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Le Questionnaire : Ruben Tomas par Carole Schmitz

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Ruben Tomas : Symbiose

Il est de ces artistes qui ne capturent pas le monde : ils l’écoutent.
Ruben Tomas appartient à cette rare lignée de photographes qui ne cherchent pas l’image mais la rencontrent dans le silence, dans l’attente, dans la vibration subtile entre le visible et le ressenti. Originaire de Valence, nourri par une trajectoire cosmopolite entre l’Espagne, la France, l’Italie, les États-Unis et le Brésil, il porte en lui une langue sans frontières, celle du regard qui relie. Ancien comédien et mannequin, il n’a rien oublié du corps, du souffle, du rythme — et son œil, désormais armé d’un Canon 5D Mark III, enregistre moins une scène qu’un frémissement du réel.

À contre-courant du spectaculaire et de l’instantané, Ruben Tomas compose des images qui respirent. Il travaille comme on médite, dans une concentration extrême et une confiance absolue en l’intuition. Ses photographies ne s’imposent pas : elles s’infiltrent. Elles nous touchent non pas par ce qu’elles montrent, mais par ce qu’elles taisent — une absence, une solitude, une paix intérieure peut-être. Dans sa série Symbiosis, exposée à New York en 2025, l’artiste explore avec une grâce rare l’entrelacement des règnes : humains et animaux partagent le cadre, non pas comme objets de fascination mutuelle, mais comme égaux, liés par une énergie commune. Ce ne sont pas des mises en scène, ce sont des épiphanies.

Chez Ruben Tomas, la nature n’est jamais décor — elle est personnage. L’eau, les roches, la végétation deviennent partenaires du geste photographique. L’humain s’y fond ou s’y oppose, mais toujours avec une humilité radicale. Son univers est fait de contrastes silencieux : force et fragilité, beauté et gravité, contrôle et abandon. Ce qui unit ses œuvres, c’est une forme de vérité nue, presque spirituelle, qui transcende la mode comme le reportage. Il ne s’agit pas de séduire, encore moins de convaincre : il s’agit de sentir, profondément, ce que veut dire être là.

Ruben Tomas n’illustre pas le monde, il en révèle la part invisible. Ses images sont des points de suspension visuels, des instants d’éternité suspendus entre deux battements de cœur. Et c’est peut-être là, dans cette tension entre immobilité et mouvement, qu’il faut chercher la force singulière de son travail : une photographie de l’âme, ancrée dans le corps.

 

Website : www.rubentomas.com
Instagram : @ruben_tomas
Actuellement : Symbiosis, présentée chez Picto New York à Brooklyn. Lexposition se termine le 5 septembre 2025.
www.pictony.com

 

Votre premier déclic photographique ?
Ruben Tomas : Un moment de calme. J’étais seul dans la nature, la lumière était douce, le silence épais. J’ai ressenti quelque chose que je ne pouvais pas expliquer, mais je savais que je devais m’y accrocher. C’est à ce moment-là que j’ai pris l’appareil photo.

Lhomme ou la femme dimage qui vous a inspiré ?
Ruben Tomas : Vivian Maier, Diane Arbus et Sophie Calle.
Elles ont chacune révélé l’intimité et la vulnérabilité avec honnêteté. Leurs images ressemblent à des confessions, profondément personnelles et sans peur.

Limage que vous auriez aimé prendre ?
Ruben Tomas : Afghan Girl de Steve McCurry. Ses yeux portent le poids de mille vies.

Celle qui vous a le plus ému ?
Ruben Tomas : Le portrait du père mourant de Richard Avedon. C’est douloureusement humain. Courageux et tendre.

Et celle qui vous a mis en colère ?
Ruben Tomas : Toute image exploitant la souffrance sans respect ni dignité derrière l’objectif.

