment choisissez-vous vos projets ?
Nicolas Wieërs : Ils doivent m’impressionner, me toucher, m’éduquer et m’apprendre des éléments de vie. Je dois ressentir une forte empathie pour mes sujets. Je dois pouvoir me plier aux règles du sujet sans me sentir dominé, mais plutôt comme dans un échange : le sujet m’autorise à intégrer son univers et à photographier son intimité, selon ses règles.

 

Comment décririez-vous votre processus créatif ?
Nicolas Wieërs : Je débute un projet sur le coup d’une émotion : une rencontre, une atmosphère, ou le sentiment que le sujet est méconnu du grand public. Il y a un potentiel d’intérêt lorsqu’une chose sort de l’ordinaire. Très vite, le concept émerge et je poursuis le projet. Si cette chose exceptionnelle n’existe que pour un « one shot », je n’insiste pas. Le message final est essentiel : c’est une sensation physique, presque animale, celle d’être au bon endroit au bon moment, de bénéficier d’opportunités — par exemple le soutien d’une personne influente dans le milieu, qui permet d’accéder directement à des réseaux normalement inaccessibles. Ensuite, je pars en repérage et me laisse absorber par l’univers que j’explore. Il faut que ce soit intense et quotidiennement stimulant. Mon travail, qu’il s’agisse d’un festival, d’un film ou d’une série photographique, naît toujours de l’intérieur du milieu. J’écoute, je regarde, et laisse mon imagination se nourrir des impressions : les sons, les langues, les musiques, les odeurs, les manières de faire. Parfois, ces détails m’apprennent bien plus que les interviews, qui restent ponctuelles et informatives. C’est l’univers dans lequel je pénètre qui m’émeut, me fait « vivre » et me passionne. Même sans parler la langue, je le traduis ensuite en photo, en bande dessinée, en documentaire audiovisuel ou en festival, pour en extraire la quintessence artistique et la rendre accessible au public. Cette proximité, souvent vécue dans la fragilité ou l’inconfort, permet au sens de se révéler. Une fois cette base établie, je développe un concept plus large, toujours conçu selon ce principe : détourner l’évidence. Par exemple, dans Balkan Trafik, nous avons détourné les clichés médiatiques sur les Balkans : il ne s’agissait pas uniquement de guerres, de criminalité ou de prostitution, mais d’un véritable « trafic de cultures ». Dans Vory V Zakone, j’ai photographié les corps, les regards et les tatouages des détenus. Ces images ont ouvert sur des histoires plus profondes : prisons, codes, solitude, dignité perdue ou préservée. Peu à peu, j’ai documenté non seulement un monde criminel mais une humanité parallèle, rejetée et symbolique d’une réalité plus large.

Le projet prend alors une dimension collaborative : j’invite des experts, philosophes, parlementaires, artistes et médias pour enrichir et compléter ma vision. L’exposition, le festival ou le documentaire se finalise dans la tension entre ma vision et celle des autres. Le spectateur ne visite pas un lieu : il traverse une expérience. Cette logique a guidé Balkan Trafik : relier, faire circuler, créer des dialogues inattendus entre des mondes opposés. Les projets se prolongent naturellement, chaque année, comme une narration en constante évolution. Aujourd’hui, je travaille sur The Russian LAByrinth, un projet visant à rapprocher les peuples russes et européens à Bruxelles. À travers le cinéma, la musique, le cirque, la littérature et les sous-cultures, ce festival/documentaire annuel permet d’explorer un espace complexe et riche, pour mieux se comprendre et s’accepter, en dépassant les clichés médiatiques et politiques. En résumé, mon processus créatif repose sur l’immersion, la sensation, l’écoute, la collaboration et la traduction de l’expérience vécue en art accessible. C’est un mélange de curiosité, de confrontation, de réflexion et de transmission.

 

