Richard Schroeder : l’œil qui révèle l’âme.
Richard Schroeder ne photographie pas pour figer, mais pour faire exister. Entre mode, musique et cinéma, son regard est celui d’un explorateur attentif à la tension fragile entre présence et disparition, célébrité et anonymat. Ses cadrages carrés, sa lumière frontale, son noir et blanc privilégié ne sont pas des codes esthétiques : ce sont des instruments pour saisir l’instant où l’âme se révèle, même dans le silence ou la sobriété. Chaque visage devient un territoire, chaque geste une vibration.
Tout au long de sa carrière, il a développé une approche singulière qui traverse les genres et les époques. De ses premières images punks et rock aux portraits de stars du cinéma et de la littérature, de la photographie de mode à ses travaux plus personnels en noir et blanc, il reste fidèle à une exigence constante : capter l’humain dans sa vérité, qu’il soit reconnu ou anonyme. Son œuvre est une exploration continue de la lumière, de la forme et du temps suspendu, un dialogue permanent entre esthétique, émotion et mémoire.
Moment Parfait (paru aux Éditions Odyssée) ne se lit pas : il se vit. Le livre est un “road‑movie en images”, où les icônes croisent les anonymes, où couleur et noir & blanc dialoguent comme deux voix dans une partition, et où la bande-son choisie par Richard Schroeder suggère le rythme et la musicalité de chaque instant. La chronologie est suspendue, et le lecteur est invité à dériver, à écouter le silence entre les images, à sentir la texture du temps suspendu.
Critique et poésie se confrontent dans ce travail. La maîtrise formelle et l’élégance rigoureuse imposent un ordre qui subjugue, mais l’audace véritable surgit dans les interstices : un regard fugitif, une imperfection subtile, une émotion qui échappe à la pose. Schroeder refuse la facilité de la photographie « belle pour être vue » et transforme chaque portrait en un acte de rencontre, une méditation sur l’humanité, la mémoire et la perception.
Moment Parfait est à la fois manifeste et miroir : il interroge notre rapport à l’image, à l’archive, à la célébrité et à l’instant. Il nous rappelle que la photographie ne se limite pas à ce que l’on voit, mais à ce que l’on ressent, à ce qui survit dans le silence de l’image. Ici, Schroeder ne capture pas seulement des visages : il capte des moments où le vivant se fait image, et où l’image devient vivant.
Website : www.richardschroeder.fr
Instagram : @richardschroederphoto
Actualité : Sortie de son livre « Moment Parfait » chez Editions Odyssée / Exposition à la Galerie Atsikal, 90 rue d’assas Paris 6e jusqu’au 27 novembre prochain.
Votre premier déclic photographique ?
Richard Schroeder : Une photo volée prise à travers la vitrine d’un tailleur pour hommes, avenue Mozart.
Un souvenir photographique de votre enfance ?
R.S. : Les portraits des Beatles signés Richard Avedon.
L’appareil photo de votre enfance ?
R.S. : Un Brownie Kodak enfant puis un Pentax Spotmatic à 15 ans ! Le début de tout.
Celui que vous utilisez aujourd’hui ?
R.S. : Un Rollei bi objectif schneider 3,5 + Hasselblad 500 CM avec dos Phase one + Canon 5 D SR + Fuji X100F.
L’homme ou la femme de l’image qui vous a inspiré ?
R.S. : Richard Avedon.
L’image que vous auriez aimé réaliser ?
R.S. : Marilyn Monroe le regard perdu, par Avedon.
Celle qui vous a le plus ému ?
R.S. : La même.
Et celle qui vous a mis en colère ?
R.S. : Toutes les photos racoleuses.
Quelle photo a changé le monde ?
R.S. : Si seulement on pouvait changer le monde avec une photo.
Et quelle photo a changé votre monde ?
R.S. : Les Beatles par Avedon et l’affiche du film Blow Up d’Antonioni.
Une image clé de votre panthéon personnel ?
R.S. : Parmi mes photos ? Bashung nu. Des photos des autres, Marilyn…
Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans une image ?
R.S. : L’image en elle-même !
Quels détails recherchez-vous dans un visage, un paysage ou un objet ?
R.S. : Une émotion.
Elliott Erwitt disait : « La couleur est descriptive. Le noir et blanc est interprétatif. » Êtes-vous d’accord ?
R.S. : Plutôt.
Selon vous, la technique peut-elle parfois primer sur l’émotion en photographie ?
R.S. : Si la technique domine, la photo est ratée.
La beauté en photographie est-elle, pour vous, purement esthétique ?
