Fab Rideti : Capturer l’invisible
Fab Rideti est une photographe et artiste plasticienne dont le travail interroge les frontières entre réalité et fiction, entre photographie et arts plastiques. Son approche se caractérise par une mise en scène rigoureuse, une attention méticuleuse à la lumière et au détail, et une capacité rare à transformer le quotidien en images chargées de tension et d’émotion.
Dans le cadre de la 16ᵉ Biennale d’Issy, elle a présenté son univers dans l’exposition « L’eau intranquille », où ses images dialoguent avec le thème de l’eau et de la fluidité. Ses photographies y explorent la fragilité et la résilience humaines, jouant sur la suggestion, l’imaginaire et la force narrative de l’image. Chaque élément pose, costume, décor, lumière est conçu comme une chorégraphie visuelle, révélant la dimension théâtrale et sculpturale de son travail.
Ses séries, telles que Naphta Tribes et Impermanence, témoignent de sa capacité à bâtir des mondes cohérents et sensibles, où l’œil du spectateur est sollicité autant qu’émerveillé. Empathique et attentive aux nuances du regard humain, Fab Rideti cherche à capter ce qui échappe à l’évidence, à révéler la beauté dans ce qui vacille et à créer des images qui persistent dans la mémoire, bien au-delà du simple instant photographique.
Website : www.fabrideti.com
Instagram : @fab.rideti
Actu : Fab Rideti participe à l’exposition « L’eau intranquille » dans le cadre de la 16e Biennale d’Issy jusqu’au 9 novembre 2025.
Votre premier déclic photographique ?
Fab Rideti : La portrait que j’ai fait de cette femme SDF, au regard bleu d’enfant, d’une pureté infinie, réalisé au tout début de ma carrière. Elle m’a avoué plus tard que cette prise de vue avait changé sa vie, qu’elle l’avait décidée à se reprendre en main. J’ai compris ce jour-là l’impact du regardant, le pouvoir de la photo.
L’homme ou la femme d’image qui vous inspire ?
Fab Rideti : Erwin Olaf, pour son sens du détail, son élégance, sa direction d’acteur et cette façon de transformer la beauté en tension dramatique. Il compose comme un metteur en scène, il joue avec les couleurs de façon magistrale.
L’image que vous auriez aimé réaliser ?
Fab Rideti : Ophelia de Gregory Crewdson . Parce que c’est du cinéma figé, de la narration pure. Mon rêve absolu. J’admire cette capacité à diriger la lumière comme un chef d’orchestre, à chorégraphier l’ordinaire pour le rendre bouleversant.
Celle qui vous a le plus émue ?
Fab Rideti : Il y en a tant. Peut-être mon 1er portrait en studio de ma fille adolescente. Son regard mêlant pureté , force, rage, confiance et doute me touche encore à chaque fois.
Celle qui vous a mis en colère ?
Fab Rideti : Toutes les photos qui trahissent ceux et celles qui y sont piégés involontairement
Une image clé de votre panthéon personnel ?
Fab Rideti : Un magnifique portrait posé de ma grand-mère avec ma mère enfant façon Harcourt. Elégance de la pose, lumière douce , dans un cadre ovale, parfait. Il m’a inspiré les poses des nobles guerrières de ma série Naphta Tribes
Un souvenir photographique de votre enfance ?
Fab Rideti : Une boite de cartes postales anciennes retrouvée dans le grenier, avec des centaines de photos 1900 recolorisées, de femmes, et d’enfants en « costumes », avec des postures figées, posant devant des fonds peints…avec des enluminures et des brassées de fleurs….
L’image qui vous obsède ?
Fab Rideti : Celle que je n’ai pas encore construite. Je la sens, je la devine, La première de ma prochaine série. Elle m’échappe encore…Elle viendra quand elle sera prête — ou quand je le serai.
Celle qui a changé le monde ?
Fab Rideti : La photo de Aylan Kurdi, l’enfant syrien de 3 ans, qui a été retrouvé mort sur une plage de Bodrum, en Turquie. Parce qu’une image, parfois, fait plus que témoigner : elle oblige à regarder.
Celle qui a changé votre monde ?
Fab Rideti : La première photo de ma série Impermanence, où j’ai tout conçu : décor, costume, lumière. Le moment où j’ai compris comment je voulais m’exprimer au travers de la photo — entre peinture, art plastique et théâtre. C’est là que je suis devenue, je crois, autant plasticienne que photographe.
Sans limite de budget, quelle serait l’œuvre que vous rêveriez d’acquérir ?
Fab Rideti : Une photo de Erwin Olaf.
Selon vous, quelle est la qualité nécessaire pour être un bon photographe ?
Fab Rideti : L’empathie , comprendre chez l’autre ce qu’il a de plus puissant ou de plus fragile et dont il n’a pas conscience , mais aussi voir le monde avec une conscience du rôle qu’on y joue.
Le secret de l’image parfaite, s’il existe ?
Fab Rideti : Qu’on y sente à la fois le contrôle et l’accident
La personne que vous aimeriez photographier ?
Fab Rideti : Ariane Mnouchkine, dont le regard engagé réveille les consciences. Ses spectacles foisonnants sont à l’origine de mon amour du théâtre.
Celle par qui vous aimeriez être photographiée ?
Fab Rideti : Cindy Sherman. J’admire sa liberté de réinvention, son humour acide, sa façon d’incarner le regard plutôt que de le subir. J’aimerais voir comment elle me réinventerait.
