Suite de l’interview de Micheline Decamps par Anabela Becho
Il dirigeait les mannequins ?
M.D. : Oui pour la mise en place de l’image, les impératifs qu’imposait la lumière et l’état d’esprit que devait lui renvoyer le mannequin. Mais ensuite elles étaient libres, parce qu’elles avaient un don (parce que c’est un don !) – L’art de bouger son corps, ce n’est pas donné à tout le monde.
De nos premières couvertures des Les Veillées des chaumières avec les toutes jeunes Brigitte Bardot et Marie-José Nat, aux couvertures de ELLE avec les super modèles américaines Suzy Parker, Dorian Leigh…Georges a eu la chance de pouvoir travailler avec les meilleurs. Je dois dire que rien ne l’impressionnait, rien du tout, même les plus célèbres mannequins, comme Bettina et Sophie Litvak. Il n’avait pas l’admiration facile, il n’était pas snob, il avait une relation naturelle et décontracté avec tout le monde. Georges était cool.
A-t-il eu une complicité professionnel particulière avec une mannequin ?
M.D. :[Après avoir réfléchi quelques instants] Peut être Suzy Parker pour son professionnalisme et sa personnalité et Simone d’Aillancourt pour sa gouaille inimitable et comme le disais Georges « vous lui mettez un sac à patate sur le dos et on l’aurait cru fait par Dior ».
Georges recevait des indications de ses commanditaires, les respectait- il ?
M.D. : Oui ! Je dirais les indications, rien de plus, parce qu’il a fait ce qu’il voulait [rire].
Mais toujours en respectant ce que le journal ou le client avaient commandé.
Avait-il beaucoup d’énergie lorsqu’il travaillait ?
M.D. : Énormément et beaucoup d’exigence envers les autres et envers lui même. A la prise de vue comme dans le choix des images que nous faisions ensemble si nous en avions le temps, tout devait être parfait. Implacablement professionnel et perfectionniste mais un perfectionniste adorable. Ce qui m’a vraiment séduit chez lui c’est sa façon de travailler. Malgré une extrême rigueur, il réussissait grâce à son énergie à garder une ambiance formidable sur le shooting et c’est pourquoi ses photos sont si vivantes au regard des standards de l’époque.
Quelles sont les caractéristiques les plus marquantes de Georges Dambier, sur le plan professionnel et personnel ?
M.D. : Du côté professionnel, je dirai l’imagination. Pour sa personnalité, la fidélité, cela n’a rien avoir avec certaines aventures [rire]. Il a gardé ses amis toute sa vie. Il était fidèle à ses idées aussi. Vous pouviez lui offrir des millions, s’il ne le sentait pas, il ne le faisait pas.
Georges ne cherchait pas la gloire, il s’en foutait et pourtant il aurait pu l’avoir. Rétrospectivement en regardant le grand album des photos de mode des années cinquante et soixante je trouve bien plus intéressant le travail de Georges que celui de bon nombre de photographe pourtant bien plus célèbre. Je dis cela en dehors de l’affection que je lui porte. Il voulait être libre et faire ce qu’il aimait.
Vous m’avez dit que Georges Dambier ne se projetait pas dans l’avenir ?
M.D. : Seul l’instant présent l’intéressait. C’est sans doute pour cela que son travail est un peu oublié.
Interview par Anabela Becho. Paris, Octobre 2021














