Night wild : Photogrammes d’animaux réalisés dans la nature
Depuis plus de 35 ans, je voyage seul dans des contrées sauvages reculées pour photographier des animaux, du plus petit insecte à la plus grande baleine. Chaque rencontre me laisse émerveillé et admiratif. Je cherche à transmettre ce même sentiment d’émerveillement et d’admiration à mon public à travers mes œuvres.
Je crée des photogrammes uniques et grandeur nature d’animaux sauvages directement sur du papier photographique sensible à la lumière, la nuit, sur le terrain. Un photogramme est un tirage photographique réalisé sans appareil photo ni négatif. Travailler sans appareil photo depuis une dizaine d’années m’a ouvert un tout nouveau monde créatif, approfondissant mon lien et ma collaboration avec les animaux sauvages. Ces œuvres ne sont pas des tirages numériques et ne sont jamais manipulées ; chacune existe en tant qu’objet unique et irremplaçable.
Le photogramme a une longue histoire dans l’histoire de la photographie. William Henry Fox Talbot, l’un des pionniers de ce médium, a créé certaines des premières photographies dans les années 1840 en plaçant des plantes sur du papier photosensible et en les exposant à la lumière du jour, produisant ainsi une impression directe. Il décrivait ses expériences comme des « dessins réalisés avec les forces de la nature », une description qui continue de résonner dans ma propre pratique.
Inspiré par les premières techniques de photographie sans appareil photo de Talbot, j’ai créé mes propres méthodes, après des mois de longues nuits passées à faire des essais et des erreurs, d’abord avec des insectes dans les forêts tropicales de Bornéo, puis avec une communauté de mouffettes rayées dans les forêts de New York. Une fois la technique perfectionnée, j’ai passé trois ans à travailler avec des ours noirs américains. Plus récemment, j’ai travaillé avec un rhinocéros noir en voie de disparition sauvée en Afrique du Sud et des éléphants africains
au Kenya. Ces œuvres mesurent 2,7 x 4,2 mètres, la limite de ce qui est possible avec du papier photographique à la gélatine d’argent.
Voici mon processus : travaillant patiemment pendant les nuits sans lune, j’étale de grandes feuilles de papier photographique à la gélatine d’argent sensible à la lumière. Lorsque je travaille avec des ours noirs américains, ces feuilles mesurent 3 mètres de long. Une fois le papier en place, je m’assois dans l’obscurité à quelques mètres du papier et j’attends qu’un animal passe. J’attends toute la nuit. J’attends souvent nuit après nuit. Je n’utilise pas de cachette et je suis entièrement visible par les animaux. Cela demande une confiance, une conscience, une ouverture d’esprit
et un calme extraordinaires. Je dois être seul.
Lorsqu’un animal apparaît et passe devant le papier photographique, je fais une exposition rapide avec un petit flash portable, suffisamment discret pour passer inaperçu. Une fois que l’animal a disparu dans la forêt, je récupère le papier, je le range dans une boîte opaque, puis je développe le tirage dans une chambre noire traditionnelle.
C’est seulement à ce moment-là que l’image se révèle.
L’animal laisse une « ombre blanche » là où le papier n’a pas été exposé. Les zones exposées deviennent noires ou grises selon l’exposition à la lumière. Les plantes, les rochers, les insectes et même les gouttes de pluie sont enregistrés de manière imprévisible. Il arrive parfois qu’un animal laisse des empreintes ou mâche le papier.
Après avoir sélectionné les meilleurs photogrammes, je retourne dans la chambre noire pour tonifier les tirages avec de l’or pur afin d’influencer la coloration et d’assurer la stabilité des archives. Le résultat est une œuvre photographique unique en son genre, une impression directe et grandeur nature d’un animal sauvage sur du papier photographique. Chaque pièce est un cadeau fantomatique qui reflète la fragilité et la majesté du monde naturel.
À ma connaissance, je suis le seul artiste photographe à travailler avec des animaux sauvages pour créer des photogrammes sur le terrain. Bien que je vive au rythme de la nature, je ressens également l’urgence de communiquer ma vision du monde naturel alors que je vois des espèces après des espèces disparaître rapidement de la planète par la main de l’homme.
Lorsque les animaux sauvages se révèlent dans des moments de grâce, cette révélation passe de la vie au papier, du papier au spectateur. Contrairement à la photographie numérique de la faune sauvage, souvent réalisée à l’aide de zooms à distance, le spectateur ressent la présence de l’animal sur le papier. L’effet est viscéral et profond. Chaque choix que je fais vise à honorer mon expérience extraordinaire avec les animaux dans la
nature et à encourager un monde dans lequel toutes les créatures et leurs habitats sont vénérés, respectés et protégés.














