Dans un paysage où les grands rendez-vous de l’image restent souvent concentrés dans les grandes villes, la Biennale de photographie Xavier Miserachs défend une autre idée du festival ; une manifestation à taille humaine capable de faire dialoguer mémoire locale et enjeux actuels.
Cette édition propose d’abord un voyage dans l’histoire avec « Dorothea Lange, un long voyage ». L’exposition consacrée à la grande photographe documentaire américaine revient sur son travail réalisé dans les années 1930 et 1940 pour la Farm Security Administration (FSA), alors qu’elle documentait les conditions de vie des foyers agricoles frappés par la Grande Dépression. Parmi les images présentées, figure son portrait devenu mythique de Florence Thompson et de ses enfants, parmi ses photographies les plus emblématiques.
Autre point d’orgue « Sergio Larrain. Le vagabond de Valparaíso », première rétrospective du photographe chilien en Catalogne. Produite par Magnum Photos et organisée avec la Fundació Foto Colectania, elle rappelle l’importance d’un auteur à part, capable de transformer la rue en paysage intérieur. De Valparaíso à l’Europe, Larrain développe une photographie où la poésie n’efface pas la réalité.
La Biennale poursuit aussi son travail de redécouverte avec une exposition dédiée à Gabriel Cualladó, figure du renouveau photographique espagnol de l’après-guerre. Ses portraits et scènes de rue montrent une modernité discrète, attentive aux gestes ordinaires et aux présences anonymes.
Le programme aime également les correspondances inattendues « Décrire le temps, Txema Salvans – Josep Pla » met en regard le photographe et l’écrivain autour d’une même démarche ; deux façons de comprendre qu’un lieu peut devenir une matière artistique.
Cette attention au local traverse aussi « Les Casanovas. Une lignée de photographes », la Biennale exhume des archives familiales pour raconter un siècle d’histoire de Palafrugell à travers les images de cette dynastie commencée avec Lluís Casanovas Marquès (1857-1936). Un travail de mémoire qui rappelle que les albums oubliés appartiennent aussi à la photographie.
La programmation regarde aussi vers la nouvelle génération avec « Travailleurs de la mer » de Carles Palacio, consacré aux pêcheurs de la Costa Brava et aux fragilités d’un métier menacé ; « Le paysage invisible » de Wayra Ficapal, qui observe le delta de l’Èbre face aux bouleversements environnementaux, ou encore « Osses » de Vero Mora Noya, hommage aux femmes aidantes dont les rôles finissent parfois par s’inverser.
L’actualité du monde n’est pas absente, notamment avec « Le local est global», sélection issue de la Collection Art Banc Sabadell. Fotografia Documental, qui réunit des photographes comme Samuel Aranda, Toni Arnau, Lorenzo Meloni, Santi Palacios, Edu Ponces ou Anna Surinyach autour des grandes tensions contemporaines, climat, migrations, crises politiques et sociales. À cela s’ajoutent des projections et une conférence du philosophe Xavier Antich.
La force de cette Biennale tient peut-être là, demeurer dans un village méditerranéen une manifestation précieuse, parce qu’elle contribue à créer un lieu de circulation et de rencontres.
Jean-Jacques Ader
XIV Biennal de Fotografia Xavier Miserachs, à Palafrugell (Baix Empordà, Girona) 11 expositions du 2 août au 18 octobre 2026 – Infos : https://biennalxmiserachs.org/