Et laquelle a changé votre monde ?
Ruben Tomas : The Falling Man du 11 septembre. Elle a capturé l’insoutenable poids d’une vie humaine au cœur de la tragédie. Elle a figé le monde, non seulement pour voir, mais pour ressentir. C’est une image qui rappelle à quel point nous sommes tous fragiles et précieux.

Quest-ce qui rend une photo mémorable ? Et quest-ce qui rend une image intemporelle ?
Ruben Tomas : L’émotion. Si elle éveille quelque chose en nous, elle reste.
Une image intemporelle parle au-delà de son époque ; ce n’est pas une question de mode ou de perfection, mais de vérité.

La technique peut-elle lemporter sur l’émotion en photographie ?
Ruben Tomas : La technique peut renforcer l’émotion, mais elle ne peut pas la remplacer. Ce qui reste, c’est ce que la photo nous fait ressentir, pas sa perfection. L’émotion est l’âme, la technique n’est que le cadre.

Quels éléments aident à rendre le silence visible dans une photo ?
Ruben Tomas : L’espace, la lumière et la retenue. Quand on ne force pas l’image, le silence s’invite. C’est quelque chose que l’on ressent plus qu’on ne le voit.

Lunicité dune photo vient-elle du moment ou de la mise en scène ?
Ruben Tomas : Les deux peuvent créer quelque chose d’unique. Mais pour moi, c’est souvent le moment, le ressenti, l’énergie. Cela ne se fabrique pas.

Quest-ce qui vous intéresse le plus dans une image ?
Ruben Tomas : Dans un portrait, ce qui se passe dans le regard de la personne.
Dans la nature, les angles et les mouvements du sujet, la manière dont un arbre s’incline, un oiseau s’arrête, une vague se replie.

Quelle est la dernière photo que vous avez prise ?
Ruben Tomas : Les façades des immeubles de New York. Je marchais sans projet, et la lumière frappait l’architecture d’une façon qui rendait tout cinématographique. Des murs ordinaires semblaient soudain vivants.

Une image clé dans votre panthéon personnel ?
Ruben Tomas : L’un de mes diptyques de Symbiosis. Une figure humaine et un requin, deux êtres différents, même esprit.

Un souvenir photographique de votre enfance ?
Ruben Tomas : Des chevaux courant sur une colline au nord de l’Espagne. Poussière, lumière, mouvement, liberté.

Selon vous, quelle est la qualité nécessaire pour être un bon photographe ?
Ruben Tomas : Suivre ses instincts, trouver son langage visuel et comprendre la lumière.

Qui aimeriez-vous photographier ?
Ruben Tomas : Tilda Swinton. Cate Blanchett. Des artistes qui portent mystère et profondeur dans leur présence.

Un livre de photographie essentiel ?
Ruben Tomas : Blind de Sophie Calle.

Lappareil photo de votre enfance ?
Ruben Tomas : Un Polaroid.

Celui que vous utilisez aujourdhui ?
Ruben Tomas : Canon 5D Mark III.

Un projet à venir qui vous tient à cœur ?
Ruben Tomas : Une résidence et une exposition en Sardaigne avec la Fondazione MACC. Je vais photographier la vie et les traditions méditerranéennes, un nouveau chapitre dans mon exploration de la symbiose entre l’homme et la nature.

Votre addiction préférée ?
Ruben Tomas : Le fitness.

La meilleure façon pour vous de vous déconnecter ?
Ruben Tomas : La nature.

Votre relation personnelle avec limage ?
Ruben Tomas : Les images représentent des moments de ma vie, des instants où je luttais ou j’étais dans un calme profond. Elles portent ma vérité.

Par qui aimeriez-vous ou auriez-vous aimé être photographié ?
Ruben Tomas : Richard Avedon.

Votre dernière folie ?
Ruben Tomas : Imprimer une œuvre en quatre parties presque à ma taille pour un collectionneur dans les Hamptons. C’était fou, et ça en valait la peine.

Une image pour illustrer un nouveau billet de banque ?
Ruben Tomas : Une figure humaine et un animal, côte à côte, immobiles, égaux, encadrés par la nature. Un rappel que la véritable valeur réside dans notre lien avec le vivant.

