Notre ami, Christian Boyer a tiré sa dernière révérence vendredi dernier, avec sa discrétion légendaire. Ce grand reporter avait le don de se rendre invisible pour nous présenter une vue du monde sans complaisance.
Christian Boyer était né le 04 juin 1941 à Gennes, dans le Maine-et-Loire, avec tous les traits de caractère de cette région angevine.
A 16 ans, il commence comme apprenti à Chemillé, pour prendre un emploi salarié de photographe, quatre ans plus tard, à Montargis, l’étape vers Paris.
En 1965, il entre à Jours de France, la prestigieuse revue de l’époque avec les bureaux sur le Rond-Point des Champs-Elysées, comme reporter. Le « gamin » qui court partout, à toute heure, jours et nuits, pour illustrer les rubriques de cet hebdomadaire. Il est doué, il est remarqué par le patron, il sera nommé grand reporter quelques années plus tard.
Il voyage, dans tous les sens, à travers le monde. Il photographie un grand nombre de personnalités de la politique, du sport, des arts et des lettres. Mais son sésame sera l’obtention de son accréditation auprès de la Présidence de la République. Cet agrément fera de lui le photographe des cinq premiers présidents de la Cinquième République. Lors d’un échange, Line Renaud lui avait confié : « … vous étiez un mondialiste, avant l’heure, vous avez photographié le Monde entier pendant les années de votre vie. »
Apprécié de ses confrères (ce qui est rare dans le milieu photographique), il a été élu Secrétaire de l’Association de la Presse Présidentielle. En parlant de lui, ses confrères l’appelaient : « président des photographes et photographe des présidents ». Ce qu’il ne détestait pas. Pourtant l’ami Christian, fondu dans le paysage de cette époque, respecté de tous, était capable des pires extravagances, tant pour arriver à ses fins photographiques que pour vivre selon sa philosophie.
Il a été promu rédacteur en chef du service photos de Jours de France, en 1985. Dans l’année qui a suivi, Jacques Chirac le débauche au profit du service photographique de Matignon, avant de lui demander de créer un service photographique à la Ville de Paris. Il dirigea ce service pendant quinze ans.
Depuis leur première rencontre fortuite, à la suite d’un reportage (longue durée) sur les Terres de Corrèze, Christian était devenu proche et ami de Jacques Chirac. Cette franche amitié et ce respect mutuel ont perduré jusqu’au décès de Jacques qui était devenu le plus campagnard des Présidents français et ce campagnard de Christian devenu le plus parisien des photographes.
Pour ce qui est de ses photographies, par dizaine de milliers (sur films argentiques), elles ont toujours été figées à l’instant exact. Pour ce qui est de l’angle et de la composition (si essentiels en photo reportage), ils ne rapportent pas autre chose que l’évènement, avec son information et les émotions qu’il suscite. Pas d’entrave possible pour obtenir le résultat recherché, même si Christian doit se mettre à genoux, se coucher sur le sol ou monter sur la table pendant une cérémonie officielle, voire protocolaire. Rien n’échappait à son « œil de lynx » et il se faisait un devoir de le partager. C’est un peu le principe de la photographie de reportage, n’est-ce pas ?
Salut camarade et ami, tu nous as quittés, à ta façon, sur la pointe des pieds ; mais, comme c’est le cas pour chacune de tes photographies, ton amitié et ton talent vont rester parmi nous encore un bon moment.
Thierry Maindrault
Les obsèques sont programmées le 30 décembre 2025, à 15 heures, en l’église Saint-Guénolé de Batz-sur-Mer.













