Présentée dans le cadre de la Fujikina, l’exposition consacrée à Yohanne Lamoulère et Alain Willaume réunit deux projets issus de résidences menées à Atlanta et à Kyoto. Les deux membres du collectif Tendance Floue y proposent des approches très différentes d’un même exercice : découvrir un territoire par la photographie.
Pour sa troisième édition, organisée en parallèle des Rencontres d’Arles, la Fujikina investit à nouveau les anciens locaux de l’ENSP avec une programmation mêlant expositions, conférences, ateliers, sorties photographiques et lectures de portfolios. Cette année, Fujifilm donne carte blanche à Tendance Floue, collectif fondé en 1991, qui célèbre ses trente-cinq ans. Depuis sa création, le collectif défend une photographie documentaire ouverte à une grande diversité d’écritures. Il réunit ici deux de ses membres, Yohanne Lamoulère et Alain Willaume, autour de projets réalisés lors de récentes résidences, respectivement à Atlanta et à Kyoto.
Avec Arènes-Artères, Yohanne Lamoulère plonge dans l’univers des marching bands des lycées d’Atlanta. Plus qu’une chronique de ces fanfares emblématiques de la culture afro-américaine, la série s’attache aux jeunes qui les composent, aux liens qui se tissent entre eux et au sentiment d’appartenance que ces ensembles nourrissent. Les portraits alternent avec des scènes de groupe où affleurent la complicité, la concentration et la fierté des jeunes musiciens. On retrouve la douceur, parfois énigmatique, qui caractérise le regard de Yohanne Lamoulère. Fuyant toujours le spectaculaire, la photographe privilégie la proximité, les gestes et les instants de respiration. Derrière l’énergie des défilés émergent des récits de solidarité, de transmission et d’émancipation.
Avec Nul Soleil. Mais le feu, Alain Willaume emprunte une tout autre voie. Réalisée lors d’une résidence à la Villa Kujoyama, la série est née d’un hiver passé à Kyoto, où le photographe s’est confronté aux notions japonaises de wabi et de sabi, qui célèbrent l’impermanence, l’incomplétude et la beauté des choses fragiles. Silhouettes fugaces, paysages évanescents, fragments du quotidien et lumières diffuses composent un univers où les repères semblent constamment vaciller. Les images s’enchaînent par associations plutôt que selon une logique narrative, offrant une lecture intime et méditative du Japon.
À travers ces deux résidences, l’exposition met en regard deux manières d’habiter un territoire par l’image : l’une portée par la rencontre et l’énergie du collectif, l’autre par l’observation et la contemplation. Un dialogue qui témoigne de la diversité des écritures réunies depuis trente-cinq ans au sein de Tendance Floue.
Zoé Isle de Beauchaine
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