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Le Questionnaire : Julien Drach par Carole Schmitz

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Julien Drach : le regard en héritage, la mémoire en lumière

Photographe de l’intime et du sensible, Julien Drach compose des images comme on sculpte le silence. Issu d’un univers familial baigné d’art, de littérature et de cinéma, il a très tôt cultivé un regard curieux, empreint de douceur et de gravité. Loin des effets tapageurs, son œuvre privilégie la nuance, le clair-obscur, la suggestion plutôt que l’évidence. Chaque cliché semble ainsi contenir une histoire en filigrane, un secret murmuré, une émotion discrète mais persistante. Qu’il saisisse un visage, une architecture oubliée ou un simple jeu d’ombre et de lumière, Julien Drach cherche toujours à révéler l’âme des choses. Son travail se situe à la croisée du documentaire poétique, de la peinture intérieure et de la mémoire collective, une photographie habitée, presque tactile, où l’esthétique dialogue avec le sensible.

Actuellement exposé à la galerie Anne-Sophie Duval à Paris, Julien Drach présente une série réalisée entre Pompéi et Athènes, où vestiges antiques et poésie contemporaine dialoguent avec élégance. Entourés d’objets et de mobiliers Art déco subtilement mis en scène, ses tirages dévoilent une vision du monde où le décor devient récit, et l’image, mémoire habitée. Une invitation à contempler, à ressentir, et à redécouvrir la beauté comme un acte de résistance au tumulte.

 

Website : www.juliendrachstudio.com / Instagram : @juliendrach
Exposition : « Roots of Heaven » – Galerie Anne-Sophie Duval, 5 Quai Malaquais Paris 6e, jusqu’au 02 Juin 2025.

 

Votre premier déclencheur photographique ?
Julien Drach : La ville de New York.

L’homme ou la femme dimage qui vous a inspiré ?
J.D. : Manuel Álvarez Bravo, Sarah Moon, Deborah Turbeville, Sheila Metzner.

Limage que vous auriez aimé prendre ?
J.D. : La prochaine.

Celle qui vous a le plus ému ?
J.D. : Lee Miller dans la baignoire d’Hitler.

Et celle qui vous a mis en colère ?
J.D. : N’importe quel selfie.

Quelle photo a changé le monde ?
J.D. : La première… prise par Nicéphore Niépce en 1827.

Et quelle photo a changé votre monde ?
J.D. : Les photos de Manuel Álvarez Bravo exposées au MoMA à New York en 1997.

Quest-ce qui vous intéresse le plus dans une image ?
J.D. : La composition plus que le sujet.

Quelle est la dernière photo que vous ayez prise ?
J.D. : Les Polaroids couleur de mon atelier parisien.

Une image clé dans votre panthéon personnel ?
J.D. : Le travail de Sheila Metzner, particulièrement la série Romaine pour Fendi et les Polaroids du maestro Paolo Roversi.

Un souvenir photographique de votre enfance ?
J.D. : Le Canon argentique de mon père.

Selon vous, quest-ce qui fait une bonne photo ?
J.D. : La chance.

La personne que vous auriez aimé photographier ?
J.D. : Mon père.

Un livre photo indispensable ?
J.D. : Unseen Versailles par Deborah Turbeville.

Lappareil photo de votre enfance ?
J.D. : Un Polaroid SX-70.

Celui que vous utilisez aujourdhui ?
J.D. : La liste est longue, chaque appareil est un outil, comme des pinceaux pour un peintre.

Comment choisissez-vous vos projets ?
J.D. : Une question de désir. Je réalise les images avec lesquelles j’ai envie de vivre. J’assume et revendique le terme « décoratif », au sens le plus noble. C’est pour moi une immense joie de présenter actuellement cette série de photos prises entre Pompéi et Athènes à la galerie Anne-Sophie Duval. Mes tirages dialoguent, entourés d’objets et de mobilier Art déco choisis avec talent par Julie Blum et scénographiés par Vincent-Emmanuel Rouxel.

Comment décririez-vous votre processus créatif ?
J.D. : Toujours inspiré par la peinture ou le cinéma… pour mieux fuir la réalité.

Votre drogue favorite ?
J.D. : Le chocolat de chez Alain Ducasse.

Le meilleur moyen de déconnecter pour vous ?
J.D. : Je ne l’ai pas encore trouvé… mais promis, je vais commencer à chercher.

Quelle est votre relation personnelle à limage ?
J.D. : Obsessionnelle. Je vois le monde en storyboard cinématographique.

Par qui aimeriez-vous être photographié ?
J.D. : Par personne… je déteste maintenant être photographié.

Votre dernière folie ?
J.D. : Une 12e table basse pour mon atelier. Je suis maximaliste !

Une image pour illustrer un nouveau billet de banque ?
J.D. : La photo de Man Ray Visage de nacre et masque d’ébène.

Et si vous naviez pas été un homme dimages ?
J.D. : Je serais sans doute devenu antiquaire.

Votre plus grande extravagance professionnelle ?
J.D. : La prochaine… j’ai déjà eu plusieurs vies professionnelles.

Quelle question pourrait vous déstabiliser ?
J.D. : Vos deux prochaines questions.

La question que vous auriez aimé que lon vous pose et que lon ne vous a jamais posée ?
J.D. : Cf. réponse précédente.

Quelle est la dernière chose que vous avez faite pour la première fois ?
J.D. : Cf. réponse précedente.

La ville, le pays ou la culture que vous rêvez encore de découvrir ?
J.D. : L’Italie encore et toujours… et le Japon, pour la première fois.

Le lieu dont vous ne vous lassez jamais ?
J.D. : L’Italie.

Votre plus grand regret ?
J.D. : Ne pas parler l’italien, justement.

Quont, à votre avis, apporté les réseaux sociaux, en bien et/ou en mal ?
J.D. : Une incroyable visibilité et la possibilité de découvrir des artistes de talent. Et pour le côté négatif… une immense visibilité accordée à des gens sans aucun talent particulier.

Couleur ou N&B ?
J.D. : Les deux, parfois pour le même projet photographique. Choisir, c’est renoncer.

Lumière du jour ou lumière artificielle ?
J.D. : Lumière du jour, même la nuit.

Quelle ville vous semble la plus photogénique ?
J.D. : Toute ville peut être photogénique, c’est le point de vue et l’intention du photographe qui la rendent telle.

Si Dieu existait, lui demanderiez-vous de poser pour vous ou préféreriez-vous un selfie avec lui ?
J.D. : Je lui demanderais de faire son autoportrait.

Si je pouvais organiser votre dîner idéal, qui serait à table ?
J.D. : Man Ray, Cy Twombly, Christian Bérard, Fellini, Monica Vitti, John Cassavetes, Lee Miller.

Limage qui représente pour vous l’état actuel du monde ?
J.D. : La dernière pleine lune, dite « lune rose ».

Si vous deviez tout recommencer ?
J.D. : Chaque nouveau projet est un recommencement, avec des doutes, des prises de risque.

Que souhaitez-vous que lon dise de vous après ?
J.D. : The show must go on.

La chose essentielle que lon doit savoir sur vous ?
J.D. : Je suis un homme de parole.

Un dernier mot ?
J.D. : C’est justement une épitaphe parfaite. Ce serait un mot d’auteur de Saint-John Perse :
« À quoi sert de prendre la vie au sérieux ? De toute façon, nous n’en sortirons pas vivants. »

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