R.S. : Bien sûr que non !
Quels éléments peuvent rendre le silence visible dans une photographie ?
R.S. : Le regard.
L’unicité d’une photographie vient-elle du moment ou de la mise en scène ?
R.S. : Tout est possible.
Une photographie peut-elle être plus vraie que la réalité ?
R.S. : Bien sûr.
Une photographie peut-elle changer notre perception d’un événement ?
R.S. : Bien sûr aussi, parfois, hélas, malheureusement.
La photographie est-elle un témoignage ou une forme de manipulation ?
R.S. : L’un ou l’autre, encore une fois, malheureusement.
Qu’est-ce qui fait une bonne photo ?
R.S. : Si on le savait, il n’y aurait plus que des bonnes photos.
Selon vous, quelle est la qualité nécessaire pour être un bon photographe ?
R.S. : Curiosité, empathie.
Comment choisissez-vous vos projets ?
R.S. : Le désir des autres ou le hasard.
Comment décririez-vous votre processus créatif ?
R.S. : Je ne sais pas. Je regarde et ça vient, ou pas.
Un projet à venir qui vous tient particulièrement à cœur ?
R.S. : Photographier ma petite-fille le plus longtemps possible.
La personne que vous aimeriez photographier ?
R.S. : Bob Dylan ou Lauren Bacall, si l’on peut revenir ne serait-ce que 15 ans en arrière.
Celle par qui vous aimeriez être photographié(e) ?
R.S. : Patrick Swirc ou Laura Stevens.
Un livre de photographie indispensable ?
R.S. : In the American west d’Avedon.
Quelle est la dernière photo que vous avez prise ?
R.S. : Une rose fanée.
Sur les réseaux sociaux, êtes-vous plutôt Instagram, Facebook, TikTok — et pourquoi ?
R.S. : Instagram. Ça me semble malgré tout le plus honnête et le plus adapté à la photographie.
Qu’est-ce qui a changé en photographie depuis le succès des réseaux sociaux ?
R.S. : Tout, puisqu’aujourd’hui tout le monde est photographe.
Un compte Instagram à suivre absolument ?
R.S. : Il y en a deux ! Celui de la MEP et celui de Paolo Roversi.
Quel est votre point de vue sur l’IA ?
R.S. : Youhou Rintintin !
Couleur ou noir et blanc ?
R.S. : Noir et blanc.
Lumière naturelle ou lumière artificielle ?
R.S. : Naturelle.
Quelle ville vous paraît la plus photogénique ?
R.S. : New York dans les années 70, 80.
La ville, le pays ou la culture que vous rêvez de découvrir ?
R.S. : Le Japon.
L’endroit dont vous ne vous lassez jamais ?
R.S. : N’importe quel banc face à la mer.
L’image qui représente pour vous l’état actuel du monde ?
R.S. : S’il peut s’agir d’une image non photographique, le radeau de la méduse de Géricault.
Selon vous, qu’est-ce qui manque dans le monde d’aujourd’hui ?
R.S. : Du bon sens et de l’empathie.
Si Dieu existait, lui demanderiez-vous de poser pour vous, ou opteriez-vous pour un selfie avec lui ?
R.S. : Pas de selfie, quelle horreur !
Votre drogue préférée ?
R.S. : La chanson de Serge Gainsbourg et Michel Simon : « L’herbe tendre » !
Votre meilleure façon de déconnecter ?
R.S. : Écouter de la musique
Votre dernière folie ?
R.S. : D’avoir fait mon livre.
Votre plus grande extravagance professionnelle ?
R.S. : D’avoir fait ce livre, Moment Parfait, avec l’excellente Antoinette Chalumeau.
Le métier que vous n’auriez pas aimé faire ?
R.S. : Bourreau.
Quelle question vous déroute le plus ?
R.S. : Beatles ou Rolling Stones ?
La dernière chose que vous avez faite pour la première fois ?
R.S. : Écouter le nouveau Bertrand Belin.
Votre plus grand regret ?
R.S. : Aucun.
Si vous deviez tout recommencer ?
R.S. : Quasi pareil.
Si je pouvais organiser votre dîner idéal, qui serait à table ?
R.S. : Modiano, Françoise Sagan, Pj Harvey, John Lennon.
Qu’aimez-vous que les gens disent de vous… après ?
R.S. : Rien à cirer ou alors que je suis un type plutôt sympa.
La seule chose que l’on doit absolument savoir sur vous ?
R.S. : Je suis né le jour de la mort de Staline !
Un dernier mot ?
R.S. : Merci.














