Soraya Abbas : Lumière Vive
Photographe instinctive et voyageuse insatiable, Soraya Abbas compose son univers visuel comme une partition sensible où chaque image résonne d’une vibration intime. Dès l’enfance, elle a cadré le monde avec ses mains, comme pour en fixer les instants fugaces, un geste fondateur qui n’a cessé de guider son regard. Son travail, nourri des influences d’Helen Levitt, Emma Hardy, Vivian Maier ou encore André Kertész, mais aussi de l’élégance intemporelle d’Audrey Hepburn, se déploie à la croisée de l’humanité et de l’esthétique.
Chez elle, la photographie n’est pas seulement un art de la mémoire : c’est une manière de révéler ce qui échappe, de questionner l’absurde comme la beauté, de donner chair à la fragilité et à la force des êtres. En tant que photographe, elle ne cherche pas la perfection figée mais l’équilibre subtil entre la lumière et son absence, le chaos et l’harmonie, la fulgurance et l’empreinte. Elle revendique une approche profondément humaine : ses clichés vibrent, parlent au cœur avant de convaincre l’œil.
Son regard embrasse à la fois l’intime et le collectif : des portraits bouleversants de ses filles aux scènes de rue prises en Inde, des obsessions iconiques comme le portrait de Sharbat Gula par Steve McCurry aux fulgurances de ses propres voyages, Soraya Abbas explore la photographie comme un terrain de dialogue entre soi et le monde. Dans une époque saturée d’images, son travail rappelle que l’acte de photographier demeure, avant tout, un geste de vie.
Instagram : @sorayaabbas
Votre premier déclic photographique?
Soraya Abbas : Quand j’étais petite je mimais avec mes mains le fait de cadrer une scène, un paysage pour capter l’instant présent. Ça ne m’a jamais quittée.
L’homme ou la femme d’image qui a pu vous inspirer?
Soraya Abbas : Les photographes Helen Levitt et Emma Hardy, Vivian Maier, Garry Winogrand, André Kertész et l’actrice Audrey Hepburn
L’image que vous aimeriez réaliser si l’occasion vous avait été donnée?
Soraya Abbas : Toutes les femmes et hommes d’état du monde en ligne et de dos. Juste pour les remettre devant leur mission. Des humains au service des humains.
Celle qui vous a le plus émue?
Soraya Abbas : Je ne serai pas des plus objectives sur ce sujet… les photos de mes deux filles. Inconditionnellement.
Celle qui vous a le plus mise en colère?
Soraya Abbas : La photo prise par Franck Fournier de la petite fille colombienne Omayra morte en directe sous les yeux du photographe. La colère était liée à l’horreur de cette scène.
Une image clé de votre panthéon personnel?
Soraya Abbas : Une photo prise en Inde en 2023, d’une mère et sa fille devant un temple. Les couleurs, la lumière, le mouvement et le lien.
Un souvenir photographique de votre enfance?
Soraya Abbas : Une photo d’un champ de coquelicots prise sans appareil juste avec mes mains mais gravée dans ma mémoire.
L’image qui vous obsède?
Soraya Abbas : Le portrait par Steve Mc Curry de la jeune afghane Sharbat Gula. J’aurais aimé réaliser cette photo et capter ce regard.
Qu’est ce qu’une image réussie?
Soraya Abbas : Selon mon point de vue, une image réussie parle avec le coeur, on ressent l’image, elle vibre. La lumière ou son absence, la précision ou son flou artistique, un parfait mélange d’équilibre et de chaos.
La personne que vous aimeriez photographier si vous en aviez l’opportunité?
Soraya Abbas : Winona Ryder pour sa douce folie. Patti Smith pour son humanité.
Le / la photographe par qui vous aimeriez ou auriez aimé vous faire tirer le portrait?
Soraya Abbas : Richard Avedon, Robert Mapplethorpe.
Un livre de photo indispensable?
Soraya Abbas : The Family of Man d’Edward Steichen.