Couleur ou noir et blanc ?
Ruben Tomas : Noir et blanc.

Lumière du jour ou lumière de studio ?
Ruben Tomas : Cela dépend du sujet, mais je me sens très à l’aise en studio, où je peux jouer avec les lumières.

Selon vous, quelle est la ville la plus photogénique ?
Ruben Tomas : Rio de Janeiro. Elle est spectaculaire partout où l’on regarde.

Si Dieu existait, lui demanderiez-vous de poser pour vous ou préféreriez-vous un selfie avec lui ?
Ruben Tomas : J’aimerais le photographier naturellement, en silence.

En matière de réseaux sociaux, êtes-vous plus Instagram, Facebook, TikTok ou Twitter, et pourquoi ?
Ruben Tomas : Instagram. C’est visuel, rapide et intime.

Pensez-vous que lexplosion des réseaux sociaux a changé notre rapport à limage ?
Ruben Tomas : Oui, définitivement. C’est désormais tellement accessible, parfois écrasant. On voit plus, mais on ressent moins.

Que représente la photographie dans votre univers créatif ?
Ruben Tomas : C’est ma façon de traiter la vie. C’est mémoire, poésie, présence.

Selon vous, quel est le but de lart ?
Ruben Tomas : Faire ressentir, réfléchir, imaginer. L’art ouvre des portes émotionnelles et intellectuelles.

Le métier que vous nauriez pas aimé faire ?
Ruben Tomas : Tout ce qui est répétitif et sans créativité.

Votre plus grande extravagance professionnelle ?
Ruben Tomas : Passer un mois en Namibie, à chasser la lumière à travers les déserts et le silence. Juste moi, mon appareil photo et le besoin de ressentir quelque chose de vrai. Pas d’agenda, juste l’instinct.

Quelle question pourrait vous mettre en colère ?
Ruben Tomas : Quand on me demande si je “ne fais qu’appuyer sur un bouton”.

Et la question que vous aimeriez quon vous pose mais quon ne vous a jamais posée ?
Ruben Tomas : Qu’avez-vous dû lâcher pour prendre cette photo ?

Quelle est la dernière chose que vous avez faite pour la première fois ?
Ruben Tomas : Gravir une dune de sable la nuit avec mon appareil photo et sans plan. J’ai écouté le vent et l’ai laissé me guider.

La ville, le pays ou la culture que vous rêvez de découvrir ?
Ruben Tomas : L’Éthiopie.

Lendroit dont vous ne vous lassez jamais ?
Ruben Tomas : Le désert du Namib.

Votre plus grand regret ?
Ruben Tomas : Ne pas m’être fait confiance plus tôt.

Si je pouvais organiser votre dîner idéal, qui serait à table ?
Ruben Tomas : Sophie Calle, Irving Penn et Franz Kline. J’écouterais simplement curieux de savoir comment ils voient, ressentent et créent.

Selon vous, quest-ce qui manque au monde daujourdhui ?
Ruben Tomas : La présence. Nous devons nous arrêter et vraiment nous voir à nouveau.

Si vous deviez tout recommencer ?
Ruben Tomas : Je le ferais. Peut-être que je commencerais par la peinture.

Après, quaimeriez-vous que lon dise de vous ?
Ruben Tomas : Que j’ai créé avec mon âme et que je lui suis resté fidèle.

La seule chose que lon doit absolument savoir sur vous ?
Ruben Tomas : Tout ce que je photographie, je l’ai d’abord ressenti.

Un dernier mot ?
Ruben Tomas : Gratitude. Pour la lumière, le silence et chaque connexion sur le chemin.

 

Ruben Tomas : Symbiosis
23 mai – 5 septembre 2025
PICTO New York
77 Washington Ave, 3rd floor
Brooklyn, NY11205
www.pictony.com
@ruben_tomas


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www.squadra.art

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