Un projet à venir qui vous tient particulièrement à cœur ?
Nicolas Wieërs : Je travaille depuis quelques années à rapprocher les peuples russes et européens. Mon objectif est de favoriser l’échange d’expériences entre la Russie et les habitants de Bruxelles, capitale européenne, à travers différents domaines culturels et via des artistes indépendants du pouvoir : cinéma, dessin animé, art du cirque, musique traditionnelle, électronique, rock, avant-garde, jazz, contemporaine et virtuose. Ce festival, conçu pour être annuel, fonctionne comme un documentaire évolutif, dont le concept général se transforme chaque année. Le nom « The Russian LAByrinth » signifie : LAB, comme laboratoire d’idées, et LAByrinthe, comme un espace géopolitique, social et historique souvent perçu comme incompréhensible, mais dans lequel on se laisse guider par la richesse des arts. On y croise à gauche le post-punk et la post-électronique russes, à droite les merveilleux films d’animation Mountain of Gems, la littérature et certaines sous-cultures comme les tatouages des Vory v Zakone. Le but : appréhender cette diversité, se trouver un chemin, et en sortant de ce LAByrinthe, acquérir une vue d’ensemble — s’accepter, se comprendre, et ne plus avoir peur. Surtout, obtenir une information complémentaire à celles diffusées par les médias et la politique. Je me rappelle ce que disait Jean-Claude Juncker, alors président de la Commission européenne, lors de sa visite au Forum économique international de Saint-Pétersbourg en 2016 : « J’ai toujours cru au pouvoir du dialogue. Lorsque nos relations sont tendues, nous devons continuer à parler. Même lorsque des sanctions économiques sont en place, nous devons garder la porte ouverte. Et si je suis ici avec vous aujourd’hui, c’est parce que je veux construire un pont. » À mon humble niveau, c’est exactement ce que je veux accomplir avec The Russian LAByrinth.

 

La personne que vous aimeriez photographier ?
Nicolas Wieërs : Henri Storck… mais ça va être compliqué !

 

Celle par qui vous aimeriez être photographié ?
Nicolas Wieërs : Henri Storck également.

 

Un livre de photographie indispensable ?
Nicolas Wieërs : L’Album d’Auschwitz, découvert par Lili Jacob, avec les photographies de Henryk Ross dans le ghetto de Łódź.

 

La dernière photo que vous avez prise ?
Nicolas Wieërs : Aujourd’hui, à Sarajevo, dans un quartier connu pour ses supporters de football extrêmes, les blocs de béton des bâtiments ex-yougoslaves avaient jauni sous le temps. En repérant ce monde parallèle, je tombe sur un chat roux, couché sur un coussin ocre à côté d’une vieille voiture jaune. J’ai pris cette photo pour le simple plaisir du contraste — ce jaune automnal, ce calme étrange avant l’agitation, et ce chat qui trône comme un roi anonyme du décor.

 

Sur les réseaux sociaux, êtes-vous plutôt Instagram, Facebook, TikTok — et pourquoi ?
Nicolas Wieërs : Je tente de m’en détacher. Les réseaux sont souvent une avalanche de frustrations, chacun se croyant détenteur de la vérité. Pour la promotion de mon travail, j’utilise les trois, mais laisse la main à mon agence de communication.

 

Qu’est-ce qui a changé en photographie depuis le succès des réseaux sociaux ?
Nicolas Wieërs : Les bonnes photos restent des bonnes photos.

 

Votre point de vue sur l’IA ?
Nicolas Wieërs : Je ne l’utilise pas pour le côté créatif, mais pour des tâches administratives et des recherches. Je suis étonné de voir certains artistes reproduire fidèlement ce que l’IA leur propose comme réponses à des thèmes dictés.

 

Couleur ou noir et blanc ?
Nicolas Wieërs : Je préfère le noir et blanc : moins de distractions, moins d’informations « imposées », meilleure concentration.

 

Quelle ville vous paraît la plus photogénique ?
Nicolas Wieërs : J’aime beaucoup les villes et villages de Russie et de Moldavie : les gens, le style de vie, les bâtiments, les parcs. Même le béton a de la gueule. Contrairement aux villes des Balkans.

 

La ville, le pays ou la culture que vous rêvez de découvrir ?
Nicolas Wieërs : J’aimerais explorer plus profondément l’univers russe.

 

L’endroit dont vous ne vous lassez jamais ?
Nicolas Wieërs : La forêt, la nature en général.

 

L’image qui représente pour vous l’état actuel du monde ?
Nicolas Wieërs : La fonte d’un glacier : un nivellement vers le bas de la société. Pas un pessimisme, mais un constat réaliste.

 

Selon vous, qu’est-ce qui manque dans le monde d’aujourd’hui ?
Nicolas Wieërs : Éthique, empathie, consistance dans la parole donnée, éducation, sincérité, respect des racines.

 

Si Dieu existait, lui demanderiez-vous de poser pour vous, ou opteriez-vous pour un selfie avec lui ?
Nicolas Wieërs : Je lui parle, c’est déjà bien 😄

 

Votre drogue préférée ?
Nicolas Wieërs : L’effet du sport.

