Pour sa troisième édition arlésienne, la FUJIKINA poursuit son installation dans le paysage photographique estival. Lancé par Fujifilm et déjà passé par Tokyo, New York, Berlin ou Madrid, l’événement a trouvé à Arles un terrain particulièrement favorable. Après avoir réuni plus de 7 500 visiteurs lors de ses deux premières éditions, il revient du 6 au 11 juillet avec une ambition inchangée : faire dialoguer expositions, transmission, expérimentation et pratique photographique.
Si la manifestation conserve son ADN hybride, à mi-chemin entre festival, laboratoire et lieu de rencontres, elle affirme cette année davantage encore son ancrage dans l’écosystème arlésien. Partenaire des Rencontres d’Arles, de l’ENSP, du Festival OFF, de Magnum Photos, du World Press Photo ou encore du collectif Tendance Floue, la FUJIKINA rassemble une diversité d’acteurs rarement réunis dans un même espace.
Au cœur de la programmation, l’exposition Las Calles: In Spirit of Youth d’Alex Webb constitue sans doute l’un des temps forts de cette édition. Invité pour la troisième année consécutive dans le cadre du partenariat avec Magnum Photos, le photographe américain présente un ensemble mêlant images historiques et travaux récents réalisés au Mexique. Depuis plus de cinquante ans, Webb arpente les rues du pays, fasciné par leurs jeux d’ombres et de lumière, leurs couleurs saturées et les scènes énigmatiques qui s’y déploient. L’exposition met particulièrement l’accent sur la jeunesse mexicaine, saisie dans des images où le documentaire flirte parfois avec une forme de surréalisme. Entre archives et photographies inédites, elle offre une traversée de l’un des corpus les plus emblématiques de la photographie couleur contemporaine.
Autour de cette proposition gravitent plusieurs expositions qui témoignent de la diversité des écritures défendues par la manifestation. Le collectif Tendance Floue réunit ainsi Yohanne Lamoulère et Alain Willaume dans un dialogue entre deux résidences menées respectivement aux États-Unis et au Japon. Le jeune photographe Baptiste Vitorino, premier lauréat du Prix Fujifilm pour l’excellence technique créé avec l’ENSP, présente quant à lui un travail explorant les frontières entre matérialité et fiction. Julien Rocheblave revisite l’imaginaire du mont Fuji tandis que Boby poursuit son exploration colorée du quotidien. Le World Press Photo est également présent à travers une exposition consacrée aux Joop Swart Masterclass et plusieurs rendez-vous publics.
Mais la singularité de la FUJIKINA réside sans doute dans son format. Plus qu’un simple parcours d’expositions, l’événement déploie cette année plus de cent rendez-vous : conférences, workshops, lectures de portfolios, sorties photo, démonstrations techniques, prêts de matériel ou encore rencontres avec les artistes. Dans l’ancien Hôtel Quiqueran de Beaujeu, le visiteur peut aussi bien découvrir une exposition que participer à une lecture de portfolio, tester un appareil ou assister à une discussion sur les enjeux contemporains de l’image. Une manière d’aborder la photographie non seulement comme un objet à regarder, mais aussi comme une pratique à partager.
Zoé Isle de Beauchaine
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