Diplômée de l’ENS Louis Lumière en 1997, Liliroze s’impose dans le paysage contemporain par une approche singulière, où la lumière et la matière de l’image deviennent vecteurs d’émotion. Son travail, profondément sensoriel, refuse la simple reproduction du réel : il cherche à capturer l’essence des sensations, des impressions et des souvenirs, comme si la photographie devenait un prolongement de la mémoire corporelle et affective.
S’inspirant des photographes pictorialistes et de maîtres contemporains tels que Paolo Roversi ou Sarah Moon, Liliroze développe un univers à la fois poétique et mystérieux, où les figures et les textures se superposent pour créer une atmosphère onirique. La lumière naturelle, subtile et nuancée, est son principal outil : elle sculpte les formes, module les teintes et confère à chaque image une aura qui échappe à la simple vision descriptive. Son œuvre interroge des thèmes récurrents — le corps féminin, la sensualité, la mémoire sensorielle — mais toujours dans une tension entre le visible et l’invisible, entre la matérialité tangible et l’impression fugitive. Les corps qu’elle photographie ne sont jamais objet de pur désir ou d’esthétique formelle : ils deviennent lieux de mémoire et de réflexion, porteurs de fragilité et de présence.
Représentée par la Galerie Carole Decombe à Paris, Liliroze a su imposer son langage photographique par des expositions exigeantes et un travail éditorial cohérent. Ses séries telles que Life, Still-Life, Wanderings, Films ou Magic by LiLiROZE explorent avec une constance remarquable la capacité de la photographie à transcender la réalité et à provoquer une expérience émotionnelle intense chez le spectateur.
Elle se distingue également par une exigence poétique doublée d’un regard critique sur la tradition et l’histoire de la photographie. Elle se situe à l’intersection de la mémoire intime et de l’artifice esthétique, offrant des images qui sont autant de fragments d’une réalité réinventée, toujours à la frontière entre le rêve et l’expérience vécue. Son engagement — notamment à travers sa présence sur Instagram et ses initiatives pour promouvoir le talent des femmes photographes — complète sa démarche artistique, en affirmant la place de la sensibilité et de l’exigence dans un champ photographique contemporain souvent dominé par l’instantanéité.
Site Web : www.liliroze.com
Instagram : @lilirozeofficiel
Actualité : Sa série photographique Aux Oiseaux est présentée dans le cadre de la 10e édition du festival Objectif FEMMES, un événement parisien dédié à la promotion des femmes photographes. Cette exposition se tiendra du 12 au 23 novembre 2025 à la Mairie du 9ᵉ arrondissement de Paris, sous le haut patronage du Ministère de la Culture
Votre premier déclic photographique ?
Liliroze : Avoir vu mon père faire des tirages dans notre salle de bain.
Un souvenir photographique de votre enfance ?
Liliroze : C’est une photo en noir et blanc que mon père a prise. Je dois avoir 6 ans, je suis avec mon cousin sur un vieux puits, à l’ombre d’un lilas, et nous jouons aux enfants perdus. Dans cette photo, il y a toute mon enfance. C’est cette image qui m’a donné envie de faire de la photographie.
L’appareil photo de votre enfance ?
Liliroze : J’ai commencé avec le vieux reflex Minolta de mon père, avant d’avoir mon premier Nikon.
Celui que vous utilisez aujourd’hui ?
Liliroze : J’ai longtemps travaillé à la chambre 4×5 Sinar, avec des films Polaroïd, mais quand la production s’est arrêtée je suis revenue au Nikon. Je suis en train de chercher le prochain.
L’homme ou la femme de l’image qui vous a inspiré(e) ?
Liliroze : Sans surprise, j’imagine que je peux dire Sarah Moon.
L’image que vous auriez aimé réaliser ?