Un livre de photos indispensable ?
Fab Rideti : “Twilight” de Gregory Crewdson. Chaque image est une énigme, un fragment de récit suspendu.
L’appareil photo de votre enfance ?
Fab Rideti : Un argentique Minolta X700 reçu pour mes 18 ans. Il n’avait rien d’exceptionnel, mais il m’a appris à regarder, à cadrer, à décider de ce que je voulais montrer.
Celui que vous utilisez aujourd’hui ?
Fab Rideti : Un Nikon D850
Votre drogue préférée ?
Fab Rideti : Le clair-obscur. Cette frontière mouvante entre la beauté et l’étrangeté.
Le meilleur moyen de déconnecter pour vous ?
Fab Rideti : Créer de mes mains. Me perdre dans la matière : Coudre un costume, peindre une toile, malaxer de la terre argileuse. Le geste manuel me ramène au concret, à l’instant présent.
Quelle est votre relation avec l’image ?
Fab Rideti : Elle existe d’abord pour porter un message ou raconter une histoire. Ensuite seulement je tente d’un faire un bel objet plastique pour engager le plus grand nombre.
Votre plus grande qualité ?
Fab Rideti : Trouver de la beauté dans ce qui vacille. Et ne jamais cesser d’y croire.
Votre dernière folie ?
Fab Rideti : Partir seule au fin fond de la forêt enneigée avec 3 sacs de matériel, mes flashs, un costume géant de sorcier, en carton, pour être à la fois modèle, éclairagiste, habilleuse et photographe…et m’apercevoir après 40 mn de marche que j’avais oublié… le pied de l’appareil.
Une image pour illustrer un nouveau billet de banque ?
Fab Rideti : Un sourire. Parce que “Rideti” — mon nom d’artiste — signifie justement sourire en espéranto. Et que c’est une valeur universelle.
Le travail que vous n’auriez pas aimé faire ?
Fab Rideti : Paparazzi
Votre plus grande extravagance professionnelle ?
Fab Rideti : Construire seule une cabane grandeur nature en pleine forêt avec des dizaines de cartons de récupération. Certains réalisent des films, moi je construis mes images une à une, avec le même entêtement.
La photographie a-t-elle le pouvoir de changer la perception collective d’un événement ou d’une époque ?
Fab Rideti : Absolument. Une image peut ébranler plus qu’un discours d’une heure.
Comment percevez-vous l’influence des réseaux sociaux sur la manière dont les photographies sont créées et perçues aujourd’hui ?
Fab Rideti : Les réseaux ont démocratisé la photographie— ce qui est magnifique — mais ils ont aussi raccourci la durée de vie des émotions. On « scrolle » là où il faudrait contempler. Heureusement, une image forte résiste à tout, même à l’algorithme.
Un compte Instagram à suivre absolument ?
Fab Rideti : @ fondationtaraocean, parce qu’il est encore temps de sauver les océans
Quelle est la dernière chose que vous ayez fait pour la première fois ?
Fab Rideti : Essayer de suivre une partition d’ Alto lors de ma première séance de Chorale il y a 10 jours
C’est quoi, une photo réussie ?
Fab Rideti : Celle qui vous poursuit. Qui dérange ou apaise, mais ne s’oublie pas.
Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans une image ?
Fab Rideti : Le non-dit . Ce qu’on devine derrière le sourire, la lumière…l’histoire que l’on peut terminer soi même…
Quelles différences entre photographie et photographie d’art ?
Fab Rideti : La photographie capte, la photographie d’art construit. L’une saisit le réel, l’autre le magnifie.
La ville, le pays ou la culture que vous rêvez de découvrir ?
Fab Rideti : J’ai fait 2 fois le tour du monde…et je ne suis jamais allée à Berlin !! Il est grand temps…
L’endroit dont vous ne vous lassez jamais ?
Fab Rideti : Le cou de mon mari
Votre plus grand regret ?
Fab Rideti : Je n’ai pas beaucoup de regrets, surtout des envies…
Couleur ou N&B ?
Fab Rideti : Couleur, sans hésiter.
Lumière du jour ou lumière artificielle ?
Fab Rideti : Lumière artificielle, surtout en extérieur comme dans ma série Naphta Tribes. Parce qu’elle dit « ceci n’est pas ce que tu crois … »
Quelle est, selon vous, la ville la plus photogénique ?
Fab Rideti : La Havane. Le décor y est déjà patiné, la lumière y est nostalgique, et chaque mur semble prêt à parler.
Si Dieu existait, lui demanderiez-vous de poser pour vous, ou opteriez-vous pour un selfie avec lui ?
Fab Rideti : Je lui demanderais de régler le flash. Il paraît qu’il a une certaine expérience de la lumière.
Si je pouvais organiser votre dîner idéal, qui serait à table ?
Fab Rideti : Pierre Rabhi pour le sens, Laurent Gaudé pour le verbe, Shakespeare pour le scénario, Camille pour l’émotion, et … Blanche Gardin pour recentrer le débat.
L’image qui représente pour vous l’état actuel du monde ?
Fab Rideti : Une graine parce qu’il reste toujours à inventer.
Si vous deviez tout recommencer ?
Fab Rideti : Je referais pareil, mais je n’abandonnerais pas le piano à 15 ans
Le mot de la fin ?
Fab Rideti : Sourire, toujours. C’est ma manière de résister à la gravité du monde.