 

Votre meilleure façon de déconnecter ?
Nicolas Wieërs : Le sport quotidien, surtout le cardio. Même si mon cerveau fonctionne en continu, le sport canalise mes réflexions vers des solutions créatives et des projets de rencontre entre les gens.

 

Votre dernière folie ?
Nicolas Wieërs : Après des années de discussions houleuses avec ma femme, elle m’autorise enfin à acheter un chien de la race que j’adore 😄

 

Votre plus grande extravagance professionnelle ?
Nicolas Wieërs
 : J’en ai produite quelques-unes, car le challenge et le risque m’attirent : c’est là que je me sens vraiment vivre.
Cela pourrait être le documentaire de 26 minutes que j’ai produit et réalisé pendant la Covid. J’ai rassemblé une équipe de quatre personnes pour partir tourner au Kosovo le « numéro zéro » d’un programme pour lequel je cherche encore une co-production et un diffuseur (l’avis est lancé !) : https://www.balkantrafik.com/extra/documentary/ Ou encore les deux bandes dessinées, dont j’ai créé la première : https://europehouse.ba/en/a-voyage-through-the-western-balkans-2/ réalisées depuis mon lit d’hôpital, durant les séances de chimiothérapie. Ce lit est d’ailleurs devenu mon bureau de production pour une des éditions de Balkan Trafik.
Et plus récemment, cette immersion dans le monde en voie de disparition des « Vory V Zakone », que j’ai transformée en une exposition photo de 135 tirages.
C’est de l’extravagance parce que c’est cher, risqué, mais c’est exactement ce qui me pousse à avancer.

 

La question qui vous dérange le plus ?
Nicolas Wieërs : « Comment ça va? »

 

La dernière chose que vous avez faite pour la première fois ?
Nicolas Wieërs : Pendant mon immersion avec ces anciens criminels (clôturée en mars 2025), plusieurs choses inédites, difficiles à expliquer par écrit.

 

Votre plus grand regret ?
Nicolas Wieërs : Je ne peux pas vraiment le dire. Même si j’y pense souvent… sans doute que je regrette « d’avoir pris cette direction plutôt qu’une autre ». Oui, il y a des regrets. Parce que le temps file, on s’en rend compte trop tard, et finalement, il n’y a que 24 heures dans une journée. En 2001, je termine l’Institut des Arts de Diffusion. L’Institut me propose gentiment un espace pour vivre, un kot, dans le bâtiment administratif. En échange, je gère le côté « conciergerie » : les matinées, les soirées autour des cours, et les week-ends. J’ai aussi accès aux téléphones et aux ordinateurs. Cette dernière année, j’envoie mon CV à plein de boîtes audiovisuelles. Mon expérience ? « Licence en Arts du Spectacle et Techniques de Diffusion et de Communication, champion de Belgique de boxe, sportif… » Parmi elles, je contacte le célèbre Rémy Julienne, LE cascadeur du cinéma français, la doublure de Belmondo entre autres. Et là, un jour, le téléphone sonne dans le bureau d’un administrateur de l’IAD : « Nicolaaaaas, Rémy Julienne au téléphone, pour toi ! » Il me propose six mois nourri et logé, pour me former aux cascades automobiles dans un parc d’attractions. Et ensuite, « si ça marche, on essayera la cascade au cinéma ». J’hésite… et puis finalement, je choisis le CDI à Canal+, en production sportive. Avec le recul, je ne pense pas que ce fût le meilleur choix. Ça m’a tracé une route dans la « réalisation télé » … qui n’était pas ma passion. Alors parfois, je me demande : et si j’avais choisi Rémy Julienne plutôt que Canal+ ?

 

Si vous deviez tout recommencer ?
Nicolas Wieërs : Peut-être que je prendrais « à gauche » plutôt qu’« à droite », mais toujours dans les marges.

 

Votre dîner idéal ?
Nicolas Wieërs : Je l’ai fait il y a quelques années, après qu’on m’ait déclaré officiellement « guéri » du cancer. J’avais demandé à un traiteur de recréer le repas de Le Festin de Babette (1987), avec les vins. À table : ma famille, un ami, mon oncologue et sa femme. J’ai prononcé un discours de remerciement, car le cancer implique fortement les proches, et ma femme était enceinte à cette époque.

 

La seule chose que l’on doit absolument savoir sur vous ?
Nicolas Wieërs : Que je suis HPI, avec toutes les problématiques sociales que cela entraîne, mais que j’ai aussi une forte empathie naturelle pour les gens autour de moi.

 

Un dernier mot ?
Nicolas Wieërs : Vivement vos podcasts, merci pour vos questions !

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