Liliroze : C’est une image de Gilles Roudière (dont j’aime beaucoup le travail), issue de sa série What are these montains dreaming about ? (Albania 2010-2012). Je l’ai découverte en carte postale. Elle représente une route, vue à travers une vitre, sur laquelle un moustique est posé. D’un Noir et blanc intense et contrasté. Elle est simple et complexe, dure et délicate. Je ne sais pas pourquoi mais elle m’a immédiatement touchée et je me suis dit que j’aurais aimé l’avoir faite.
Celle qui vous a le plus ému(e) ?
Liliroze : Ma première échographie.
Et celle qui vous a mis en colère ?
Liliroze : La photo du petit Aylan mort sur une plage, de Nilüfer Demir.
Quelle photo a changé le monde ?
Liliroze : Le lever de Terre depuis la Lune.
Et quelle photo a changé votre monde ?
Liliroze : La première photo que j’ai vendue, et je ne me souviens même pas de laquelle il s’agit, mais elle a changé mon monde.
Une image clé de votre panthéon personnel ?
Liliroze : Le violon d’Ingres de Man Ray.
Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans une image ?
Liliroze : Sa capacité à m’émouvoir.
Quels détails recherchez-vous dans un visage, un paysage ou un objet ?
Liliroze : Je ne cherche pas de détails. Je cherche ce qui n’est pas visible, une concordance, une impression, un ensemble qui traduise un sentiment, et si un détail ressort, c’est un heureux accident.
Elliott Erwitt disait : « La couleur est descriptive. Le noir et blanc est interprétatif. » Êtes-vous d’accord ?
Liliroze : Non pas du tout. C’est peut-être même l’inverse, car mon travail n’est pas une représentation fidèle de la réalité ni en couleur ni en noir et blanc.
Selon vous, la technique peut-elle parfois primer sur l’émotion en photographie ?
Liliroze : Je ne sais pas si elle peut primer, mais il me semble que parfois la technique est un frein à l’émotion. Quand tout est trop sous contrôle, il manque les accidents, la poésie, la possibilité de se faire surprendre.
La beauté en photographie est-elle, pour vous, purement esthétique ?
Liliroze : Il me semble que la beauté va bien au-delà de l’esthétisme. Il y a par exemple beaucoup de photos qui sont très esthétiques mais que je ne trouve pas belles pour autant. Et des photos moins esthétiques qui dégagent pourtant une beauté à couper le souffle.
Quels éléments peuvent rendre le silence visible dans une photographie ?
Liliroze : La brume, le ciel, la nuit ou l’aube, pour en citer quelques-uns…
L’unicité d’une photographie vient-elle du moment ou de la mise en scène ?
Liliroze : Du moment, car quelle que soit la mise en scène, c’est toujours un moment précis qui déterminera l’unicité de la photo. Le moment est toujours unique alors que la mise en scène est réplicable.
Une photographie peut-elle être plus vraie que la réalité ?
Liliroze : Oui, il suffit qu’elle soit plus fidèle au souvenir qu’on a de la réalité qu’à la réalité elle-même. Alors elle devient la réalité.
Une photographie peut-elle changer notre perception d’un événement ?
Liliroze : Oui. Une photographie est un point de vue et un point de vue, s’il est convaincant, peut changer la perception d’un évènement.
La photographie est-elle un témoignage ou une forme de manipulation ?
Liliroze : C’est d’abord un témoignage, mais dans cette période de post vérité où la crédulité semble grandissante, elle peut se transformer en manipulation.
Qu’est-ce qui fait une bonne photo ?
Liliroze : Une belle lumière, un beau cadrage et un peu de magie.
Selon vous, quelle est la qualité nécessaire pour être un bon photographe ?
Liliroze : Penser en image.
Comment choisissez-vous vos projets ?
Liliroze : C’est eux qui me choisissent. Je pratique la photographie comme une thérapie, et c’est la vie qui détermine les projets. Ils s’imposent comme une évidence.
Comment décririez-vous votre processus créatif ?
Liliroze : Bordélique et foisonnant.
