Nous avons appris hier le décès de Duane Michals. Il y aurait tant à dire sur Duane, et pourtant, pourquoi le ferait-on ? Ses images parlent d’elles-mêmes, pour lui ; au-delà du photographe légendaire, il était un poète, un surréaliste qui nous a invités pendant des décennies dans son monde où nous pouvions tour à tour sourire, nous étonner, être bousculés, mais toujours être touchés.
Aujourd’hui, à titre exceptionnel et pour rendre hommage à Duane, L’Oeil de la Photographie publie deux éditions ; voici la première partie.
En 2012, L’Œil de la Photographie (alors La Lettre) lui avait consacré une édition entière pour célébrer ses quatre-vingts ans. Dans cette première partie, nous la republions aujourd’hui dans son intégralité. À l’occasion de la célébration de l’anniversaire de Duane, notre fondateur, Jean-Jacques Naudet, avait écrit :
Duane vient d’avoir 80 ans, et notre cadeau est une édition entière de La Lettre qui lui est dédiée.
Un jour de janvier 1971, des photographies remarquables arrivèrent à la rédaction du magazine PHOTO. Elles étaient signées Duane Michals. Nous les publiâmes cinq fois dans l’année qui suivit, et il vint à Paris cinq mois plus tard pour une exposition chez Robert Delpire.
Duane est l’un des grands de l’histoire de la photographie. C’est un entertainer surréaliste qui déborde de culture et de talent, un provocateur maniaque dont le répondeur oscille entre insultes aux Républicains (« Laissez un message — à moins que vous ne vous appeliez George Bush ») et confessions nostalgiques (« Si vous êtes beau, sexy et ouvert d’esprit, laissez un message. J’ai été comme vous autrefois — et regardez-moi maintenant »). Dissimulant son angoisse sous des couches d’ironie, de farces de potache et d’un humour caustique, Duane a laissé son empreinte sur toutes les formes de photographie qu’il a touchées. Personne n’a jamais réussi à lui en conter.
Pendant quatre-vingts ans — huit décennies — il a tout donné, sélectionnant lui-même ses images (pour la plupart inconnues) et rédigeant ses propres textes. Il aime écrire et le fait bien. En artiste protéiforme, Duane a joué bien des rôles dans sa vie. C’est bien naturel pour quelqu’un qui affirme que la photographie n’est rien d’autre qu’un mensonge.
Nous tenons particulièrement à remercier la Pace/MacGill Gallery pour sa collaboration, notamment Emily Kloppenpurg et Maya Piergies.
Joyeux anniversaire, Duane.
Jean-Jacques Naudet, février 2012