L’appareil photo de votre enfance?
Soraya Abbas : Un kodak jetable, avec l’impatience mais aussi la joie et la déception de voir le résultat.
Celui que vous utilisez aujourd’hui?
Soraya Abbas : Alors lors d’un tournage d’un long métrage cet été, j’ai utilisé un Ricoh GR3 pour des photos de plateau. Ce qui m’a plu c’est sa discrétion et le rendu est vraiment surprenant.
Votre drogue préférée?
Soraya Abbas : Voyager.
Le meilleur moyen de déconnecter pour vous?
Soraya Abbas : Etre face à la mer et m’y baigner.
Quelle est votre relation personnelle à l’image?
Soraya Abbas : J’y pense et puis j’oublie…
Que voyez vous lorsque vous apercevez votre reflet dans un miroir?
Soraya Abbas : Un autre moi.
Votre plus grande qualité?
Soraya Abbas : Mon espièglerie.
Votre dernière folie?
Soraya Abbas : La prochaine. J’hésite encore.
Une image pour illustrer un nouveau billet de banque?
Soraya Abbas : Un illustre inconnu entouré d’un soleil, que chaque individu sur cette planère puisse avoir son visage sur un billet de banque. Le soleil juste pour rappeler que nous ne sommes pas grand chose parmi l’immensité de l’univers…
Quel regard portez vous sur les réseaux sociaux?
Soraya Abbas : J’ai vécu sans et je vivrai très bien sans aussi. Cela permet de partager mon travail (Insta) mais c’est assez chronophage d’où la nécessité de savoir débrancher souvent…
Quelle est la dernière photo que vous avez prise?
Soraya Abbas : Alors.. Une photo de fin de tournage (Berlin Berlin d’Olivier Van Hoofstadt, sortie en 2026). Et très récemment la mer méditerranée…
Couleur ou N&B?
Soraya Abbas : Couleur. Avec ses nuances, ses dégradés.. J’aime le noir et blanc pour les portraits en revanche.
Lumière du jour ou studio?
Soraya Abbas : Lumière de jour sans hésitation. J’aime les variations et la richesse de la lumière naturelle.
Quelle est selon vous la ville la plus photogénique?
Soraya Abbas : Paris, évidemment, j’en suis tombée amoureuse il y a des années… mais aussi beaucoup de villes italiennes. Sienne est magnifique. Il me reste encore pas mal de villes à découvrir, et ça reste toujours magique quand arrive cette rencontre avec une ville, des ruelles, l’architecture, les sons, les odeurs et les couleurs..
Si Dieu existait, lui demanderiez vous de poser pour vous, ou opteriez vous pour un selfie avec lui?
Soraya Abbas : Je lui demanderai avec humilité de pouvoir le/la prendre en photo et saisir son regard pour y plonger le mien et me connecter à l’Humanité toute entière.
Si je pouvais organiser votre diner idéal, qui seraient à table?
Soraya Abbas : J’adorerai partager ce moment idyllique et impossible à réaliser avec : Audrey Hepburn, évidemment, Cary Grant, George Clooney, Dean Martin, Meryl Streep, Einstein, Gisèle Halimi, Ella Fitzgerald, Patti Smith, David Bowie, Prince, Rachid Taha, France Gall, Olivier Van Hoofstadt, Didier Bourdon, Coluche, Jacques Brel, Benjamin Cléry, Delphine Baril, Fred Testot, et tout ceux qui voudraient partager ce moment de dingue.
L’image qui représente pour vous l’état actuel du monde?
Soraya Abbas : Le radeau de la méduse? Ou une photo de Martin Parr sur l’absurdité du monde.
Si vous deviez tout recommencer?
Soraya Abbas : J’essaierai de faire mieux sans douter mais en gardant cette liberté de choix.
Le mot de la fin?
Soraya Abbas : Plusieurs. Merci Carole. Infiniment. Merci la Vie.