Un projet à venir qui vous tient particulièrement à cœur ?
Liliroze : Le projet Aux Oiseaux que je suis en train de finaliser et qui, je l’espère, donnera un très beau livre.
La personne que vous aimeriez photographier ?
Liliroze : J’aurais adoré photographier David Lynch.
Celle par qui vous aimeriez être photographié(e) ?
Liliroze : Keisot.
Un livre de photographie indispensable ?
Liliroze : The Architect’s Brother de Robert et Shana ParkeHarisson.
Quelle est la dernière photo que vous avez prise ?
Liliroze : L’océan.
Sur les réseaux sociaux, êtes-vous plutôt Instagram, Facebook, TikTok — et pourquoi ?
Liliroze : Plutôt Instagram parce qu’à ses débuts, c’est le réseau qui mettait le plus les images en avant.
Qu’est-ce qui a changé en photographie depuis le succès des réseaux sociaux ?
Liliroze : Une démocratisation et une facilitation de l’accès au travail des gens.
Un compte Instagram à suivre absolument ?
Liliroze : Le mien !!! 😉
Quel est votre point de vue sur l’IA ?
Liliroze : Mitigé. ça peut être très utile pour faciliter le nettoyage, les retouches et la post-production, mais dans de mauvaises mains ça peut être très dangereux.
Couleur ou noir et blanc ?
Liliroze : Les deux.
Lumière naturelle ou lumière artificielle ?
Liliroze : Naturelle.
Quelle ville vous paraît la plus photogénique ?
Liliroze : Paris, ou une ville italienne, Florence, Palerme, Naples..
La ville, le pays ou la culture que vous rêvez de découvrir ?
Liliroze : L’Inde.
L’endroit dont vous ne vous lassez jamais ?
Liliroze : Ma maison.
L’image qui représente pour vous l’état actuel du monde ?
Liliroze : L’homme qui tombe de Richard Drew.
Selon vous, qu’est-ce qui manque dans le monde d’aujourd’hui ?
Liliroze : De la beauté, de la poésie et de l’empathie.
Si Dieu existait, lui demanderiez-vous de poser pour vous, ou opteriez-vous pour un selfie avec lui ?
Liliroze : Surtout pas un selfie, je déteste ça ! J’essaierais de le convaincre, en lui montrant mon travail, d’accepter de poser pour moi.
Votre drogue préférée ?
Liliroze : L’amour (et le whisky 😉)
Votre meilleure façon de déconnecter ?
Liliroze : L’amour (et le whisky 😉)
Votre dernière folie ?
Liliroze : L’amour (et le whisky 😉)
Votre plus grande extravagance professionnelle ?
Liliroze : D’avoir tout arrêté pour devenir photographe.
Le métier que vous n’auriez pas aimé faire ?
Liliroze : Travailler dans la finance.
Quelle question vous déroute le plus ?
Liliroze : Quand on me demande de catégoriser mon travail. Je n’aime ni les cases, ni les limites.
La dernière chose que vous avez faite pour la première fois ?
Liliroze : Construire un arbre et sculpter des oiseaux pour la scénographie de ma prochaine exposition.
Votre plus grand regret ?
Liliroze : Je n’ai pas de regret.
Si vous deviez tout recommencer ?
Liliroze : Comme je n’ai pas de regret je pense que je ne changerais rien…
Si je pouvais organiser votre dîner idéal, qui serait à table ?
Liliroze : Mes amis et ma famille. Mais pour le chef, j’ai des idées précises : Freddy Girardet ou Guy Savoy.
Qu’aimez-vous que les gens disent de vous… après ?
Liliroze : J’ai été heureux(se) de la connaître, et qu’est-ce qu’on a ri.
La seule chose que l’on doit absolument savoir sur vous ?
Liliroze : Je suis une amoureuse.
Un dernier mot ?
Liliroze : Il y en a un peu plus, je vous le mets quand même ? …














