Persona
Avec Persona, je poursuis mon exploration de l’identité et des tensions entre le visible et l’invisible, entre ce que nous montrons et ce que nous sommes, amorcée avec ma série « Je est un autre » (2017). Ce nouveau projet interroge le masque social, sa densité et sa fragilité. Le masque social, ce voile entre soi et le monde, est à la fois protection et contrainte. Il nous façonne autant qu’il nous enferme, nous permettant de naviguer dans la société tout en dissimulant nos failles et nos vérités intérieures. Ici, le masque ne révèle pas seulement une absence, il expose aussi la brèche par laquelle surgit l’authentique. Il ne s’agit plus seulement d’une enveloppe, mais d’un territoire où se négocient l’artifice et la vérité.
Les masques en plâtre blancs, tout en légèreté et en fragilité, que j’ai moi-même fabriqués, jouent un rôle central dans cette série. Ils matérialisent cette interface entre soi et les autres, entre le moi intime et le moi social. Tantôt portés, tantôt écartés, tantôt flottants dans l’espace, ils révèlent autant qu’ils dissimulent, offrant un jeu subtil sur la construction et la déconstruction de l’identité. Au-delà du masque figé, les mains parlent. Elles disent qui nous sommes, en un autre langage. Je cherche à capter ce moment suspendu où l’artifice vacille, où le masque devient presque poreux, laissant entrevoir un fragment de vérité. C’est une invitation à la mise à nu, non pour exhiber, mais pour mieux comprendre ce que nous taisons.
L’esthétique des photographies occupe une place essentielle dans ce travail. Les couleurs parfois vives contrastent avec la blancheur des masques, accentuant l’intensité dramatique des images. L’importance de la mise en scène, les jeux d’ombres et de lumières, étranges, ainsi que l’ambiance onirique qui s’en dégage inscrivent cette série dans une filiation avec le surréalisme. L’influence de Man Ray est perceptible dans l’utilisation du masque comme objet de distanciation et d’exploration de l’inconscient.
Cette recherche plastique et conceptuelle trouve un écho dans les interrogations contemporaines sur l’identité, la représentation de soi et les rôles sociaux. À une époque où les images de soi sont omniprésentes et où l’individu oscille entre mise en scène et quête de vérité, Persona propose une réflexion sur ce que nous choisissons de montrer et de cacher. Ce travail s’inscrit ainsi dans un dialogue avec les pratiques artistiques actuelles qui interrogent la construction de l’identité à l’ère du numérique et du spectacle permanent.
À travers cette série, j’invite le spectateur à un face-à-face troublant avec lui-même, où le masque devient à la fois une frontière et un révélateur.














